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Gabon: otage de la France ou otage de Bongo?

Montclair, USA (25 février 1999) – Le rôle joué par la France au Gabon a été incontestablement néfaste pour la population gabonaise. Depuis la mort prématurée de la Communauté française proposée par le Général de Gaule vers la fin des années cinquante, cette France, au lendemain des indépendances africaines, s’évertua de signer avec ses anciennes colonies des accords de coopération multiformes dont le but fut de permettre à la France de se constituer une chasse gardée qui allait lui permettre de préserver son statut de puissance mondiale.

Plus que tous les autres pays de la zone francophone, le Gabon resta le pays le plus soumis et le plus dépendant de la France à plusieurs niveaux. Cette soumission découle de plusieurs faits dont les plus importants se profilent au travers de l’histoire de notre pays.

Léon Mba était incontestablement un francophile assidu. Il admirait la nation française en ce qu’elle présentait comme étatisme, grandeur conquérante et intellectualité. Cette admiration avait cependant tardé à ce manifester ouvertement car, nationaliste à ses débuts, Léon Mba arborait des idéaux qui avaient posé problème à une France qui haïssait les nationalismes. La France dut donc l’exiler en Oubangui-Chari où Léon Mba parvint à se forger une image bien avenante. A son retour au Gabon, Léon Mba était un homme métamorphosé. Ainsi, quand la France offrit l’indépendance au Gabon, Léon Mba faillit d’abord la refuser car il estimait que les Gabonais n’étaient pas encore prêts à se diriger tout seuls. Cependant, Léon Mba fut forcé, d’une part par la France et d’autre part par les autres forces politiques du pays, à se rallier à la cause de l’indépendance. Ce désir soudain de la France de se débarrasser de ses colonies juste quelques années après avoir voulu les forcer dans l’engrenage de la Communauté français–qui, d’après Jacques Foccart, ne prévoyait les indépendances que vers 1965 ou 1966 selon le désir du Général de Gaulle–ne manqua point d’étonner l’observateur averti.

De fait, la France n’était point animée par un quelconque élan de générosité. Son but était tout simplement–à une époque où l’éveil indépendantiste des Africains se faisait plus pressant, où la France sortait affaiblie politiquement, économiquement et militairement de la seconde guerre mondiale, et où les guerres d’Algérie et du Vietnam l’avertissaient des dangers d’une colonisation prolongée en Afrique–d’éviter que ne se développât dans les colonies une instabilité révolutionnaire généralisée que seule l’indépendance immédiate pouvait aider à éviter. L’établissement de la Communauté française en 1958 fut donc, surprise, suivi deux ans plus tard par l’octroi empressé des indépendances aux pays sous la coupe française.

Cependant, l’indépendance pour la France ne voulait pas dire un départ définitif. Il lui fallait tout simplement déguiser ce départ à l’aide d’indépendances trompe-l’oeil précipitamment échaffaudées. N’ayant jamais associé les Africains à la gestion économique ou politique des territoires occupés (sauf au cours des quelques années qui ont précédé les indépendances grâce à la promulgation de la loi-cadre de 1956 par Gaston Deferre), la France savait que ces nouveaux pays indépendants auraient encore besoin d’elle. Les anciennes colonies françaises devinrent donc nominalement indépendantes, mais restèrent sous le contrôle d’une France qui avait pris le soin de faire signer une multitude de contrats de coopération qui assureraient la main-mise continuelle de la France sur ses anciennes possessions.

Le Gabon, plus que tout autre pays francophone, vint donc à symboliser le principe de la chasse gardée d’une France qui en resta totalement maître. Le Gabon devint donc, et l’est encore aujourd’hui, un territoire français de fait où rien ne se fait sans l’accord consentant de la France.

Cette domination continuelle du Gabon par la France peut surtout s’expliquer par la nature des deux seuls hommes qui ont dirigé le Gabon depuis 1960: Léon Mba et Omar Bongo.

La francophilie de Léon Mba, comme nous l’avons dit plus haut, explique en partie le respect et l’admiration qu’il avait pour la France. Cependant, c’est surtout après le coup d’état de 1964 que la France affirma véritablement et ouvertement son désir de ne point voir le nationalisme triompher au Gabon. Ce coup d’état de 1964, qui avait vu la France restaurer un Léon Mba déchu du pouvoir par les militaires gabonais, symbolisa aussi un nouveau facteur important dans l’histoire politique du Gabon: la France se posait désormais en faiseuse de présidents au Gabon. En termes plus clairs, ce que l’intervention militaire française de 1964 marqua, c’est le désir désormais dévoilé de la France de décider de qui allait diriger le Gabon et qui n’allait pas le diriger. A partir de 1964 donc, Léon Mba devint non plus le président choisi par les Gabonais, mais plutôt le président imposé par la France. A partir de ce moment également, la dépendance du Gabon s’accentua puisque son leader devait désormais sa présence à la tête du pays à une France qui, dorénavant, dirigeait presque directement le Gabon par le biais d’une marionnette.

L’arrivée de Bongo à la mort de Léon Mba en 1967 n’étonna donc guère personne. La France, sous le couvert d’élections et d’amendements constitutionnels truqués, livra tout simplement une autre marionnette aux Gabonais à qui l’on ne demanda même pas leur opinion. Ce qui, néanmoins, distingue Léon Mba de Bongo est que, avant le coup d’état de 1964, Léon Mba s’était au moins battu pour s’assurer non seulement une carrure politique nationale, mais avait aussi fait montre d’une expérience politique qui s’était construite au fil d’années de dur labeur politique. Bongo, quant à lui, arrivait au pouvoir comme par miracle. La France lui avait offert le Gabon sur un plateau d’argent. Il n’avait pas eu besoin de se battre politiquement pour conquérir le Gabon. L’on pouvait donc s’attendre à ce que Bongo devienne le docile serviteur d’une France à qui il devait tout. Tandis que Léon Mba restait malgré tout caractérisé par un certain nationalisme (il refusa maintes fois d’éliminer physiquement ou d’emprisonner Jean-Hilaire Obame, son opposant politique le plus farouche), Bongo ne recula devant rien pour asseoir son pouvoir. La dictature devint donc son crédo et la corruption son refrain. Dépendant de la France à tous les niveaux et manquant d’assise populaire, il ne dut son salut qu’aux bontés protectrices d’une France qui, en échange, se chargea de puiser à volonté dans le panier à richesses du Gabon.

Cependant, ceci dit, l’on aurait tort de rejeter sur la France toute la faute de l’échec du système Bongo. La France par nature est un pays capitaliste. Le capitalisme vise d’abord avant tout le profit et s’encombre peu d’humanités tant que ces humanités ne lui sont pas imposées par le contexte local. Il est donc de bonne guerre que la France exploite les richesses gabonaises dès lors que le leader gabonais le lui permet. Bongo n’ayant jamais eu de passé nationaliste et n’ayant jamais eu que son propre intérêt en tête (Chef de Cabinet de Léon Mba, il possédait déjà une villa grand luxe en France alors que Léon Mba lui-même n’en avait pas). Cette nature grandiloquente à la limite de l’extravagance montrait bien la différence entre lui et Léon Mba. Léon Mba, par nationalisme et intellectualité, s’intéressait plus au jeu politique qu’à l’argent. Bongo quand à lui, ne s’est intéressé au jeu politique que dans la mesure où ce jeu lui garantissait l’enrichissement personnel. Aujourd’hui, Bongo est le chef d’état africain avec le plus de propriétés immobilières en France. Cette soif de l’argent et du luxe extravagant ne pouvait donc animer en notre homme qu’une soif morbide du pouvoir. Non pas pour le travail bien fait—il s’en fout–, mais plutôt pour les honneurs et l’ivresse que donne la puissance dictatoriale qu’il s’est constituée au cours des années.

L’exploitation que la France fait donc du Gabon est de bonne guerre. Car il convient de ne point se voiler la face. Cela fait plutôt rire de voir Bongo, dans son dernier livre (qu’il n’a pas écrit bien sûr, puisque ce sont des Français qui l’ont écrit pour lui), accuser les bailleurs de fonds et les divers créanciers du Gabon d’être responsables de la débâcle économique du pays. Oubliées les folies bongoliennes du chemin de fer qui engouffra tout l’argent de notre pétrôle? Oublié le train de vie débridé de l’état Bongo au cours de ces dernières trente années où tout l’argent du Gabon a été dépensé à consolider un système qui ne bénéficie qu’aux heureux 2% de notre population’ Oubliées les graves négligences qui releguèrent l’agriculture gabonaise au rang d’inutilité économique parce que Bongo s’était laissé illusionner par le dopage artificiel que les revenus pétroliers causaient à notre économie?

Oui, la France exploite le Gabon, mais ce n’est pas la France qui dit à Bongo de ne pas redistribuer le peu de richesse qui reste au Gabon une fois que la France s’est servie. Ce peu qui reste au Gabon demeure malgré tout ENORME dans la mesure où ce peu fait du Gabon le pays le plus riche d’Afrique noire avec un revenu par habitant nettement supérieur à tous les autres. Ainsi, le Gabon aurait pu être économiquement fort et bien géré même si la France avait continué à en tirer ce qui lui revenait par les contrats secrets signés avec Bongo.

Le mariage entre Bongo et la France demeure donc un mariage assez paradoxal. En promettant de se porter indéfiniment au secour de Bongo en cas de situation désespérée–comme la France l’a bien montré quand elle est venue plus d’une fois sauver le régime de Bongo dans les années 90 et après–la France a permis à Bongo de continuer ses abus au Gabon. Encouragé par cette solidarité, Bongo se croit tout permis. Il sait que tant que la France le soutiendra, le Gabon lui appartiendra.

Cette alliance entre dictateur corrompu et ancienne puissance coloniale en quête d’une nouvelle hégémonie mondialiste permet donc ainsi à Bongo de continuer à piller l’état gabonais et à la France de continuer à puiser dans ce qui reste des richesses gabonaises. La France choisit donc ainsi de s’allier à un homme et à un régime plutôt qu’au peuple gabonais. La France préfère s’exposer à la haine du Gabonais qui, à juste titre, l’accuse de soutenir militairement un régime moribond, plutôt que de s’allier à ce peuple qui ne demande qu’à gérer valablement la petite part de richesse qui lui revient et de faire du Gabon un pays où il fait bon vivre.

En fin de compte, les Gabonais se retrouvent écrasés entre l’enclume de la France et le marteau gabonais du régime Bongo. Le Gabon demeure donc l’otage de leur alliance morbide. La question que l’on peut cependant se poser est la suivante: en imposant Bongo aux Gabonais par le soutien militaire qu’elle lui apporte, la France sera-t-elle capable d’assumer les conséquences que pourrait entraîner une éventuelle guerre civile au Gabon’ Il va sans dire que sans le soutien militaire de la France, le régime de Bongo serait tombé en 1990. Cependant, la France a préféré le maintenir, acculant ainsi le Gabonais à plus de misère sous un régime qui n’a fait que violer le Gabon par une irresponsabilité et une incompétence génocidaires. Cette France à la duplicité évidente a déjà raté son coup dans le Congo voisin. C’est à cause d’elle que le Congo Brazzaville est en feu aujourd’hui: elle a cru pouvoir ramener le dictateur Sassou N’guesso au pouvoir en toute impunité. Aujourd’hui, Brazzaville brûle sous le feu incessant d’armes fratricides dont la France est désormais incapable d’arrêter la tonitruance et la mortalité.

Le Gabon se doit-il de finir comme le Congo ou la France compte-t-elle se rendre compte un jour que se débarrasser de Bongo demeure en tout et pour tout le moindre mal’ La France devrait aujourd’hui comprendre que les Gabonais préfèrent une France qui, certes, exploite le Gabon, mais laisse le soin aux Gabonais de décider librement des leaders qu’ils veulent mettre à la tête de leur pays; elle devrait comprendre que les Gabonais préfèrent une France qui les exploite, mais qui permet aux Gabonais de se doter de leaders capables de mieux gérer leur pays et d’ainsi assurer un minimum de prospérité aux citoyens avec le peu qui leur reste.

Tant que la France n’aura pas compris ce message, elle se concrétisera dans l’esprit des Gabonais comme l’un des bourreaux qui, avec Bongo, aura pris le Gabon en otage. Dans un tel contexte, toute perspective de libération de notre peuple emprisonné passe forcément par une violence patriotique qui s’attachera non seulement à déstabiliser Bongo, mais aussi à rejeter une France s’étant montrée trop inhumaine et trop insensible envers un peuple qui ne demandait qu’un minimium de coopération équitable. Dans ce contexte, les Gabonais devront-ils se tourner vers l’Amérique pour leur salut’ Seul l’avenir le dira. Mais désormais, cet avenir, acculé dans sa misère insupportable, s’impatiente. Enfants de la patrie gabonaise, quand arrivera-t-il… votre jour de gloire?


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1 Comment To "Gabon: otage de la France ou otage de Bongo?"

#1 Comment By BEMBA On 16 Juil 2008 @ 23:06

Il faut savoir qu’en 1960, la date de la pseudo indépendance, des pseudo états de l’Afrique noire francophone, la France a mise en place un système néo-colonial très efficace de suprématie. La prépondérance de la France dans le domaine économique en Afrique est sans équivalent dans le monde. La quasi totalité des richesses naturelles de l’Afrique noire francophone sont exploitées par les grandes entreprises françaises, et les états africains n’ont qu’un contrôle limité aux extractions. Il y a incontestablement vol, car comment expliquer que les pays arabes qui n’ont bien souvent que le pétrole réussissent aussi bien, alors qu’un pays comme le Gabon avec du pétrole, de l’uranium, la forêt et beaucoup d’autres richesses, a une population qui vie à 70% en dessous du seuil de pauvreté. Il y a indubitablement vol, et en grande quantité. La quasi totalité des états de l’Afrique noire sous domination française font parti des PMA (Pays les moins avancés). Parce que la France a mis en place au pouvoir depuis cette date, que des petits valets à sa solde. Beaucoup étaient, et sont encore quasiment des illettrés primitifs et brutaux. Nous avons eu, et nous avons encore les Dacko et Bokassa en Centrafrique, Léon M’Ba et Bongo au Gabon, Mobutu au Zaïre, Houphouët en Côte d’ivoire, Compaoré au Burkina, Sassou au Congo Brazza, Débit au Tchad, Eyadema au Togo etc:. La pauvreté actuelle de l’Afrique noire francophone est donc justifié.