Socialisez

FacebookTwitterRSS

Gabon : Présidentielle : une affaire française

Auteur/Source: · Date: 20 Sep 2009
Catégorie(s): Politique

Après avoir juré ne soutenir personne, Paris a choisi son camp : celui d’Ali Bongo Ondimba. Une semaine avant le scrutin, Alain Joyandet était en discrète mission à Malabo pour le faire savoir.

a scène se passe le 3 septembre. La victoire d’Ali Bongo Ondimba (ABO) vient d’être annoncée, et une foule d’opposants se masse devant la concession Total de Port-Gentil, là où vivent plusieurs dizaines de familles d’expatriés français. Comme les protestataires sont arrivés en même temps de trois endroits différents, les Français soupçonnent l’Union du peuple gabonais (UPG) d’être à la manœuvre. L’ambassadeur de France au Gabon, Jean-Didier Roisin, appelle aussitôt Pierre Mamboundou. Celui-ci vient d’être blessé par les forces de l’ordre à Libreville, mais il prend le diplomate au téléphone. « Monsieur Mamboundou, pouvez-vous faire passer des consignes auprès de vos amis de Port-Gentil pour qu’on évite le pire ? – Écoutez, je vais voir ce que je peux faire, mais je dois vous dire que j’ai du mal à joindre Port-Gentil. » À ce moment-là, les liaisons téléphoniques entre Libreville et Port-Gentil sont pourtant très faciles…

Tentative de neutralité

Cet échange – où l’opposant se paie la tête du diplomate – en dit long sur le ressentiment antifrançais qui anime une bonne partie de l’opinion gabonaise. « Les Français dehors ! », crient alors tous les émeutiers de Libreville et de Port-Gentil (où les violences postélectorales ont fait au moins trois morts, selon un bilan officiel). Pendant la soirée du 3 septembre, il ne fait pas bon être blanc et circuler dans les quartiers de l’est de la capitale. Le caillassage du véhicule est garanti. « La France a choisi de couvrir, en le niant, le coup de force électoral au Gabon », lance sur son site Internet Bruno Ben Moubamba, le franc-tireur de la société civile. Deux mois et demi plus tôt, lors des obsèques d’Omar Bongo Ondimba à Libreville, Nicolas Sarkozy déclarait : « la France n’a pas de candidat », et beaucoup de Gabonais étaient prêts à le croire. Mais le 3 septembre, le message du président français est devenu inaudible. En dix semaines, la France a réussi à tout gâcher…

Au début, quand les principaux candidats sollicitent un entretien à Paris, la présidence française fait pourtant un sans-faute. Elle prend soin de leur réserver un accueil strictement identique – une audience chez Bruno Joubert, le chef de la cellule Afrique, dans son grand bureau du 2, rue de l’Élysée. Paul Mba Abessole est reçu le 26 juin, le général Idriss Ngari (ex-frère ennemi rallié à Ali Bongo) le 30, Casimir Oyé Mba le 1er juillet, Louis-Gaston Mayila (porte-parole de Pierre Mamboundou) le 10 et André Mba Obame le 13. À chacun et à la presse, Paris tient le même discours : « Les liens franco-gabonais sont prioritaires. Quel que soit l’élu, ils le resteront. Donc, la France n’a pas de préférence. » Et un décideur français d’ajouter : « Au demeurant, il faut arrêter de fantasmer sur nos immenses intérêts dans ce pays. La production d’hydrocarbures y est en baisse. Le Gabon n’est que notre 63e partenaire commercial et ne représente que 0,5 % de nos importations pétrolières, loin derrière l’Angola, le Nigeria et même le Brésil ! »

Au ministère français des Affaires étrangères, certains se prennent même à rêver de l’élection d’un adversaire d’Ali Bongo. Pierre Mamboundou ? « Non. Trop imprévisible et incontrôlable », lâche un diplomate. Mais André Mba Obame ? « Pourquoi pas ? C’est quelqu’un de compétent qui a la volonté de marquer une discontinuité avec le régime précédent et qui équilibre mieux les choses sur le plan ethnique », confie un de ses collègues – en référence aux attaches du candidat avec la communauté fang, la première du pays. « En plus, Mba Obame président, ce serait mieux en termes de communication. La succession dynastique, ce n’est jamais bon pour l’image. » Le Quai d’Orsay refait le monde… Mais vite, l’Élysée va siffler la fin de la récréation.

Une semaine avant le scrutin du 30 août, le secrétaire d’État français à la Coopération et à la Francophonie, Alain Joyandet, se rend discrètement en Guinée équatoriale pour y rencontrer le président Teodoro Obiang Nguema. Au centre des entretiens, le Gabon. Depuis qu’Ali Bongo Ondimba a débarqué avec des gendarmes gabonais sur l’îlot Mbanié en février 2003, le torchon brûle entre le chef de l’État équato-guinéen et le ministre gabonais de la Défense. À quelques jours du vote, l’émissaire de Nicolas Sarkozy vient donc à Malabo pour plaider la cause d’ABO… et faire savoir que, si Obiang Nguema cessait de soutenir exclusivement la campagne de son « cousin » fang André Mba Obame, ce serait un signe d’apaisement. Bref, à l’Élysée, on anticipe…

Sarkozy vote Ali

Le 29 août, Paris fait son coming out. C’est Me Robert Bourgi, l’ami et le conseiller de Nicolas Sarkozy, qui dévoile les vraies intentions élyséennes. À la veille du scrutin, il confie au journal Le Monde : « Au Gabon, la France n’a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c’est Ali Bongo. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l’électeur le comprendra. » Huit jours plus tard, il tente de se dédire sur la radio RTL, mais le mal est fait. Tout le monde a compris que l’émissaire du chef de l’État français a vendu la mèche : Sarkozy vote Ali. Au nom de la sacro-sainte « stabilité » des alliés de la France.

Alain Joyandet, Robert Bourgi… En réalité, plus que ces deux hommes, c’est Claude Guéant, l’homme le plus puissant de France après Nicolas Sarkozy, qui tient le rôle central dans cette affaire de succession. Et cela dès 2008, quand Omar Bongo Ondimba présente les premiers signes d’une grave maladie. En juin 2008, à l’occasion du Salon aéronautique du Bourget, le secrétaire général de l’Élysée introduit le ministre de la Défense Ali Bongo dans le bureau du président français. Au début de cette année, il intervient auprès d’Ali Bongo pour faire libérer cinq figures de l’affaire des « biens mal acquis » qui ont été arrêtées sur ordre… du ministre de l’Intérieur André Mba Obame. En mai dernier, Claude Guéant – toujours lui – se rend au chevet de son ami Ali, hospitalisé à Neuilly-sur-Seine, près de Paris. Le 4 septembre, trois jours avant le message écrit de Nicolas Sarkozy, il est encore le premier responsable politique français à appeler le nouveau président gabonais pour le féliciter. En clair, pendant quelques semaines, deux lignes ont cohabité à l’Élysée. Mais Joubert « le rénovateur » n’a pas fait le poids face à Guéant « le conservateur ». La preuve, Bruno Joubert s’apprête à quitter l’Élysée pour l’ambassade de France à Rabat.

Une victoire « plausible »

Qu’elle semble loin, cette année 2005 où Nicolas Sarkozy qualifiait de « mascarade » l’élection au Togo du fils du défunt Gnassingbé Eyadema. « Aujourd’hui, Sarkozy fait du Chirac. Il adoube un fils de président », commente un diplomate sur un ton désabusé. À Paris, les avocats de la « rupture sarkozyste » plaident la bonne foi : « Après tout, qu’est-ce qui prouve qu’Ali a gagné par la fraude ? Quels sont les chiffres de l’opposition ? » Pour eux, la victoire du candidat du parti au pouvoir est « plausible », et la France n’est que « le bouc émissaire d’une opposition qui n’a pas su se rassembler ». Mais à Libreville, beaucoup ne croient pas à la sincérité du scrutin et s’exclament : « Pourquoi Sarkozy proteste-t-il contre les fraudes en Iran et ne dit-il rien sur le voleur de chez nous ? »


SUR LE MÊME SUJET
AFFAIRE BOURGI: Bongo aurait financé la campagne de Sarkozy
Selon un proche de l'ancien président du Gabon, ce dernier aurait financé la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Bis repetita. Le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 est à nouveau visé. Dans un livre à paraître jeudi, Le scandale des biens mal acquis (éd. La Découverte), Mike Jocktane, ancien conseiller personnel et directeur adjoint du cabinet d'Omar Bongo affirme que l'ancien président gabonais a financé la campagne présidentielle de l'actuel chef de l'État français. Dans l'ouvrage, signé des journalistes Xavier Harel et Thomas Hofnung, Mike Jocktane contredit les mots de Robert Bourgi. En septembre, l'avocat franco-libanais ...
Lire l'article
Affaire Bourgi : les doutes de Claude Guéant
Par Charles Jaigu Selon le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy a bien évoqué avec l'avocat la question du financement d'hommes politiques par des fonds africains. Interrogé lors du «Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI», Claude Guéant a confirmé dimanche que l'avocat Robert Bourgi avait évoqué avec Nicolas Sarkozy, «en termes très généraux», la question du financement d'hommes politiques français par des fonds africains. «Je crois que Robert Bourgi a effectivement évoqué en termes très généraux des financements. Je ne pense pas qu'il soit jamais descendu dans ce luxe de détails qu'il a fournis aujourd'hui», a déclaré Claude Guéant en réaction à l'interview accordée par ...
Lire l'article
Une association gabonaise a annoncé samedi à l'AFP qu'elle portera plainte lundi à Libreville avec plusieurs ONG locales contre l'ONG Transparency International (TI)-France qui a porté plainte en France contre le président gabonais Omar Bongo Ondimba, décédé en 2009. "Nous avons déjà saisi notre avocat, il a la plainte qui sera déposée lundi auprès du procureur général de la République" de Libreville, a déclaré Albert Kassa, porte-parole de Cashbo qu'il présente comme "une association politique de soutien aux actions du pouvoir en place" au Gabon. "Nous sommes une trentaine d'associations et d'ONG gabonaises" à l'origine de cette "plainte pour propos diffamatoires, calomnieux ...
Lire l'article
La France s’apprête à fermer sa base militaire au Sénégal, base qui constituait une de ses trois installations permanentes en Afrique avec 1.200 militaires français (terre, air, mer). « Les bases militaires françaises vont quitter Dakar pour être remplacées par une «plate-forme régionale de coopération» aux effectifs très réduits en vertu d’un accord qui sera signé avant le 4 avril (date de l’indépendance du Sénégal) par les deux parties» a déclaré le porte-parole du président sénégalais Abdoulaye Wade. Paris va se défaire de sa base militaire de Dakar, cette annonce surprise de la part des autorités sénégalaises ...
Lire l'article
L’ancien ministre de l’Intérieur est candidat : interview Les candidatures à l’élection présidentielle du Gabon se multiplient depuis le 17 juillet, tant au sein de la majorité présidentielle que de l’opposition. André Mba Obame, ancien ministre de l’Intérieur et de la Coordination et du suivi du gouvernement, a révélé ses ambitions vendredi. Bien que son parti, le PDG (Parti démocratique gabonais, au pouvoir), ait fait d’Ali Bongo Ondimba, fils du président défunt, son candidat officiel, il a décidé de se présenter lui aussi. André Mba Obame se veut le digne et véritable héritier d’Omar Bongo Ondimba dont il entend poursuivre l’œuvre. ...
Lire l'article
Après la visite de Ségolène Royal au Sénégal où elle a présenté ses excuses pour le discours de Dakar du chef de l’Etat français qui affirmait que l’africain n’est jamais entré dans l’Histoire, un élu de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) a tenu des propos méprisants sur Ségolène Royal habillée à l'africaine, en déclarant qu’elle lui faisait penser à sa femme de ménage. Depuis le maladroit discours de Dakar du président Sarkozy, jusqu’aux expulsions arbitraires des Africains de France et les conditions précaires de rétentions dont ils sont victimes, la droite française au pouvoir se dessine les traits d’un ...
Lire l'article
Le ministre gabonais des Affaires étrangères, Paul Toungui, a exprimé le mécontentement de son pays face au traitement réservé par la presse française au président Omar Bongo, selon un communiqué diffusé samedi. "Depuis quelques mois, le président (...) Omar Bongo est la cible d'une virulente campagne de dénigrement systématique des médias français portant atteinte à sa personne et, à travers lui, au Gabon", a dit Toungui lors d'une réunion avec des membres du corps diplomatique à Libreville. Cette intervention était la première communication officielle depuis l'annonce, fin février, par la presse française de la saisie des comptes bancaires en France du ...
Lire l'article
Le chef de l'Etat gabonais, Omar Bongo Ondimba, a présenté lundi ses condoléances à son homologue français Nicolas Sarkozy, après l’accident d’un hélicoptère de l‘Armée française qui a coûté la vie à 8 soldats au large des côtes gabonaises, samedi dernier. « C'est avec consternation que j'ai appris le dramatique accident d'hélicoptère qui s'est déroulé au large des côtes gabonaises. Ainsi, pour la première fois, les Troupes françaises basées à Libreville dans le cadre des accords de défense se trouvent gravement affectées », a écrit Bongo Ondimba. « En cette douloureuse circonstance à laquelle nous prenons naturellement une très large ...
Lire l'article
Le nouveau secrétaire d’Etat à la coopération, Alain Joyandet, refuse le terme "Françafrique" au motif qu’il daterait des années 60. Certes, l’épouvantail agité par Paris n’est plus le bloc soviétique, mais la Chine. A cette réserve près, le père du néocolonialisme français, Jacques Foccart, aurait pu tenir, mot pour mot, le même discours que le petit soldat africain de Sarkozy. Jugez-en plutôt. La tête de Bockel tombée pour plaire à Bongo, Sarkozy a voulu le maire de Vesoul. Et on a le maire de Vesoul - pour paraphraser le grand Jacques. Deux semaines après sa nomination, le premier fait d’arme de ...
Lire l'article
Finis les états d'âme sur le manque de démocratie ou la corruption en Afrique : la France doit "défendre ses parts de marché" menacées par les pays émergents comme la Chine ou l'Inde. Le discours-programme tenu par Alain Joyandet, nouveau secrétaire d'Etat chargé de la coopération et de la francophonie, jeudi 19 juin à Paris, marque un tournant vers la défense des intérêts économiques de la France. Paris "va changer de cap" et "se repositionner sur le continent africain" pendant que sa politique de coopération va "changer de voilure", a promis M. Joyandet. Sur un continent "où la croissance redémarre", ...
Lire l'article
AFFAIRE BOURGI: Bongo aurait financé la campagne de Sarkozy
Affaire Bourgi : les doutes de Claude Guéant
“Bien mal acquis”: plainte lundi au Gabon contre une ONG française
Afrique : La nouvelle stratégie de défense française s’organise
André Mba Obame : l’élection présidentielle au Gabon « ne peut être une affaire de famille »
France-Afrique : Les “bons petits nègres” de la droite française
Le Gabon mécontent de l’attitude de la presse française
Gabon: Bongo Ondimba adresse ses condoléances à Sarkozy après le crash de l’hélicoptère de l’armée française
Foccart est mort, vive Joyandet: Néocolonialisme décomplexé à la française
La diplomatie française en Afrique au service des intérêts économiques

Votez cet article (Cliquez les étoiles · 1 = mauvais - 5 = excellent)
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Aucun vote pour le moment)
Loading...

Auteur/Source: · Date: 20 Sep 2009
Catégorie(s): Politique
Fil RSS 2.0 · Commentaires/Trackback autorisés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*