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Page 1 of 2 A la tête d'un pays coupé en deux depuis novembre 2002, le chef de l'Etat ivoirien s'isole de plus en plus sur la scène internationale faute de réelle politique étrangère. Son ultime dérapage dans les colonnes de France-Soir contre la personne du président Bongo Ondimba, dont il n'avait de cesse de vanter le rôle de «Grand frère» ci chaque venue à Libreville où le numéro un gabonais lui a toujours offert le gîte et le couvert au plus fort de ses malheurs récurrents en politique, risque de lui aliéner un vieil ami et le peuple frère du Gabon. J-C KOMBILA TANDIS QUE la Côte d'Ivoire éprouve les plus grandes difficultés à se stabiliser nonobstant les efforts considérables de l'Union africaine veillant à son chevet, comme l'indique la réussite exceptionnelle de la réunion historique du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA organisée en terre gabonaise, le 10 novembre 2004, et essentiellement dominée par la crise ivoirienne, le président Laurent Gbagbo donne l'impression de se couper désormais des traditionnels alliés de son pays. Moins qu'un simple sentiment volontiers pudique, c'est davantage une conviction partagée à l'intérieur même de la Côte d'Ivoire, naguère «vitrine» de l'Afrique francophone sous le long règne paisible de feu le président Félix Houphouët-Boigny, aujourd'hui coupée en deux et au bord du chaos. Pour preuve, il n'y a qu'à se référer à l'ultime sortie publique que Laurent Gbagbo a faite dans les colonnes du quotidien France-soir paru il y a quelques Jours et qualifiée à l'unisson de «dérapage dangereux» dans la capitale française. Piqué au vif par une question pointue sur le «concept» d'ivoirité sorti d'une lecture maladroite inspirée des institutions nationales ivoiriennes prétendues «républicaines» par son propre camp déterminé à ne rien céder dans la lutte à mort pour l'exclusivité du pouvoir suprême dans laquelle l'étau se resserre autour de lui, le président Gbagbo a perdu son sang froid pour s'en prendre curieusement au chef de l'Etat gabonais, M. Omar Bongo Ondimba. En effet, la question qui lui a été posée est «l'ivoirité ?» Elle aurait mérité une réponse mieux inspirée et digne de la part d'un dirigeant qui prétend incarner le renouveau de son pays, par contre elle traduit plutôt le malaise d'un président de plus en plus à l?étroit et conscient que sa marge de man?uvre dans l'instrumentalisation de la nationalité et de la citoyenneté pour se maintenir coûte que coûte au pouvoir : « Aucun Etat africain n'a condamné cette Constitution parce que beaucoup des leurs sont marquées du sceau du nationalisme et rédigées de la même façon» Et de s'enfoncer : « regardez le Gabon : le père Bongo veut donner des leçons. C'est un r... Pour être candidat à l'élection présidentielle, il faut être Gabonais depuis au moins quatre générations». Plutôt que cet intérêt fallacieux porté à la Constitution de la République gabonaise attachée aux principes sacrés d'unité et d'indivisibilité de la nation, la réponse de M. Gbagbo n'est rien d'autre qu'une habile tentative de dérobade et de fuite en avant. Au fond derrière celle-ci, sa volonté de botter en touche cache en vérité une certaine malice dont il est coutumier pour «rouler ses interlocuteurs dans la farine» et cachant mal son engagement à s'inscrire dans le droit fil de l'Accord de paix de Pretoria dont il est signataire et qui l'a obligé à lever le verrou de l'article 35 de la Constitution de son pays sur lequel il s'est longtemps appuyé pour accéder et s'asseoir à la tête de la Côte d'Ivoire en excluant son adversaire le plus crédible, l'ex-Premier ministre d'Houphouët-Boigny, le charismatique Alassane Dramane Outtara, le leader du Rassemblement des républicains (RDR). Aussi bien ce dernier, que l'ancien président de la République Henri Konan Bédié, voire d'autres présidentiables éventuels, à eux de noter en filigrane que leur adversaire pourrait renier ses engagements pris en paraphant sous la pression de la médiation de l'UA l'accord signé sous l'égide du président sud-africain Thabo Mbéki. Ce faisant, le moment choisi par le président ivoirien pour s'attaquer au président de tous les Gabonais qui dirige majestueusement un pays stable et uni depuis des décennies, où les étrangers vivent en paix et se considèrent conséquemment comme des Gabonais d'adoption est politiquement douteux, ses conséquences surtout sont incalculables et imprévisibles. Partout où ces propos ont été relayés, rares sont ceux qui prennent au sérieux le chef de l'Etat ivoirien. Ce d'autant que nul n'ignore que s'il est une capitale du continent qui s'est toujours montrée disposée à défendre la cause e la Côte d'Ivoire à l'échelon international c'est bien Libreville. A ce titre, depuis que ce pays s'est coupé en deux en grande partie a cause de sa classe politique et des revanchards du régime en place longtemps restés dans l'opposition, les efforts de la diplomatie gabonaise ont consisté à être attentive et prévenante envers le président Laurent Gbagbo pour ses débuts hésitants sur la scène africaine et au-delà. CECITE POLITIQUE Dans ses moments de lucidité avant la crise, le chef du FPI n'a jamais raté une occasion de confesser publiquement à Libreville que «le président Bongo Ondimba est mon grand frère». Les journalistes gardent vivace à l'esprit ce voyage effectué à la hâte en terre gabonaise avant de se rendre à un Sommet des chefs d'Etat d'Afrique et de France à Yaoundé. Cette réunion devait être son baptême du feu au plus haut niveau, lui-même avait confié qu'il était mal préparé et avait nécessairement besoin d'être aiguillonné par le «doyen». Avant de gagner la capitale camerounaise, Laurent Gbagbo ne s'était pas gêné d'avouer à la presse nationale que tout au long de sa difficile carrière politique, le président gabonais lui a offert le gîte et le couvert au plus fort de ses malheurs récurrents. S'il n'y avait que le président Bongo Ondimba connu pour sa sollicitude, jamais il lui serait venu à l'idée de le révéler à ses compatriotes d'autant qu'il considère tout à fait naturel d'être au chevet de quiconque est dans le malheur. Cette démarche du chef de l'Etat n'est pas circonstancielle, c'est un axe fondamental de sa politique extérieure fondée sur la sagesse bantue et dont le leitmotiv souligne avec force que «Lorsque la maison du voisin brûle, il faut arrêter les flammes afin qu'elles ne se propagent pas plus loin». En ce qui concerne la crise ivoirienne, le chef de l'Etat s'est employé à le faire chaque fois que c'était nécessaire et que les acteurs de ce conflit le lui demandaient. Maintenant qu'une relative accalmie est revenue dans ce pays, le président Laurent Gbagbo fait preuve d'une ingratitude rare en ignorant l'impact de la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'UA en fin d'année 2004 à Libreville. Placée sous les auspices du chef de l'Etat gabonais, ce Sommet aura tracé la voie à suivre au médiateur de l'UA dans ses efforts diplomatiques. Les résultats, à ce jour, sont appréciables. Mieux c'est à Libreville seulement que Laurent Gbagbo perçu comme un pestiféré dans la sous-région d'Afrique de l'Ouest avait repris langue avec ses pairs avant d'être reconnu par eux après avoir renié spectaculairement les Accords de Linas Marcoussis conclus en sa présence en France. Il est évident que sa malencontreuse sortie dans la presse française est non seulement malheureuse, mais elle ne grandit pas son auteur. Pour un homme qu'on s'accorde, généralement, à reconnaître intelligent, une question se pose : quelle mouche a piqué Laurent Gbagbo ?
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