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L'ex-ministre accusé d'avoir reçu de juteux contrats pétroliers de Saddam Hussein. Pascal RICHE Dans un rapport rendu public ce matin, et que Libération a pu lire hier soir, la commission d'enquête sénatoriale américaine chargée de faire la lumière sur le scandale lié au programme de l'ONU «pétrole contre nourriture» affirme avancer «les preuves» que l'ancien ministre français de l'Intérieur Charles Pasqua et le parlementaire britannique George Galloway ont reçu de Saddam Hussein de juteux contrats pétroliers. Depuis que son nom a été mêlé au scandale, Pasqua a toujours démenti avoir jamais reçu le moindre «pot de pétrole» irakien, parlant d'accusations «ridicules». Il affirme ne pas être concerné par l'arrestation, le 26 avril, de son conseiller diplomatique Bernard Guillet, sur ordre du juge Philippe Courroye. «La sous-commission a découvert des preuves que le régime Hussein a alloué 11 millions de barils de pétrole à Charles Pasqua. Parmi les preuves figurent des documents internes du ministère irakien du Pétrole», lit-on en page 8 du rapport. «Par ailleurs, plusieurs hauts responsables du régime Hussein, interrogés par cette sous-commission, ont confirmé que l'Irak a donné des allocations pétrolières, sous l'égide de "pétrole contre nourriture", à Charles Pasqua.» Sans ambiguïté. Les dates des allocations sont précisées : 4 millions de barils au dernier semestre1999, 3 millions au premier semestre 2000, et 4 millions au second semestre 2000. Un des documents rendus publics par la commission est une note manuscrite du directeur du Somo (State Oil Marketing Organisation), le bureau irakien chargé de vendre le pétrole, datée du 17 juin 1999 et adressée au ministre du Pétrole. Les premiers mots sont sans ambiguïté : «Le Président a approuvé l'allocation de 3 millions de barils à la personnalité française (Charles Pasqua).» La note décrit ensuite des difficultés rencontrées avec les Français. Bernard Guillet, conseiller de Pasqua, venait d'indiquer que l'ancien ministre avait choisi une société suisse, Genmar, pour conclure l'opération. La Somo préférait passer par une société française. Guillet avait répondu que c'était «impossible pour des raisons politiques» et qu'il s'en était expliqué «avec le ministre Tarek Aziz». La Somo lui a alors demandé une lettre signée de Pasqua désignant la Genmar comme intermédiaire. Guillet avait encore refusé «à cause de la crainte des scandales politiques». La société Genmar sera finalement retenue. Un autre document, daté du 19 juin 1999, rédigé par le directeur de cabinet de Tarek Aziz, Sami Sadoun, atteste explicitement que Guillet «représente M. Pasqua pour recevoir l'allocation de pétrole». Dans une lettre interne au ministère du Pétrole du 5 octobre 1999, il est écrit à un moment que «le vice-premier ministre [Tarek Aziz] a approuvé l'augmentation de 1 million de barils et de 0,7 million de barils...». En marge, une main, «probablement celle du ministre du Pétrole», a précisé : «Pasqua 1 million». Fin octobre, après le feu vert de l'ONU, une allocation de 1 million de barils de pétrole sera effectivement versée à Genmar. Contrats. Le nom de Pasqua apparaît encore dans plusieurs documents ultérieurs récapitulant les allocations : en décembre 1999, la Somo parle d'un contrat de 3 millions de barils «avec Genmar Company (Charles Pasqua)». Et en juin 2000 il est question de 4 millions de barils, un contrat signé avec «Genmar Resources GMBH Company (Charles Pasqua)»... Selon d'autres documents présentés par la commission, le conseiller de Pasqua, Bernard Guillet, aurait lui aussi reçu 5 millions de barils de pétrole. «Ce rapport montre que Saddam Hussein a détourné le programme "pétrole contre nourriture", et l'a utilisé pour récompenser ses alliés politiques comme Pasqua ou Galloway», estime Norm Coleman, sénateur (républicain) du Minnesota, qui préside la commission. Nouveau au Sénat, et désireux de s'imposer, Coleman n'est pas fâché d'embarrasser un politicien français, jadis proche de Jacques Chirac. A Paris, on soupçonne le sénateur de tout faire pour cacher que des Américains sont eux aussi mouillés dans le scandale. Opération humanitaire mise en place en 1996, "pétrole contre nourriture" était destiné à atténuer, pour les populations irakiennes, les conséquences de l'embargo des Nations unies. Le gouvernement irakien avait reçu l'autorisation de vendre des quantités limitées de pétrole, en échange de nourriture ou de médicaments. Mal surveillé, le programme avait été gagné par la corruption. Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. SVP, connectez vous ou enregistrez vous.
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