Socialisez

FacebookTwitterRSS

La mort du président gabonais signe-t-elle la fin de la “Françafrique” ?

Auteur/Source: · Date: 9 Juin 2009
Catégorie(s): Françafrique

Même s’il ne représentait pas à lui seul la “Françafrique”, la disparition du président gabonais marque la fin d’une certaine relation franco-africaine.

Avec la mort d’Omar Bongo Omdimba, c’est un pilier de la “Françafrique” qui s’effondre. C’était l’une des figures les plus emblématiques de l’Afrique post-coloniale. Il a été l’interlocuteur privilégié des présidents français depuis plus de 40 ans, même si les relations avec Paris se sont récemment crispées. Doyen des chefs d’Etats africains, son influence tenait avant tout à son ancienneté: 41 ans de pouvoir.
Agé de 73 ans, il avait accédé au pouvoir en 1967, avec l’aval de la France. Il est le président resté le plus longtemps au pouvoir. Pour le journaliste Antoine Glaser, rédacteur en chef de la Lettre du continent il “était le gardien d’un demi-siècle de secrets de la présence française en Afrique”. “Approvisionnement énergétique, mercenariat, opérations secrètes… Des années 60 aux années 90, il a servi la diplomatie d’influence de la France en Afrique. Et la plate-forme de la France, gendarme de l’Afrique, c’était Libreville”, poursuit-il.

Une expression est née


C’est l’ancien président de la Côte d’Ivoire, Felix Houphouët-Boigny, qui inventa l’expression France-Afrique, en 1955. Il voulait définir ainsi les bonnes relations qu’entretenait la France avec ses anciennes colonies. L’expression “Françafrique” a ensuite été forgée par François-Xavier Verschave, ancien président de l’association Survie. Il a ainsi voulu désigner les réseaux occultes qui unissaient la France à l’Afrique.
Dans son livre, “La Françafrique, le plus long scandale de la République” (Stock, avril 1998), il écrit : la Françafrique est “une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies” qui “est hostile à la démocratie”. L’Angola, le Togo, le Congo-Brazzaville, la République démocratique du Congo, le Rwanda, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Tchad, les Comores, le Gabon, le Burkina Faso, Madagascar, le Bénin, la Tunisie, le Maroc, le Niger, Djibouti, le Mali, la Centrafrique, la Mauritanie, la Guinée Equatoriale et l’Algérie feraient partie de ce cercle d’initiés.

Une sphère d’influence


Corruption, accords secrets, soutien militaire indirects en sont les caractéristiques. L’objectif français aurait été de maintenir une sphère d’influence importante en Afrique et d’exploiter la richesse des matières premières. Une “cellule Afrique” composée de plusieurs diplomates a été constituée sous l’autorité du général De Gaulle. Jacques Foccart en a été le principal dirigeant jusqu’en 1974. Cette cellule aurait, selon certains, soutenu des dirigeants, déjoué des coups d’Etat et fomentés d’autres. L’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing a ainsi affirmé au lendemain de la mort d’Omar Bongo, que le président gabonais avait soutenu “financièrement” Jacques Chirac pendant la campagne présidentielle de 1981.

Le discours de Cotonou


Un lien, donc, fondé sur des intérêts croisés, y compris avec Nicolas Sarkozy, qui avait pourtant promis de rompre avec la “Françafrique” et de “définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés”, lors de son discours de campagne en 2006 à Cotonou (Bénin).
Il promettait alors de ne plus soutenir les chefs d’Etat corrompus. Et pourtant.
Après son élection, il fait étape à Libreville au cours de sa première tournée africaine. Autre signe de la persistance de ces relations particulières, Omar Bongo a obtenu en 2008 le départ du secrétaire d’Etat à la Coopération, Jean-Marie Bockel, qui l’avait profondément irrité en annonçant vouloir “signer l’acte de décès de la Françafrique” qu’il reconnaissait “moribonde”. Des déclarations jugées arrogantes pour le Gabon, qui, se sentant visé, a déclaré préférer “trouver des partenaires plus respectueux”.

“La France sans le Gabon, c’est une voiture sans carburant”


Le Gabon était aussi le bastion originel d’Elf, la compagnie pétrolière française créée en 1967, dont l’ex-PDG, Loïk Le Floch-Prigent, reconnaîtra plus tard qu’elle servait de “diplomatie parallèle” et finançait les services secrets français… “Le Gabon sans la France, c’est une voiture sans chauffeur. La France sans le Gabon, c’est une voiture sans carburant”. Ainsi Omar Bongo décrivait-il, dans les années 80, les relations entre Paris et son ex-colonie, riche en pétrole, manganèse et bois.

L’affaire des biens mal acquis


Les tensions sont montées d’un cran après la diffusion, par la chaîne de télévision publique France 2, d’un reportage consacré aux biens immobiliers luxueux du clan Bongo en France. Les associations Survie, Sherpa et la Fédération des Congolais de la diaspora portent alors plainte pour “recel de détournement de biens publics et complicité” auprès du tribunal de Grande Instance de Paris contre cinq chefs d’Etats africains dont la famille d’Omar Bongo. Selon elles, ces biens ont été acquis avec de l’argent public détourné. Une enquête policière pour “infraction insuffisamment caractérisée” est ouverte par le parquet de Paris en juin 2007, puis classée sans suite en novembre 2007. Au Gabon, l’opinion gabonaise se range derrière son chef d’Etat et dénonce les accusations françaises. Le 2 décembre 2008, Transparency International France, l’Association Sherpa et un citoyen gabonais Grégory Ngbwa Mintsa déposent une nouvelle plainte assortie d’une “constitution de partie civile” visant entre autres Omar Bongo, ainsi que son entourage pour “recel de détournement de fonds publics”. Dans les milieux diplomatiques, on a alors expliqué que la rupture ne devait pas passer en force, et que Nicolas Sarkozy voulait “éviter tout problème” avec l’Afrique.

Très peu de chance pour un procès


“La disparition du président Bongo ne change rien aux poursuites en cours dans l’affaire des biens mal acquis”, a indiqué l’avocat Me William Bourdon à l’agence de presse AFP, en rappelant que “plusieurs membres de sa famille” sont également visés par une plainte devant la justice française. “Une enquête de police a montré que les détournements de fonds dénoncés par Tranparency Internationale France sont imputables à une entreprise familiale”, explique l’avocat de l’association anti-corruption. “Les opérations de succession sur les biens mal acquis ne peuvent être aujourd’hui que très compliqués et la disposition des biens d’Omar Bongo (distribution des biens à ses héritiers) ne peut, à mon sens, qu’être suspendue de fait, compte-tenu de la procédure en cours”, a-t-il ajouté. La date d’audience n’a pas encore été fixée.

Un allié encombrant ?


La disparition d’Omar Bongo, même si elle ne fera pas taire les associations, permet au gouvernement français de se débarrasser d’un allié gênant. Selon Antoine Glaser “c’est emblématique de la fin d’un certain type de relation entre l’Afrique et la France”. “C’est une page qui se tourne car c’était le dernier doyen de toute une période historique”. Et si l’opinion française est favorable à une enquête concernant les biens mal acquis, il y a peu de chance d’aboutir à un procès. Surtout si la suppression du juge d’instruction voulue par le chef de l’Etat est effective. “Je vois mal comment le Parquet pourrait initier une enquête”, s’inquiète William Bourdon. (Nouvelobs.com)


SUR LE MÊME SUJET
La Françafrique peut-elle faire ses valises en 2012 ?
En 2007 déjà, certains candidats à la présidentielle avaient rivalisé de promesses sur le thème de la rupture avec la Françafrique. Les révolutions dans le monde arabe et les revendications démocratiques qui s’expriment en Afrique subsaharienne ont depuis changé la donne. Alors que les peuples africains dénoncent de plus en plus bruyamment les élections truquées et que le financement occulte de la vie politique française s’étale au grand jour, le contexte 2012 est favorable à l’irruption de la thématique « Françafrique » dans le débat de la présidentielle et des législatives. A quelques mois de l’échéance, Billets d’Afrique inaugure une ...
Lire l'article
La Françafrique n’est pas un astre mort
Le scandale des biens mal acquis revient dans l'actualité à la veille de la présidentielle française. Thomas Hofnung qui vient d'y consacrer un ouvrage analyse pour Slate Afrique les ramifications de ce système au coeur de la classe politique française. SlateAfrique - A lire votre ouvrage (Le scandale des biens mal acquis: enquête sur les milliards volés de la Françafrique, co-écrit avec Xavier Harel. Ed La découverte), on a le sentiment que la Françafrique reste une réalité? Thomas Hofnung - C’est exact, mais disons d’emblée qu’elle est en perte de vitesse. Cette nébuleuse hors norme se perpétue mais elle est condamnée à ...
Lire l'article
Le président français Nicolas Sarkozy se rendra au Gabon le 24 février prochain, a indiqué l'Elysée aujourd'hui , pour une visite qui sera un adoubement après le coup d'Etat électoral de Monsieur Ali Bongo Ondimba lors du scrutin du 30 septembre dernier. e président français Nicolas Sarkozy se rendra au Gabon le 24 février prochain, a indiqué l'Elysée aujourd'hui , pour une visite officielle, après le coup d'Etat électoral de Monsieur Ali Bongo Ondimba lors du scrutin du 30 septembre dernier. Ce coup d'Etat qui avait mis le Gabon à feu et à sang, sans que, ni la France, ni l'Union Eurpéenne, ...
Lire l'article
Le député Noël Mamère (Verts) a affirmé aujourd'hui qu'"on ne va pas pleurer sur une crapule de plus qui disparaît de la planète" au lendemain de la mort du président du Gabon Omar Bongo, "symbole" selon lui de "la Françafrique". "On ne va pas pleurer sur une crapule de plus qui disparaît de la planète. Tous ceux qui sont attachés à la démocratie ne pleureront pas la mort du président Bongo", a déclaré M. Mamère, interrogé sur France Inter. Selon lui, Omar Bongo "était le symbole de tout ce que nous dénonçons depuis 30 ans, c'est-à-dire la Françafrique, ces relations incestueuses, mafieuses ...
Lire l'article
Le président gabonais Omar Bongo Ondimba, au pouvoir depuis 41 ans et doyen des chefs d'Etat africains en exercice, est mort lundi à l'âge de 73 ans en Espagne, ont annoncé les autorités du Gabon, dont les frontières ont été fermées dans la foulée. Omar Bongo, hospitalisé depuis début mai, est mort lundi en début d'après-midi, selon un message du Premier ministre gabonais Jean Eyeghe Ndong remis aux journalistes à Barcelone après une journée d'incertitudes. "C'est à 14H30 (12H30 GMT) que l'équipe médicale m'a informé, ainsi que les officiels et membres de la famille présents, que le président de la République, ...
Lire l'article
Sa disparition, à 73 ans, annoncée par Le Point, marque la fin d'une saga africaine intimement liée à la France. Il laisse un pays sous-développé mais des intérêts gigantesques aux mains d'un clan désuni. La mort d'Omar Bongo a été annoncée dimanche soir par le site internet du Point, citant une une source proche de son entourage. Avec sa disparition, à l'âge de 73 ans, c'est bien davantage que le doyen des chefs d'États africains qui quitte la scène. C'est un dinosaure qui tire sa révérence, le dernier des Mohicans, la figure la plus emblématique d'un système, la Françafrique, qu'il résumait ...
Lire l'article
Le président gabonais Omar Bongo Ondimba, au pouvoir depuis 41 ans et doyen des chefs d'Etat africains en exercice, est mort à l'âge de 73 ans, a annoncé dimanche à l'AFP une source proche du gouvernement français. L'information n'a pas été confirmée officiellement à Libreville. Le Premier ministre gabonais Jean Eyeghe Ndong a affirmé à la télévision nationale qu'il n'était "pas au courant" de ce décès. Le site internet de l'hebdomadaire français Le Point avait annoncé initialement la mort du président Bongo, information confirmée à l'AFP à Paris par une source proche du gouvernement français. Toutefois, les autorités françaises ont démenti "être à l'origine ...
Lire l'article
Edifiant reportage diffusé lors du journal de 20 heures de France 2, début mars… 2008. “Superstar” : Madame la Françafrique ou Françafric, c’est selon. “Stars” : Nicolas Sarkozy et les chefs d’Etat Omar Bongo Ondimba (Gabon) et Denis Sassou-Nguesso (Congo). “Guest Stars” : Teodoro Obiang Nguema, à la tête de la Guinée équatoriale, et son fils Teodorin, Blaise Compaoré (Burkina Faso), Eduardo do Santo (Angola). Honneur au plus ancien, au maître du Gabon depuis plus de 40 ans : le richissime Omar Bongo Ondimba. D’après l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCR-GDF), Bongo et sa ...
Lire l'article
Un reportage E-D-I-F-I-A-N-T sur la Françafrique diffusé sur Canal + le 13/04/2008. Autrefois, la Françafrique se cachait. A présent, tout se fait au grand jour sans que personne ne semble trouver à y redire. Reportage sur la visite à Libreville du secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant et du secrétaire d'Etat français à la Coopération Alain Joyandet le 10 avril dernier. Voir article AFP.
Lire l'article
Avant de parler, il faut retourner sa langue 7 fois dans la bouche. Conseil du doyen des chefs d'Etat africains à ceux qui, à l'instar de Jean Marie-Bockel, ancien secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, ont la témérité de s'attaquer aux racines insondables de la Françafrique. Mieux, après avoir offert la tête de Bockel à son ami Bongo, Nicolas Sarkozy a vite fait de lui dépêcher son remplaçant Alain Joyandet pour lui présenter les excuses de Paris. La messe est donc dite, ce n'est pas la rupture qui viendra à bout de la Françafrique. Ce serait illusoire d'attendre ...
Lire l'article
La Françafrique peut-elle faire ses valises en 2012 ?
La Françafrique n’est pas un astre mort
Françafrique: Sarkozy ira à Libreville narguer le peuple gabonais…
Bongo: “une crapule disparaît”(Mamère) Le député Noël Mamère (Verts) a affirmé aujourd’hui qu'”on ne va pas pleurer sur une crapule de plus qui disparaît de
Le président du Gabon, Omar Bongo Ondimba, est mort
Omar Bongo, la mort du doyen de la Françafrique
Gabon: le président Bongo est mort, Libreville “pas au courant”
Françafrique : les dinosaures n’ont pas perdu toutes leurs dents (II)
Françafrique: La non rupture: La Françafrique a de beaux jours devant elle
FRANçAFRIQUE: aveux de Bongo, excuses de Paris

Votez cet article (Cliquez les étoiles · 1 = mauvais - 5 = excellent)
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (1 votes, moyenne 1,00 sur 5)
Loading...

Auteur/Source: · Date: 9 Juin 2009
Catégorie(s): Françafrique
Fil RSS 2.0 · Commentaires/Trackback autorisés

2 Réponses à La mort du président gabonais signe-t-elle la fin de la “Françafrique” ?

  1. Pingback: Diplomatie: La voix de la France a disparu dans le monde (French diplomacy in disarray: How are you supposed to outdo America’s most anti-American president?) « jcdurbant

  2. Pingback: Diplomatie: La voix de la France a disparu dans le monde (French diplomacy in disarray: How are you supposed to outdo America’s most anti-American president?) « jcdurbant

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*