Leur forte mobilisation durant le montage du dossier d’exploitation du gisement de fer de Bélinga (Nord-Est) a poussé le gouvernement à revoir à la hausse sa participation dans la compagnie minière de Bélinga (Comibel) et à corriger des erreurs susceptibles d’entraver ce que le président Omar Bongo Ondimba (OBO) qualifiait lui-même de « projet du siècle ». Les organisations écologistes disposent même de représentant au sein de la Comibel : en novembre 2007, elles ont obtenus que deux personnalités de la région soient nommées aux postes de président du conseil d’administration et de directeur général adjoint. Malgré l’exaspération des politiques, Publish What You Pay (« Publiez ce que Vous Payer », PWYP) et la coalition contre la vie chère au Gabon ont demandé, quant à elles, que la justice se saisisse du dossier pour sanctionner les responsables gabonais qui ont « bradé » le fer de Bélinga aux chinois. Au Gabon, désormais, les ONG font entendre leur voix et se mêlent de tout. PWYP a adressé une lettre ouverte au chef de l’Etat pour protester contre la nomination de Jeanne Ngoleine Ossouka au poste d’ambassadeur extraordinaire auprès de l’ONU à Genève, alors qu’elle est poursuivie par la justice pour des malversations présumées au sein du Fonds d’expansion et de développement des petites et moyennes entreprises (FODEX), dont elle était l’administratrice face à la bronca, le Palais du bord de mer a du nommer Guy Blaise Nambo Wezet à sa place. Une victoire pour ces organisations, qui apparaissent de plus en plus dans le débat politique comme des contradicteurs crédibles du gouvernement. Leurs représentants les plus en vue tels que Marc Ona Essangui de Brain Forest ou Théophile Jimmy Mapangou du Mouvement pour le développement de l’Ogooué-Ivindo (Modoi), jouissent d’une popularité qui fait d’eux des trublions redoutés du pouvoir, en lieu et place d’une opposition inaudible. Le ministre de l’intérieur André Mba Obame , qui a observé non sans inquiétude la montée en puissance de ces « agitateurs » sur le terrain politique, a tenté d’endiguer la menace. En tant que ministre de tutelle des associations, il a suspendu « à titre provisoire » ces ONG, « jusqu'à ce qu’elles aient clairement défini, avec les services compétents de son ministère, leurs missions réelles de structures associative ». Mais sous la pression de la société civile et de la communauté internationale, la mesure n'a pas fait long feu. L’opposition, justement, d’aucuns se demandent où elle a bien pu passer. « Elle n’existe plus en tant que groupe suffisamment organisé pour avoir une prise réelle sur la société », analyse un politologue de l’université Omar Bongo de Libreville de fait, certains électeurs n’ont que très peu apprécié la participation des opposants aux différents gouvernements au nom de la fameuse politique du consensus à, la gabonaise ce qui explique en parti leur perte d’influence. Pierre Mamboundou, arrivé deuxième lors de la dernière élection présidentielle, en novembre 2005, il est de moins en moins visible. Elle semble bien loin l’époque ou le leader de l’UPG jurait de ne serrer la main au président de la république que le jour de la passation de service. Inenvisageable il y a encore quelques années, les bonnes relations entre OBO et Mamboundou en ont désarçonné plus d’un alors que tout le pays spécule sur la fin prochaine du règne du doyen des chefs d’Etats africains (plus de quarante ans au pouvoir), certains soupçonnent le chef de file de l’UPG d’opérer un rapprochement tactique avec le Palais du bord de mer dans l’espoir que le président lui laisse un jour les rênes du pays. Créditer à 13,57 % des voix lors de la présidentielle (79,22% pour OBO), « l’homme de Ndendé » (Sud Ouest) s’était autoproclamer vainqueur avant d’appeler au peuple à descendre dans la rue pour obtenir le respect des urnes. Le bras de fer avait pris fin le 21 mars 2006, lorsque les forces de police ont donné l’assaut du siège de l’UPG. L’opposant s’était alors réfugié à l’ambassade d’Afrique du Sud. Avant d’en sortir KO debout pour rencontrer le chef de l’Etat. « On nous le reproche, mais nous n’avions pas le choix, tente de justifier son état major. Il fallait y aller ou c’était l’exil et la mort de l’UPG. » Depuis les deux hommes se parlent au téléphone et se rencontrent «tous les deux mois », selon les proches de Mamboundou. Cette nouvelle idylle alimente toutefois bien des conversations. A Libreville, des mauvaises langues n’hésitent pas à dire qu’OBO aurait proposé à son ancien rival une villa afin de récompenser la mise à sac du siège de l’UPG. Quoi qu’il en soit, en Août 2006, Mamboundou a présenté au chef de l’Etat qui l’a approuvé un projet global de développement de la ville de Ndendé et a obtenu une promesse de financement à hauteur 11 320 milliards de F CFA (17 millions d’euros). Mais selon l’UPG, le ministère de l’économie et des finances n’a débloqué jusqu’ici que 1.9 milliards de F CFA, sur l’avance de 3 milliards prévue par le budget 2007. Fidèles... Infidèles Entre les changements de cap et les promesses non tenues, c’est le désenchantement du coté des militants, dont on ne connaît d’ailleurs pas le nombre exact. « Les archives du parti ont été emportées par la police lors de l’attaque du 21 mars 2006. Par conséquent, nous ne savons plus combien de personnes nous comptons dans nos rangs », soupire un cadre de l’UPG. Cela n’empêchera pas le parti de présenter, lors des municipales d’avril, des listes dans 80% des communes du pays. Les urnes diront alors se le rapprochement avec le Palais a éloigné l’UPG de sa base… Georges Dougueli, envoyé spécial Source : Jeune Afrique l'Intelligent - N° 2460* - Du 2 Mars au 8 Mars 2008
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