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«En France, on parle beaucoup du Gabon… Mais au Gabon, la France est devenue un partenaire comme les autres»

Auteur/Source: · Date: 17 Juin 2009
Catégorie(s): Coopération

Pour Elikia M’Bokolo, historien congolais, la prochaine équipe dirigeante au Gabon risque de se détourner de la France, devenue un partenaire avec lequel il faut prendre ses distances…
Après des obsèques en grandes pompes à Libreville au Gabon mercredi, le chef d’Etat gabonais doit être inhumé ce jeudi à Franceville, sa terre natale dans le Haut-Ogooué. Passé le temps du deuil, les tractations pour sa succession vont pouvoir commencer. Quelle sera la place de la France dans la nouvelle donne politique gabonaise? L’analyse d’Elikia M’Bokolo, historien congolais, auteur de «Médiations africaines: Omar Bongo et les défis diplomatiques d’un continent» (Editions Archipel), publié début juin.

On ne peut pas dire que l’accueil de Nicolas Sarkozy aux obsèques d’Omar Bongo ait été très chaleureux, mercredi. Faut-il y voir le signe d’un changement de ton des Gabonais à l’égard de la France?

Cela traduisait une certaine impatience vis-à-vis de la France, notamment par rapport aux procédures judiciaires engagées contre Omar Bongo dans l’Hexagone. L’annonce prématurée de sa mort par les médias français a également été mal perçue. Il est vrai, aussi, que pour les Gabonais, Jacques Chirac était un véritable ami d’Omar Bongo alors que Nicolas Sarkozy a profité de lui sans lui renvoyer l’ascenseur.

L’actuel président français a déclaré vouloir en finir avec la Françafrique, mais on le dit proche de Robert Bourgi, présenté comme le fils spirituel de Jacques Foccart, le «Monsieur» français de la Françafrique…

Robert Bourgi était plutôt hors jeu, jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy et Claude Guéant le ressuscitent. Mais ses relations avec Omar Bongo n’étaient pas si étroites qu’on veut le dire. Il est en tout cas vu comme un personnage très peu recommandable par les élites gabonaises. Si l’équipe Sarkozy continue à s’appuyer sur lui, les relations entre la France et le Gabon pourraient se dégrader.

Comment percevez-vous, justement, l’avenir des rapports entre la France et le Gabon après la mort de Bongo?

En France, on parle beaucoup du Gabon… Mais au Gabon, la France est devenue un partenaire comme les autres, voire un partenaire avec lequel ont prend des distances de la manière la plus ferme qui soit. Avec le renouvellement plus ou moins profond des équipes dirigeantes au Gabon, les axes d’alliance vont être redistribués vers les Etats-Unis, le Moyen-Orient et la Chine. Beaucoup de jeunes cadres gabonais préfèrent d’ores et déjà traiter avec ces régions-là plutôt qu’avec la France, où les affaires sont engoncées dans des relations politiques.

Le Gabon pleure Omar Bongo. Son bilan est pourtant loin d’être parfait et l’homme est connu pour son passé sulfureux…

Oui, mais au Gabon, le mort doit partir en paix et tout ce qui violerait ce moment de paix, comme une polémique ou la question de sa succession, serait très malséant. Le Premier ministre a d’ailleurs rappelé hier l’exemple de la France en 1974, quand Jacques Chaban Delmas s’était précipité pour annoncer sa candidature avant même l’enterrement de Georges Pompidou. Un faux pas qui, selon lui, a valu aux candidats gaullistes de perdre à la présidentielle pendant 21 ans (jusqu’en 1995, ndlr).

Dans combien de temps une élection présidentielle sera-t-elle organisée au Gabon?

La Constitution prévoit un délai de 45 jours mais cela va être difficile de respecter le délai, sachant que les obsèques ont déjà duré quinze jours. Certains estiment que si l’élection est organisée d’ici à décembre, c’est déjà bien! Entre temps, il faut refaire les listes électorales avec tous les nouveaux inscrits, listes que l’opposition voudra contrôler. Pour la première fois, en tout cas, le Gabon pourra organiser et financer tout seul cette élection.

Un héritage d’Omar Bongo?

Il a eu le mérite faire en sorte que le Gabon reste un pays où règne la paix civile, au sein de la poudrière que constitue l’Afrique centrale. L’opposition a souvent fait valoir qu’«on ne mange pas la paix», ce à quoi la majorité lui répondait, «d’accord, mais sans la paix, on a rien à manger». Ce sont les deux termes de cette contradiction que le successeur d’Omar Bongo va devoir gérer. Le principal enjeu n’est pas de transformer l’économie du pays, qui repose notamment sur les industries extractives, le pétrole et un certain tissu économique local. Ce qu’il va falloir changer, c’est la redistribution des fruits de cette économie, pour davantage d’égalité sociale.

La question de la succession reste encore très floue. Les enfants d’Omar Bongo sont-ils les mieux placés?

Non, on n’est pas du tout sûr que la succession se fasse à l’intérieur de la famille proche. Un certain nombre de personnalités au sein du parti démocratique gabonais, majoritaire, sont bien placées. Le successeur devra en tout cas partir des acquis d’Omar Bongo en termes de dialogue et de négociations entre la majorité et l’opposition pour reconstruire l’avenir. Le chef d’Etat était parvenu, avec astuce, à intégrer ses opposants dans le cercle du pouvoir, ce qui lui valait d’ailleurs l’admiration de Nicolas Sarkozy. Pas sûr que son successeur ait les mêmes capacités de rassemblement.


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