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Omar Bongo : la lutte pour la succession a commencé

Auteur/Source: · Date: 18 Juin 2009
Catégorie(s): Politique

De nombreux prétendants s’affrontent tant à l’intérieur du clan familial que dans l’opposition.

Le cercle des admirateurs s’est restreint. Après sept jours d’hommage populaire, la dépouille du président gabonais est enfin arrivée à Lewaï, où se trouve la maison natale d’Omar Bongo. Dans ce gros village, devenu par la prodigalité présidentielle le très confortable Bongoville, ils n’étaient plus qu’une poignée autour du cercueil. Tous des proches qui se rêvent désormais en héritiers.

Omar Bongo en terre, les ambitions vont se libérer brutalement au grand jour. Le président disparu avait toujours refusé de désigner un favori. «Le Gabon va entrer dans une période très délicate et dangereuse», confirme le député d’opposition Jean-Valentin Leyama. «Le système Bongo consistait à réunir tout le monde autour de lui, par des pressions ou des cadeaux, jusqu’aux opposants. Il en était le pilier. Lui parti, tout va exploser», pronostique un ancien opposant devenu ministre.

Le premier théâtre de cette guerre sourde, c’est le Parti démocratique gabonais (PDG), le mouvement fondé par Bongo. Les prétendants y sont nombreux, à commencer par Ali Bongo, le fils aîné. Ministre de la Défense, peu populaire, il a tenté en vain de se faire adouber du vivant de son père. Mais lors des cérémonies, il s’est placé en chef de la famille, semblant mettre en sourdine les querelles avec sa sœur Pascaline. Cette dernière pourrait néanmoins être tentée de pousser son compagnon, le discret ministre des Affaires étrangères Paul Toungui ou même son ex-mari, le vieux compagnon de route de Bongo, Jean Ping.

«Quel que soit le candidat du PDG, les dissidents seront nombreux», affirme le politologue Jean-François Obiang. La liste des postulants ne s’arrête pas aux proches. À l’enterrement de Bongo, le premier ministre, Jean Eyeghe Ndong a lancé des attaques à peine cachées contre la famille Bongo. Et Idriss Ngari, l’ancien numéro un de l’armée gabonaise, se place déjà comme acteur incontournable en cas de passage en force. La solution de compromis peut s’esquisser autour du ministre des Mines, Casimir Oyé Mba. Sa réputation d’efficacité joue en sa faveur, comme son appartenance à l’ethnie fang.

Sondages interdits


La lutte pour l’électorat fang, environ 30 % de la population, sera rude. Les opposants y travaillent, comme Paul Mba Abessole. Lui, qui avait sans doute gagné dans les urnes la présidentielle de 1993 rumine sa vengeance même s’il lui faudra faire oublier son ralliement au gouvernement. «Je voulais être vigilant de l’intérieur. Et si Bongo m’a offert deux maisons, moi je n’avais rien demandé», explique-t-il. Paul Mba Abessole devra aussi prendre le dessus sur Zacharie Myboto, ex-baron PDG, rival de Bongo depuis 2001. Pierre Mamboundou, opposant modéré, s’appuie, lui, sur le vote des Punus et se jure hostile au système. «Pierre Mamboundou a parlé avec Bongo, mais il n’a jamais franchi le Rubicon. Il n’est jamais allé au gouvernement», dit-il, employant la troisième personne.

«Il est difficile de lire l’avenir car il n’y a jamais eu de vraies élections pour faire référence, et les sondages sont de facto interdits», remarque Michel Ongoundou, le directeur de l’hebdomadaire Gri-Gri international. À ces difficultés s’en ajoute une autre : l’élection présidentielle au Gabon se tient depuis 2003 en un tour. Avec la pléthore de candidats annoncés, le prochain chef d’État gabonais pourrait être fort mal élu. Le seul moyen d’atténuer ce «vrai risque», selon un diplomate, est d’avoir un scrutin propre et une liste électorale incontestable. Or pour l’heure, elle compte presque plus de votants que d’habitants. Pour le pouvoir gabonais par intérim, la préparation de cette liste sera le premier test de sa bonne volonté.


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