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Arnaud Labrousse
Gus Kouwenhoven risque un jour de devenir le saint patron de la zone d?attente de Roissy. C?est vrai qu?en parvenant à ne jamais y mettre les pieds, l?exploitant forestier hollandais et ancien bras armé de Charles Taylor a fait très fort. Ces dernières années, et jusqu?à son arrestation le 18 mars 2005 à Rotterdam pour crimes de guerre, il a pu entrer et séjourner en France à plusieurs reprises malgré une interdiction de voyager émise contre lui en 2001 par le conseil de sécurité des Nations unies. Qui l?a protégé ? Il est bien sûr impératif de compter une hospitalité aussi sordide comme un fruit de plus de l?amitié entre Jacques Chirac et Denis Sassou-Nguesso : après la chute de Taylor, Kouwenhoven s?est rapidement installé à Pointe-Noire, avec l?aide du sanguinaire Sassou et de son aimable fille adoptive Lydie. L?évidence de cette explication n?exclue pas qu?il puisse y en avoir d?autres, complémentaires. Une visite à la résidence parisienne de Kouwenhoven, au 17 rue de Ponthieu, suivie d?un tour au cadastre du 8ème arrondissement, les faire rapidement naître. * Sur l?exil congolais du forestier fugitif, nos informations se réduisent aux deux suivantes : outre les Sassou, ses meilleurs amis étaient français, et ces amis étaient membres de la puissante tribu Elf.
Deux bouts d?info qui rendent une adresse comme le 17 rue de Ponthieu assez intéressant. Certes, le fait que l?appartement de « Monsieur Gus » soit la propriété de l?Etat du Koweït et de l?Etat du Qatar est, strictement parlant, plus divertissant qu?intéressant. Rien de plus normal après tout, dans ce quartier, que des proprios venus du Golfe. Les flics arrivés le 21 mars 2005 pour perquisitionner l?appartement du trafiquant ont dû passer au 19-21 demander la clé. Cette adresse forme l?arrière d?un complexe dont la façade donne sur la plus belle avenue du monde. Tout l?ensemble appartient aux Koweïtiens et Qataris. La SCI du 17 rue de Ponthieu et la SAI 26 Champs-Elysées partagent le même siège (19 rue de Ponthieu), ainsi que les mêmes administrateurs (selon l?époque, le ministre qatari de l?Economie, le directeur général de la Kuwait Investment Authority, le vice-secrétaire général du Supreme Council of Investment du Qatar, des cheiks divers). Elles partagent aussi le même conseil juridique, depuis 1964 : l?ancien sénateur (1992-2001) et vice-président de la commission des lois du Sénat, Maître Charles Jolibois. Proche de l?Union des familles catholiques de France, ce Républicain indépendant a jadis connu la gloire en tant que président du comité de soutien à Paul Touvier. Les 46 470 ? d?honoraires que touche Me Jolibois en 2003 sont une somme modeste, tant par rapport aux dividendes ? 2 755 581 ? ? qu?aux « indemnités de séjours » ? 200 000 ? ? versés aux actionnaires cette année-là. La bonne santé financière n?a pas découragé ces derniers pour demander un coup de main à l?occasion de la rénovation récente de leur édifice, bâti à la fin des années 70. Financés par la National Bank of Kuwait et la Qatar National Bank, ces travaux ont coûté 12 millions d?euros. Le dévot Me Jolibois veille à ce que les hôtes de Gus Kouwenhoven ne crèvent pas de faim dans un avenir proche. Le rapport de gestion 2003 de la SAI 26 Champs-Elysées indique : Notre société avait contesté le bien fondé de son assujettissement à la taxe professionnelle et ses différentes réclamations ont été rejetées par le Centre des Impôts selon une décision que nos spécialistes jugent basées sur des motifs non pertinents. Les réclamations portent sur les années 2000 ? 2001 ? 2002 ? 2003. La société a connu d?autres couacs judiciaires beaucoup plus anciens, tout aussi peu résolus. Il semble que sous Pompidou, les fondateurs se sont fait attribuer un permis de construire en violation du plan d?occupation des sols alors en vigueur. Et que sous la gauche, on s?en foutait royalement. Les états financiers 2003 de la SAI 26 Champs-Elysées résument : Un litige oppose la SAI et le comité de défense des Champs-Elysées, ce dernier sollicitant l?annulation du permis de construire de 14/10/68, et ce malgré la délivrance du certificat de conformité de la préfecture de Paris le 23/06/1981. Par un jugement du 16/02/1982, le Tribunal administratif de Paris a annulé ce permis, mais la SAI et le ministère de l?urbanisme ont fait appel de ce jugement devant le conseil d?Etat [le 1 avril 1982], qui a confirmé ledit jugement par un arrêt du 25/01/1989.
Fin 2004 les actionnaires koweïtiens faisaient mine de vouloir se barrer. Il se peut qu?au moment du dernier séjour parisien de l?inculpé Kouwenhoven, sa maison ait été qatarie à 100 pour cent. Rappelons ici que le Qatar est la seule monarchie du Golfe franchement francophile. Depuis 1994 il dispose d?un double accord de défense et de sécurité militaire avec la France ; son matériel militaire est à 80% français ; son gaz, sa principale richesse, et son pétrole sont aux mains de Total. A l?inverse, la fidélité de la France envers le pouvoir temporel qatari n?a pas toujours été sans reproche. Lors d?une virée à Genève en juin 1995, le cheik Khalifa al-Thani est renversé par le prince héritier Hamad. Le potentat déchu prend la précaution de faire transférer la totalité des réserves financières du pays ? entre trois et six milliards de dollars ? sur ses comptes personnels suisses et français. Puis il embauche Paul Barril pour supprimer son fils. Même si les efforts du capitaine bénéficiaient du concours d?amis de la France aussi respectables qu?Idriss Déby et Ange-Félix Patassé, le Quai d?Orsay s?obstine à reconnaître le nouveau régime. Le Crillon donne asile à l?ancien. En janvier 1996, Libé cite un exalté anonyme proche de Barril : « Qu?on le sache à Paris : on a une grenade qu?on est prêt à dégoupiller s?il le faut. Barril connaît toutes les commissions versées, tout l?argent sale qui a circulé depuis dix ans entre la France et le Qatar. Ça peut éclabousser beaucoup de monde ». [29/01/96] Une tentative de coup d?Etat échoue le 17 février 1996. Chirac fait escale au Qatar le 8 juillet. De cette visite, l?Histoire ne retiendra que sa réplique à un journaliste impertinent : « Je suis fier de l?Empire français et de ce que la France y a fait ». * Plus intéressante que la personne morale dont Gus Kouwenhoven est locataire est la personne physique qui, de toute évidence, était assise en face de lui quand il a signé son bail. Le PDG de la SCI 17 rue de Ponthieu / 26 Champs-Elysées s?appelle Guy Delbès, aujourd?hui âgé de 76 ans. Il est facile d?expliquer pourquoi ce monsieur fait immédiatement penser aux amis Elf de Kouwenhoven : c?en est un. On le repère d?emblée comme administrateur de Petrel Resources Plc., sise à Dublin. Une drôle de société pétrolière, celle-ci, même pour une société pétrolière. Créée en 1982 (comme « Kish Developments Ltd. ») pour forer l?offshore irlandais, elle se consacre presque exclusivement, depuis la fin des années 90, au sous-sol irakien. Sur le site web de la compagnie, le directeur Delbès se présente ainsi : Ancien diplomate français, M. Delbès parle et écrit l?arabe couramment. Il a quarante ans d?expérience au Moyen-Orient et a été consultant auprès de plusieurs des sociétés pétrolières les plus importantes du monde. Inutile de préciser que M. Delbès était le genre de « diplomate » qu?on ne liste pas dans le Who?s Who. En juillet 1999, Petrel craque pour deux gisements abandonnés (Subba et Lohais) à la frontière koweïtienne. A Bagdad, où ils disposent d?un bureau, Les directeurs sont heureux de travailler avec les autorités irakiennes dans le cadre de la réglementation onusienne actuelle.* Mais y avait il une alternative ? Le permis souhaité tarde à se matérialiser. Les directeurs sont en pourparlers avec une société d?exploration et de production [?]. Une opportunité attirante a émergé des visites en Iraq [?] ? une maison de négoce. Il existe une longue histoire de commerce entre l?Irak et l?Irlande mais peu depuis une décennie. [?] Petrel a créé la filiale Ireland-Iraqi Trading Co. Ltd. [ex-Roundcroft Enterprises Ltd.] pour identifier et exploiter le commerce entre l?Union européenne et l?Irak. Des opportunités évidentes existent, particulièrement dans les produits laitiers et bovins, dans les produits pharmaceutiques et dans certains types de matériels et d?approvisionnements.* Changement de cap, réel ou feint, au printemps 2002. La firme annonce qu?elle va élargir ses activités pour inclure la Syrie et le Yémen, tout en « restant focalisée » sur l?Irak. C?est-à-dire : « Des incertitudes régionales facilitent des opportunités qui sont attirantes pour les actionnaires de Petrel ».* Delbès se rend de nouveau en Irak le 4 mars. En mai, sa société signe avec le ministère du Pétrole un permis d?exploration sur le bloc 6, une zone de 10 000 km2 dans le désert occidental du pays. Un an plus tard, à la veille de la guerre, la communication de Petrel sonne moins relax. David Horgan, son PDG, veut qu?on sache qu?il poursuivra en justice tout pays ou société qui tente de saisir sa propriété en cas de changement de régime. [?] « Tout ce qu?il nous faudrait faire est de démontrer que nous sommes détenteurs du titre de propriété et de montrer le travail exécuté. Ce sont là les termes. [?] L?immunité souveraine n?existe pas dans les concessions minières. Il serait même possible de régler le cas depuis ici à Dublin. On se passerait de l?administration irakienne et on foncerait directement sur le pays concerné ».* [Sunday Times, 02/03/03] Soit l?argent n?a pas d?odeur, soit il en a toujours la même, c?est selon : dès le 16 juin 2003, sous escorte du « pays concerné », une équipe de Petrel rentre triomphalement à Bagdad. Poignée de main avec Philip Carroll, l?administrateur yankee pour le secteur pétrolier. Le Sunday Times observe, « Petrel Resources transporte une somme importante d?argent en Irak afin de payer l?exploration préliminaire du désert occidental ».* M. Horgan se rassurait : On va discuter avec des tribus locales pour qu?elles comprennent que nous ne sommes pas des militaires. [...] Les salaires de nos fonctionnaires du ministère du Pétrole seront payés, et notre groupe livrera également du matériel médical aux populations locales.* Le difficile distinguo entre combattant et commerçant, mais également ce souci constant du bien-être de l?indigène et du confort du ministre : on dirait l?Afrique. Et on n?aurait pas forcément tort. Petrel a fait des affaires avec Heritage Oil, le comptoir de pétrolo-mercenaires co-responsable des guerres civiles en Angola et en Sierra Leone, et actuellement en quête de profits dans les collines paisibles de l?Ituri. On ne comprend pas très bien pourquoi en mai 1998 Petrel rachète à Heritage ses droits d?exploration et de production sur des blocs en Namibie ? que l?acquéreur se hâtera de ne rien faire pour les développer ? et en Ouganda sur la frontière congolaise ? qu?il revendra au vendeur peu de temps après pour 450 000 £. Cette obscure expédition africaine n?est guère surprenante. En plus de leurs diplômes de Harvard en business administration, David Horgan et John Teeling, le fondateur de Petrel, affichent un goût prononcé pour le Continent aux coûts réduits. Le premier, maître ès sciences, est ancien directeur de Kenmare Resources, spécialistes du titane mozambicain. Le deuxième, docteur, est l?actuel président d?African Gold Plc. ? orpailleur d?un filon zimbabwéen riche de 20 000 onces par an. Une passion baasiste incontrôlable piquée de nostalgies africaines : le profil de Guy Delbès est connu. Il est désormais permis de penser à l?association Présence française, tour opérateur de l?historique équipée Julia. Ou aux 12 millions de barils en rétrocommissions irakiennes qu?on disait pasquaïennes, ou encore aux 25 millions de barils supposés estampillés Patrick Maugein, le pote de Chirac. Prendre de l?argent à Gus Kouwenhoven, est-ce un acte passible du code pénal ? Le recel, quoi qu?il en soit, n?a plus aucun secret pour Guy Delbès. On retrouve ce gérant, hors Petrel, au sein d?une certaine Drilling Labour Services Ltd. de Singapour, écran de la société américaine de forage Pride International. Parions que l?utilité de Delbès pour la multinationale a peu à voir avec Singapour. En 1997, Pride avale la petite française SNC Forasol et sa filiale angolaise (Forasol Servicios de Angola Lda.). La même année, en joint venture avec Sonangol, elle commence à construire le premier des deux navires de forage en eaux très profondes ; dès leur mise en service, le Pride Africa et le Pride Angola seront immédiatement placés sous contrat Elf. Chercher les dollars de ce deal dans les comptes des filiales Pride Sonamer Angola Ltd. (Bahamas) ou Sonamer Perfuracoes Lda. (Bahamas). Entre 1997 et 2001 le régime de Dos Santos a détourné 8,5 milliards de dollars. Manifestement, ce genre de partenaire plaît à Pride : en 2000, elle s?est mise à bâtir cinq derricks pour valoriser l?or noir d?Idriss Déby. Lui-même grand joueur de cache-cache, Gus Kouwenhoven a peut-être entendu parler d?autres excroissances de Pride : Al Jazirah Sharikat Ltd. (Liberia) ; Basafojagu (HS) Inc. (Liberia) ; Dundee Corp. (Liberia) ; Dupont Maritime Ltd. (Liberia) ; ou encore Redbridge Navigation Ltd. (Liberia). Mais présenter le proprio de Monsieur Gus de cette manière n?est pas juste. Plutôt qu?à Bagdad ou au large de Luanda la vraie « expérience » de Guy Delbès se situe à Beyrouth et dans la plaine de la Bekaa. Comme preuve il n?y a pas que son titre d?administrateur de Capital Guidance SAL, vague holding libanais avec antennes à Paris, Washington et Genève faisant dans les carreaux haut de gamme, les chiottes de luxe et la pétrochimie. Delbès un Monsieur Liban, c?est l?Elysée qui nous pousse à le croire. Décoré de la Légion d?honneur en juillet 1988, il est alors « administrateur de chantiers navals (Liban) ». Il avait aussi été « administrateur de chantiers navals (France) » : en 1986 ses Chantiers du Nord et de la Méditerranée (Normed) font naufrage après lâchage par Jacques Chirac premier ministre. Il est possible que Delbès ait récupéré la mise dix ans plus tard, grâce à un Chirac chef de l?Etat toujours aussi auguste. L?intervention de l?Elysée réussit à faire échoir la Compagnie générale maritime, en voie de privatisation, dans les mains du grand ami de Chirac Jacques Saadé, président de la chambre de commerce franco-libanaise et proche du regretté Rafic Hariri. L?idée selon laquelle tout ce qui a ravi Hariri de son vivant a ravi Delbès n?est pas indéfendable. A l?entrée de l?immeuble de ce dernier, côté Champs-Elysées, impossible de rater l?inscription : « ARAB BANK ». Depuis une décennie, on sait que la banque de l?ancien premier ministre libanais a servi d?abri majeur à l?argent noir du RPR. En automne 1995, Eric Halphen délivre une commission rogatoire pour vérifier une vingtaine de comptes à l?Arab Bank de Zurich, réputés pleins des bakchichs empochés lors des marchés publics des HLM de Paris. Le ministre de la Justice Jacques Toubon aidant, cette commission rogatoire détiendra, selon le juge, « le record absolu de lenteur » pour arriver. Selon le corbeau qui s?est chargé de la com sur ce dossier, le lien fort entre parti et banque était André Kamel, PDG de Dumez International (1988-92) et conseiller de Jérôme Monod, ex-secrétaire général du parti neogaulliste. Basé au Nigeria, cet intime d?Ibrahim Babangida et de Sani Abacha à leurs époques compte la basilique de Yamoussoukro comme son béton le mieux rémunéré. Ses légendaires prouesses sur les marchés gré-à-gré africains se mesure à la taille de sa réserve de chasse privée en Namibie. Elle couvre une superficie égale à 1,4 fois son Liban natal. « André Kamel, précise le corbeau, n?ignore pas que les comptes spéciaux de l?Arab Bank de Paris sont effacés avec rétroactivité lorsque cela est nécessaire ». [La balance] mentionne d?importantes sommes d?argent déposées en liquide et « des opérations bancaires cachées ». [?] Il assure qu? [Arlette Dubecq y] a été « chargée des comptes spéciaux pendant près de vingt ans », avant de quitter l?établissement en 1996 et qu?« elle était informée de nombreux montages financiers irréguliers ». [?] [Les] cadres français de l?Arab Bank à Paris [?] n?ont pas, jusqu?à présent, coopéré avec la justice. [L?Evénement du Jeudi, 10-16/12/98]
Didier Delaporte est sans aucun doute le militant RPR pour qui nous avons le plus de sympathie, et le seul pour qui nous avons du respect. Coursier du candidat Michel Roussin lors des législatives de 1993, puis pour le candidat Chirac en 1995, ce jeune est le premier à avoir parlé aux enquêteurs des comptes Cleo à Zurich. Dès qu?il découvre son envie d?écrire un livre sur le parcours des valises qu?il portait, Delaporte rencontre « [?] trois individus en costume-cravate [?] rue Monsieur, à Paris. J?ai été roué de coups. J?ai reçu des coups de matraque sur les genoux. Mes agresseurs m?ont dit : "Tu as intérêt à fermer ta gueule" ». [Libération, 08/07/95] En avril 1996 le pauvre Delaporte récidive. Se rendant dans un commissariat du 16ème pour se plaindre de menaces plus récentes, il gagne un séjour d?une semaine et demi tout frais payés à l?hôpital psychiatrique Sainte Anne. Au chevet de son client, Me William Bourdon le trouve « tout à fait cohérent, ne présenta[n]t aucun signe d?un quelconque dérèglement mental ». [Libération, 19/04/96] Le 26 avril, le tribunal de grande instance de Paris ordonne sa sortie immédiate. De propos incohérents concernant l?Arab Bank, la commissaire de la direction centrale des RG Brigitte Henri en a aussi été jugée coupable. En août 1995, son déplacement en Suisse sur la piste du pognon RPR lui vaut des menaces de mort, bientôt traduites en accident de voiture (pneu tailladé) puis en agression physique. Elle sera par la suite dessaisie du dossier. Reste à savoir quel impact l?accident de voiture qu?a subi Rafic Hariri en février 2005 va avoir ? ou a déjà eu ? sur le sort de ses propriétaires parisiens. Si le peu d?intervalle entre sa mort et l?arrestation de son colocataire Gus Kouwenhoven est autre chose qu?une pure coïncidence, c?est un bon signe. Souhaitons que l?enquête américaine visant l?Arab Bank pour blanchiment et appui au terrorisme produise des résultats aussi excellents. Pour l?instant, l?instruction ouverte en 2003 par le parquet de Paris ciblant deux comptes qu?y détient la douce Souha Arafat n?a elle rien donné. * Des émirats intégristes aux cathos ultras, du parti baas au parti gaulliste, en passant par les Dos Santos et Mugabe de ce monde, dans le pied à terre parisien de Monsieur Gus il y a des droites pour tous les goûts. En 1994 Guy Delbès fonde le prix littéraire Pierre-Delbès, en mémoire de son père (botaniste « intéressé particulièrement à la flore du Proche Orient ») pour récompenser le meilleur livre de l?année consacré à la nature. [Sud Ouest, 06/10/94] La première de ces éco-certifications est décernée, avec pompe et au palais du Luxembourg, par Michel Tauriac, plume gaulliste penchant à l?extrême droite, flanqué de l?ancien ministre Jacques Augarde, membre du Haut conseil des rapatriés et président de l?association? France Afrique. Plus on entre dans le protectorat de la rue de Ponthieu, plus ça pue la réaction. Depuis la création de la SAI/SCI et jusqu?en 2001, PDG Delbès est assisté dans son travail de gérance par l?avocat franco-libanais René Chamy, administrateur et « chargé de mission ». Certes, le fait d?être membre de l?Association unité capétienne n?est pas condamnable en soi. Du moins probablement pas. Au gala de ce groupuscule en juin 2003, Me Chamy a pu côtoyer non seulement S.A.R. le Prince Charles-Philippe d'Orléans, S.A.R. la Princesse Béatrice de Bourbon-Siciles, et S.A.R. le Prince Sixte-Henri de Bourbon-Parme, mais aussi Pierre Pujo, directeur de l'Action Française. La soirée s?est passée plus bien que mal : Après un cocktail dans le Salon de Beaumont, les invités, accueillis par l'orchestre espagnol « Flamenco Jésus », s'installèrent dans le magnifique Salon Foch. [?] La soprano lyrique Nadia Tzvetkova, de l'Opéra de Vienne, enchanta ensuite les invités lors d'un mini concert qui fut chaleureusement applaudi durant de longues minutes. [?]. Le premier prix de la tombola, [?] une très belle bague en saphirs d'une valeur de 6.000 euros [?], fut gagnée par Madame Jean Tiberi qui eut l'extrême gentillesse de l'offrir à la comtesse Elisabeth d'Udekem d'Acoz. Osmane Aïdi, l?associé préféré de Chamy, était malheureusement absent ce soir-là. Patron franco-libanais du groupe Royal Monceau, Aïdi est aussi le représentant en France du patrimoine de feu Hafez el-Assad. Patrimoine dont le palace de l?avenue Hoche fait partie. Chamy est administrateur de plusieurs filiales du groupe : la Société de Larraldia, la Société d?exploitation du Moulin de la Roque, la Société nouvelle de l?Alpe d?Huez, la Société parisienne de coiffure internationale. Loin de vouloir suggérer que les propriétaires de Gus Kouwenhoven manquent d?intégrité, notre seul et unique but est de suggérer qu?ils ne manquent pas d?amis. Il est probable qu?Aïdi, détenteur de la grande médaille de vermeil de la Ville de Paris, ait pour amie la gagnante de la très belle bague en saphirs. Ancien membre du comité consultatif pour le Moyen-Orient et l?Afrique du Nord de la Banque mondiale (1996-99), l?homme de Damas a fait la Une de la presse française en 1997 pour avoir bénéficié de ce qu?elle s?acharnait à appeler « une étrange mansuétude » de la part du tribunal de commerce de Paris. Cette instance a cru bon d?approuver le plan de sauvetage du groupe Royal Monceau contre l?avis du parquet, selon lequel il n?était « pas crédible sur le plan économique [ni] admissible sur le plan moral ». En dépit d?une dette bancaire de 2,3 milliards de FF, les banques créancières d?Aïdi / el-Assad ? dont le Crédit foncier et Paribas ? ont consenti des abandons de créances pour 250 millions de FF, plus des délais de paiement on ne peut plus généreux. « Sans contreparties apparentes », notait le parquet. Une commission parlementaire de 1998, présidée par l?excellent Arnaud Montebourg a révélé que peu de temps avant son dépôt de bilan, Aïdi avait transféré 150 millions de FF vers les îles Vierges, et que les juges le savaient. Tout aussi pertinemment, ils savaient que leur président, Jean-Pierre Mattei, autre décoré de la Ville, est le cousin germain de Jean Tiberi. Certes, Mattei n?a pas su réaliser son rêve de présider la chambre spéciale qu?il a appelé à trancher dans l?affaire du Royal Monceau. Ce revers ne l?a pas empêché de prendre rendez-vous avec Osmane Aïdi à plusieurs reprises, lors de « l?examen » de son plan de sauvetage, dans les locaux de la mairie de Paris. On s?étonne qu?un témoin aussi prometteur que l?ennemi juré et ex-homme de confiance de Mattei, son frère de lumière GLNF Jean-Louis Chevalier, se soit montré, devant la commission Montebourg, si peu coopératif. M. le Rapporteur : Pourquoi la société Interhotels n'a-t-elle pas été incluse dans le périmètre de redressement ? M. Jean-Louis CHEVALIER : Alors là ! M. le Rapporteur : C'est une question importante. M. Jean-Louis CHEVALIER : Oui, je sais. M. le Rapporteur : Le rapport du parquet indique qu'Interhotels était dirigé par Aïdi. [?] M. Jean-Louis CHEVALIER : [?] Si j'ai bonne mémoire, Interhotels était présenté comme un prestataire de services au profit des hôtels d'Aïdi. M. le Rapporteur : Et servait de pompe à finances, de pompe à honoraires, faisant migrer une grande partie du bénéfice dans une société, bien évidemment florissante, qui n'a jamais été incluse dans le périmètre du redressement. Pourquoi ? [?] Aïdi dit qu'il fait des déficits en France, mais des bénéfices en Belgique et en Hollande. Et le tribunal dit Amen ! Qu'est-ce qui vous empêchait d'étendre la procédure à Interhotels ? À aucun moment ce fait n'apparaît comme ayant été envisagé. Pourquoi ? M. Jean-Louis CHEVALIER : J'ai dû considérer qu'Interhotels faisait partie du périmètre extérieur de la procédure, sans voir comment rattacher les deux choses. Car croyez bien que si j'avais pu... M. le Rapporteur : Pourtant, Interhotels a joué un rôle très important [?] dans le « fatras » de sociétés qui étaient unies entre elles par des relations et des courants financiers qui n'ont jamais été explorés par la procédure. Comment se fait-il qu'on n'ait jamais commis un expert pour [?] mesurer le coût que représentait le prélèvement d'Interhotels sur l'ensemble des sociétés de M. Aïdi, sachant que la clientèle était essentiellement constituée par les chaînes syriennes, dont l'État est propriétaire, et les hôtels de M. Aïdi ? M. Jean-Louis CHEVALIER : En toute honnêteté, je vous ai fait la réponse que je pense être la réalité. Peut-être ai-je manqué de curiosité... Un autre témoin, Mme Leïla Belhassen, n?en avait manqué à aucun moment. Mandataire liquidateur de la SNC Hoche d?Aïdi ? dont le créditeur le plus courroucé était Moët et Chandon ? cette dame s?épanchait sur de nombreuses anomalies procédurales. Mme Leïla BELHASSEN : [?] On m'a approchée pour savoir quelles étaient mes intentions dans ce dossier, pour savoir de quelle manière j'allais réagir. La personne qui m'a contactée est un ancien juge au tribunal de commerce. M. le Rapporteur : Est-il venu vous voir ? Mme Leïla BELHASSEN : Il m'a demandé... M. le Rapporteur : Est-il venu vous voir ? Mme Leïla BELHASSEN : Il m'a invitée à déjeuner. M. le Rapporteur : Dans quel restaurant ? Mme Leïla BELHASSEN : Au Ritz. M. le Rapporteur : Un ancien juge au tribunal de commerce vous invite au Ritz ! Mme Leïla BELHASSEN : Oui. M. le Rapporteur : Vous a-t-il vraiment invitée ? Mme Leïla BELHASSEN : Il m'a vraiment invitée. M. le Rapporteur : Vous souvenez-vous de la date ? Mme Leïla BELHASSEN : Le 2 février 1998. M. le Rapporteur : Juste avant que vous n'écriviez au parquet. Mme Leïla BELHASSEN : Tout à fait. M. le Rapporteur : Quel est le nom de ce juge ? Mme Leïla BELHASSEN : M.Z. M. le Rapporteur : Que vous a-t-il dit ? Mme Leïla BELHASSEN : Il m'a dit qu'on l'avait contacté. Il m'a laissé entendre que c'était une personnalité importante des Émirats arabes. M. le Rapporteur : Du Moyen-Orient. Qui jurerait de son origine ? Mme Leïla BELHASSEN : Du Moyen-Orient. Il ne m'a pas précisé de nom [?]. Si la sollicitude du tribunal a été payante pour René Chamy, co-équipier de toujours d?Aïdi, nous ne voyons aucune trace de lui dans la seule filiale du groupe Royal Monceau passée à la trappe lors du déballage de 1998 : la Société anonyme de transactions Orient Afrique (SATOA). Peut-être avons-nous manqué de curiosité? Aujourd?hui actionnaire minoritaire de cette entreprise, rebaptisée 3SI, Aïdi a pour co-administrateur Alain Lagier, autrefois conseiller auprès du ministre Albin Chalandon (1968-71). Pour bien gérer une boîte consacrée à « la production, au transport, à la distribution ou à l?utilisation du gaz, de l?électricité, de tous agents de lumière, de chaleur, de force et des fluides en général », être copain avec un ancien PDG d?Elf ne peut pas desservir. L?ombre du clan el-Assad plane autant sur le fils de René Chamy que sur René Chamy lui-même. Edouard, avocat, bosse avec son père chez Gus Kouwenhoven, au 17 rue de Ponthieu. Mais attention. Le cabinet Chamy sert de bureau commercial à l?agence syrienne de Challenger Special Oil Services, dont Chamy fils est l?agent officiel. Par hasard, le siège de Challenger se trouve dans le bâtiment immédiatement à coté, le 49 bis avenue Franklin D. Roosevelt. Cette société, si franco-française malgré son nom, nous a déjà posé problème par le passé. Une note en bas de page de notre Pillards de la forêt (Agone, 2002) fait état des pipelines qu?elle a dépannés au Congo pour le compte d?Elf (1981, 1995, 1996) et d?Agip (1998), au Gabon pour Elf (1993), au Cameroun pour la même firme (1983), au Soudan (1982), au Nigeria (1990, 1992, 1993, 1996), ainsi qu?en Birmanie (1994). Elle a aussi rendu des services à l?industrie nucléaire française, et à l?OTAN. Dans notre livre, ces constats se juxtaposaient à la découverte au siège de Challenger d?un écran d?un écran de Pierre-Philippe Pasqua. Voici une opportunité d?éviter toute confusion. Au 49 bis triment deux dénommés Scemama : Patrick, le PDG de Challenger, et Roland, avocat et surtout administrateur judiciaire. Il nous semble que la SILADI pasquaïenne de nos recherches d?antan doive plus au deuxième qu?au premier des Scemama. Le défenseur des héritiers d?Antoine Peretti ? ancien président de l?association Aviation Club de France, la salle de jeux corse des Champs-Elysées ; défenseur aussi du Yacht Club International de Bormes-les-Mimosas (Var), bénéficiaire d?une concession de construction annulée pour « excès de pouvoir » ; ou encore de la SCI Pietraggione de la Corse du Sud, dispositif qu?il a eu la gentillesse de faire domicilier chez lui. La politique du pétrolier Patrick Scemama s?aligne sur celle de sa compagne Danièle Gilbert. En 1997 la future ancienne célébrité sort le brûlot S?il vous plaît, Monsieur le Président (éditions Delerins) que nous n?avons pas lu. Le Figaro l?a lu pour nous : En deux cent pages, la présentatrice évoque, sans la moindre prise de position politique, un « rapprochement social » lui semblant nécessaire, qu?elle résume par une formule dont elle a fait sa devise : « Proximité, sensibilité, efficacité. » Vendu avec ce pamphlet, un CD que nous n?avons pas écouté. Le Figaro l?a écouté pour nous. La chanson intitulée Le Tango du Président évoque le même thème. Elle a été écrite par Patrick Scemama [?]. Le lancement officiel est prévu mardi au Bash, un club parisien à la mode, au cours d?un « cocktail-spectacle ». « Des danseurs argentins apprendront aux invités, et à moi-même, les pas de base du tango. [?] » [21/06/97] Les frères Chamy connaissent cette danse depuis longtemps. M. Michel Ghanadian aurait été un de leurs partenaires de choix. En avril 1995 le fisc perquisitionne le bureau de la société inconnue de cet inconnu, Pétroil France. Faut-il préciser que cela s?est passé au 17 rue de Ponthieu ? Deux ans plus tard, la cour de cassation rejette chacun des moyens de l?entrepreneur, dont le deuxième, contre la délivrance d? une autorisation de visite et de saisie en fonction d?informations de source anonyme selon lesquelles trois sociétés de droit helvétique [Sufar, Raksuma, Mineral Group] animées par un résident français, GHANADIAN Michel, exerceraient une activité d?intermédiaire dans le négoce d?armement. Toujours à la recherche de la façon la plus parfaite de préserver l?honneur de gens comme Michel Ghanadian, nous recommandons que l?existence de cette activité de négoce soit confirmée. L?informateur le plus apte à le faire serait son ancien partenaire congolais, Albert N?Dele, résident belge. * Il serait agréable, bien qu?impossible, de pouvoir clore notre état des lieux du 17 rue de Ponthieu sans allusion à l?affaire dite d?extinction des puits de pétrole. Ironie cruelle qu?une adresse aussi solidement ancrée à droite se trouve depuis quinze ans au c?ur d?une affaire devenue le chou chou de Minute. Sans doute cette ironie est moins ironique qu?elle n?y paraît. Joseph Ferrayé est cet inventeur franco-libanais habitant à Genève qui accuse l?Etat français de l?avoir spolié à hauteur de plusieurs milliards de dollars. Au printemps 1991, il dépose à l?Institut national de la propriété industrielle à Paris des brevets portant sur une méthode inédite pour éteindre des puits de pétrole en feu. Service pour lequel il y aura, à la fin de la première guerre du Golfe, un marché lucratif. Ferrayé est catégorique : sa propriété intellectuelle a été accaparée à son insu par Elf, l?Institut français du pétrole ainsi que la Forasol (voir ci-haut), qui la revendait aux émirs dans le besoin. Pendant l?entre deux guerres et jusqu?à nos jours, la lutte de Ferrayé prend de l?ampleur, relayée par des courants bruns divers et des députés suisses xénophobes. En 2000, Me Gilbert Collard, de la maison Pasqua, en parle sur le plateau de Sans aucun doute. La même année, Christine Deviers-Joncour sort Ferrayé comme témoin de la dernière heure devant sa bonne 11ème chambre correctionnelle. En juin 2001, le mécontent obtient une saisie conservatoire des documents chez Elf, et une ordonnance à l?Etat de Koweït de déposer au tribunal de grande instance de Paris « l?ensemble des contrats et conventions ayant trait à l?extinction des puits de pétrole » du pays. Sur un des innombrables sites web consacrés à cette histoire, on peut lire : 08/06/1994 : Naggy Bressot, femme de Jean Bressot, ambassadeur de France au Koweït confirme certains faits à Joseph Ferrayé: « Mon mari n'a rien fait contre vous; suite à une lutte entre les ministres (Cresson et DSK) c'est Mitterrand qui a rallié les groupes I et II et partagé vos droits entre les sociétés, vos associés et le parti. Vous devez connaître René et Edouard Chamy et Guy Delbès qui sont libanais comme vous, ils sont au 17 rue de Ponthieu, partez parler avec eux qui sont les intermédiaires avec les sociétés et le gouvernement ». Avec ces intermédiaires, il est vrai, il y aurait à parler de tant de choses. Arnaud Labrousse, avril 2005
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