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You're going out there as a youngster, but you've got to come back a star. Julian Marsh (Warner Baxter) à Peggy Sawyer (Ruby Keeler) dans 42nd Street C?était le 15 septembre dernier, devant une salle clairsemée, sur les planches de l?assemblée générale de l?ONU. A 69 ans, une star est née : « Euh... Les papiers ont disparu, vous m'excuserez, mais... Bon, alors, je vais... Je disais que... Monsieur le président, Mesdames, Messieurs, il y a des choses que l'on dit mais qu'on ne fait pas. Le Gabon a peut-être des atouts, mais j'ai entendu le président du Venezuela parler et parler. Il a dit beaucoup de choses, mais je n'en dirai pas autant. Je dis tout simplement que nous avons créé des parcs, et ces parcs nationaux sont à la disposition de tous ceux qui veulent venir investir au Gabon. [?] Depuis que nous avons créé ces parcs, depuis que nous parlons de la biosité, personne ne vient. » Ainsi l?exploitant forestier, docteur Honoris Causa de l?Université de Pékin et président à vie de la République gabonaise rejoint le clan ô combien fermé de nos plus glorieux Lear. Omar Bongo Ondimba déclame : « Or, qu'est-ce que nous avons comme richesses ? Pétrole. Pétrole y en a assez. Qu'est-ce que nous avons encore comme richesse? La forêt ! Il paraît qu'il y a des écologistes, il paraît qu'on ne peut pas toucher à la forêt. Alors, nous avons trouvé le moyen de faire le parc, et ces parcs, c'est le tourisme, c'est l'écotourisme. » Rideau. Le cadeau offert au régime gabonais début octobre par le ministère français de la Coopération était beaucoup moins original que le mot « biosité », dont l?invention est sans doute l?oeuvre majeure de 38 ans de règne. L?annonce du don traditionnel ? 17 millions d?euros pour « améliorer la gouvernance, conforter l'ancrage dans la Francophonie et renforcer l'intégration régionale » ? coïncidait avec la visite de la ministre Brigitte Girardin à Franceville. Elle y inspectait ce projet phare de création de richesses tropicales, la Compagnie équatoriale des bois, créée en 1946. Nulle surprise qu?une famille ayant les moyens de la maison Bongo ait trouvé « le moyen de faire le parc ». Il va falloir un jour chiffrer la totalité de ces moyens, voire identifier leur provenance exacte. Une piste potentielle débute dans le parc le plus légendaire du parc immobilier royal. Véritable magot de biosité, le parc national de Wonga Wongue dans la province de l?Estuaire s?est toujours doublé d?une source de protéines pour la Première table. Le fait est connu. Il y a quatre ans déjà on a pu lire le témoignage du garde-chasse du parc, décédé depuis des suites d?un malentendu avec un éléphant. Le chasseur Pradel a certifié qu? « il recevait des faxes du bureau du Président Omar Bongo listant les animaux qu?il voulait pour des dîners d?Etat. ?Ca voulait dire que s?ils voulaient [?] de la viande d?éléphant ou de buffle, il devait aller l?abattre et la déposer au palais. [?] Sinon, les généraux de l?armée s?en serviraient comme prétexte pour venir en hélicoptère pour tirer sur tout ce qui bougeait? ». (Zoogoer, septembre/octobre 2001) Réaction à ces révélations : zéro. Ni les discours fleuves de l?écologiste Bongo ni ceux des facilitateurs français du Partenariat pour les forêts du Bassin du Congo ne sont encore parvenus à rayer de la carte officielle des permis forestiers gabonais la plus grande concession forestière au sein de Wonga Wongue. La carte que publie le ministère de l?Economie forestière en mai 2005 affiche toujours les très riches heures du PTE 16/84 (40 000 ha), attribué le 27 juillet 1984 à Omar Bongo. Curieux que ce titre ne figure pourtant plus sur la liste officielle des concessions forestières « en cours de validité au 01/01/2005 ». Il est fort à craindre que les émissaires de George Bush missionnés à Libreville fin octobre pour « discuter des lignes prioritaires tracées par le Gabon » pour la conservation de ses forêts n?aient pas réussi à résoudre cette anomalie, ni à l?aborder. A en juger par les flèches qu?elles ont essuyées des écologistes américains, sur d?autres dossiers, on dirait que Sally Collins, directrice adjointe de l?USDA Forest Service, et Leslie Weldon, manager de la forêt nationale de Deschutes dans l?Oregon, militeraient moins pour la nature que pour la haute hiérarchie du parti Républicain. Comme il paraît qu?il y a des écologistes, il paraît aussi que la réserve de Wonga Wongue s?est beaucoup rétrécie il y a quelques années. Les PTE 22/99 et PI 10/01/2 de la société Forestière des bois d?Azingo (FBA) se trouvent désormais à l?extérieur de ses limites. Nous avons applaudi par ailleurs cette filiale de la Compagnie du Komo, à capitaux français, tant pour sa bonne réputation auprès de la Banque mondiale et de l?Agence française de développement que pour ses excellentes relations avec l?administration gabonaise. Nous ignorons totalement quelle société forestière serait celle qu?on dit avoir dépanné la présidence, par le passé, à hauteur de 30 000 dollars par mois pour le privilège de le débarrasser des arbres de sa chasse gardée. Difficile en tout cas de renchérir sur un fermage de cet ordre de grandeur. Ainsi s?explique l?abandon, rapide, en 2002 d?un projet de pavillon d?écotourisme à Wonga Wongue. L?idée n?a déplu ni à la famille Pradel, lassée par le carnage des mammifères sous sa protection, ni à un certain commandant du Clos, gestionnaire titulaire de la biosité du parc. Et moins de chimpanzés dépecés aurait eu des répercussions positives jusqu?en France. On aurait vu se libérer de la place dans les congélateurs de certains palaces parisiens. Il se murmure que l?avion de Bongo ne décolle jamais sans son lot de viande de brousse. Hey, man, you don't talk to the Colonel. You listen to him. The man's enlarged my mind. Le photojournaliste (Dennis Hopper) au capitaine Willard (Martin Sheen) dans Apocalypse Now On ne sait pas quel rôle a joué le colonel Maurice Mougenot au cours des années dans la bonne gestion de Wonga Wongue. Certes l?incontournable intendant général des palais présidentiels d?Omar Bongo ne pourrait guère être inconscient des pratiques carnivores de son employeur. Ses fonctions l?ont amené à connaître la cuisine du palais aussi bien que ses arrière-cuisines : s?occupant des visites au parc organisées pour des invités de marque, il se charge entre autres de la logistique de leurs repas. Cet officier de la légion d?honneur est administrateur et assesseur du comité directeur de l?Union nationale des combattants (UNC) dans les Alpes-Maritimes. Créée en 1917, l?UNC n?a pas toujours été aussi dépourvue « d'opinions politiques, philosophiques, ou religieuses » qu?elle prétend l?être de nos jours. Bien à droite entre les deux guerres, ses dirigeants se sont ralliés au Rassemblement national populaire de Marcel Déat dès sa création en 1941. Quant aux souvenirs du groupement des Alpes-Maritimes lors du congrès fêtant le 85ème anniversaire de l?assoce, ils se sont avérés sélectifs. Sous la présidence du sénateur-maire Jacques Peyrat ? membre depuis plus de 30 ans et longtemps son avocat à titre gracieux ? on votait à l?unanimité pour condamner « de la façon la plus vigoureuse, cette nouvelle campagne médiatique, odieuse et pernicieuse » qui, courant 2002, cherchait à « salir l?armée d?Algérie ». Il est parfois difficile de se rappeler en effet que la devise de l?UNC est « Unis comme au front », et non « Unis comme au Front ». C?est justement aux côtés de Jean-Marie Le Pen que l?ex-FN Jacques Peyrat s?est pointé plus récemment aux funérailles niçoises d?un ancien serviteur d?Omar Bongo. A l?âge de 81 ans, soit un demi-siècle après avoir « obtenu », dans le Constantinois, « des résultats éloquents » (www.infos.legionetrangere.fr), le général Loulou Martin, chef historique de la garde présidentielle gabonaise, s?est finalement replié. Le général Roland Meudec avait déjà quitté le foyer des Bongo pour le Cameroun voisin. Aux dernières nouvelles, il s?est mué en conseiller, avec l?ancien chef d?état-major des armées feu le général Jeannou Lacaze, d?une société de transport de grumes, Transport Omaïs Kassim Selecta. En octobre 2004, le groupe burkinabè Fadoul a fustigé, par voie de presse, l?annonce très publique de ces embauches. Sur une page et demi de pub dans Cameroon Tribune, Michel Fadoul s?est emporté contre la qualification de Selecta de société « unipersonnelle », alors qu?il en détient 50%. Dommage qu?il n?ait pas profité de l?opportunité pour signaler ses parts, tout à fait majoritaires, dans la société française Interwood, sujet du dernier chapitre de notre Pillards de la forêt (Agone, 2002), « Tombés pour la France ». Le colonel Edouard de Béthencourt, ancien lui aussi de la garde gaullo-gabonaise, a déserté depuis longtemps le palais pour le privé. A notre connaissance, sans doute lacunaire, sa Société gabonaise de services est vierge d?intérêts forestiers. Un modèle à suivre. La résidence de Béthencourt à Cannes, avec vue sur la mer ? loin de celle de Mougenot au Cannet voisin ? témoigne d?une franche réussite commerciale. Au palais du bord de mer de jadis, le regretté colonel Maurice Marion, chef du service des écoutes bongoïstes puis patron de la chaîne de télévision Télé-Africa, était le champion toutes catégories de la bonne gouvernance privatisée. On se rappelle qu?il est mort le 15 janvier 1999 quand son ULM flambant neuf s?est écrasé dans des marécages près d?Owendo. Revenons à l?intendant général Mougenot. Nous ignorons si son apolitisme l?a poussé ou non à boycotter la visite à Nice en septembre 2002 de son Altesse Royale et candidat aux présidentielles de 2007, le Prince Henri de Bourbon-Orléans, Comte de Paris, Duc de France. Après un court exposé à l?Hôtel de Ville sur « ses positions politiques du moment » (pour citer la dépêche de l?Institut de la maison royale de France), sa Majesté est passée voir les camarades de l?UNC Alpes-Maritimes. « Le bureau départemental et la section de Nice de l?Union Nationale des Combattants, ont tenu à recevoir en soirée le Comte de Paris dans leurs locaux de la rue Trachel. Ancien officier de la Légion étrangère et ancien combattant d?Algérie, le Prince a fait part de la joie qu?il éprouvait à partager un moment de souvenir et d?amitié avec ses frères d?armes et avant de partir, il a embrassé le drapeau de la section porté par un ancien légionnaire. Le descendant de Louis-Philippe, fondateur du corps de la Légion étrangère, venait de rendre hommage à ce corps d?élite et témoignait ainsi de son attachement aux valeurs militaires de la France. » Maurice Mougenot est sans doute loin de la basilique de St. Denis quand celle-ci est prise d?assaut, la même année, par des familles de sans-papiers. Un Ferdinand Bramoullé de l?UNC est venu sur le site sacré critiquer le curé : « Quand je le vois dérouler le tapis rouge aux sans papiers, j'ai du mal à avaler ma salive [?]. Il y a un an, je lui ai demandé que l'on célèbre une messe en l'honneur des anciens combattants. Il était d'accord mais il ne voulait pas de nos drapeaux tricolores. Finalement, il n'y a pas eu de messe. » (Le Parisien, 23/08/2002) Sachez que le pèlerin Bramoullé a été candidat malheureux du Centre national des indépendants et paysans (CNI) aux législatives de 1993. Nous avons déjà passé en revue le militant CNI le plus décoré de France, feu le député européen Jeannou Lacaze. Bien entendu la maison Bongo n?a aucun lien avec les prétendants orléanistes à la maison de France. Les loyautés du colonel Mougenot se situent nettement ailleurs : du côté du Grand-Duché de Luxembourg. Cette traître couronne a accepté que le journal officiel de son paradis fiscal soit livré à la plèbe, c'est-à-dire mis en ligne. Plus simplement : l?intendant général des palais présidentiels d?Omar Bongo est gérant associé de la société luxembourgeoise Helena International Services (Journal Officiel du 16 décembre 1999 et Journal Officiel du 25 janvier 2005). Rien de plus normal que cette boîte. Créée le 24 septembre 1999, elle a pour objet ? et pourquoi pas ? ? « la représentation commerciale dans les domaines les plus divers, tant au niveau national qu?international » ainsi que « toutes les opérations se rapportant directement ou indirectement à la prise de participations sous quelque forme que ce soit, dans toute entreprise, ainsi que l?administration, la gestion, le contrôle et le développement de ces participations ». Dans ce texte, Maurice Mougenot, « demeurant à Libreville (Gabon) », se veut « agent commercial ». Nous avons essayé de retracer la généalogie de cette société. Elle est assez obscure. Helena est l?enfant de Helena Portfolio Investments, holding qui a vu le jour en décembre 1998, au Grand-Duché. Jusqu?en septembre 2004, Helena Portfolio détenait 99,8 % de Helena International ? l?intendant général se chargeant du reste. Ces parts majoritaires sont aujourd?hui la propriété de International Business Organization Holding SA. Immatriculée au Luxembourg. Helena Portfolio est, elle, le rejeton de Luxembourg Agratex Finance SA. Cette dernière est née en juin 1998 de parents étrangers. Précisons. La société du colonel Mougenot est la filiale (d?une filiale) d?une société israélienne. Agratex Finance Limited est contactable à: Shalom Tower, 22nd floor, 9 Ahad Ha?am St. 65251, Tel Aviv. Nous avons cherché compléments à ces informations, nous n?avons rien trouvé. De quoi serait complémentaire, au juste, l?information selon laquelle en juillet 1998 Luxembourg Agratex Finance a créé une société qui s?appelle Diamonds Accessoires Company ? Quelle signification donner à la conversion de cette boîte en « Diamonds Belcreo », courant septembre 1999 ? Ou au changement de ses administrateurs ? qui restent belges ceux-là ? en février 2002 ? Il serait perfide de multiplier de telles questions, Luxembourg Agratex Finance disposant après tout d?une petite dizaine de filiales. Autant s?interroger sur la création, juste avant celle de Helena Portfolio, de Tropical Plant Product SARL, dont l?objet est « le commerce, à l?exclusion du commerce de détail, mais y compris l?importation et l?exportation, de produits naturels de toute sorte ainsi que de produits industriels dans le sens le plus large ». En 2003, cette entreprise largue son actionnaire minoritaire, celui demeurant à Piatra Neamt, en Roumanie, haut lieu de la pétrochimie est-européenne. Et se rebaptise Biotechnology Ingredient Supplement. Strictement rien à voir avec la biosité. On pourrait à la limite ajouter qu?en mai 2000 Helena Portfolio crée Loft Industry Investment, dont les administrateurs sont domiciliés en Belgique et à Dublin. Mais les répertoires publics ne nous disent pas grand-chose sur Loft. Seulement qu?elle fait dans le pétrole. C?est si peu. Combien de journalistes assoiffés de bonnes nouvelles du Bassin du Congo ont dû passer ces dernières années, lors de l?escale obligée à Libreville, par le colonel Mougenot ? Là où le prix d?une audience royale est le silence, il est normal que ce soit la grande muette qui fixe le barème. Arnaud Labrousse, novembre 2005 Source: BDP-Gabon Nouveau Seuls les utilisateurs enregistrés peuvent laisser un commentaire. SVP, connectez vous ou enregistrez vous.
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