Socialisez

FacebookTwitterRSS

Gabon : le temps des manoeuvres

Auteur/Source: · Date: 30 Sep 2009
Catégorie(s): Politique

Si l’opposition n’obtient pas gain de cause devant la justice, elle aura au moins gagné du temps. En attendant, en coulisses, des « médiateurs » discrets préparent la voie au dialogue.

André Mba Obame ne veut qu’une chose : l’annulation de l’élection d’Ali Bongo Ondimba. Il s’explique sur dix-sept pages, dans un dossier transmis le 17 septembre à la Cour constitutionnelle, et qu’il a largement diffusé dans les médias et dans les chancelleries étrangères. Même stratégie pour l’autre poids lourd de l’opposition, Pierre Mamboundou, qui a aussi déposé un recours, à la différence près que ce dernier se fait plus discret. En tout, ils sont dix candidats malheureux à porter l’affaire devant les juges.

Les chances d’obtenir gain de cause sont minimes. La première des exigences d’André Mba Obame est d’ailleurs la demande de récusation de la présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mborantsuo. Il estime que le fait que la magistrate ait eu des enfants avec feu Omar Bongo, et serait donc la mère des frères d’Ali, est un motif pour demander qu’elle soit déchargée du dossier.

Non seulement l’argument est discutable, mais les opposants ne semblent pas tous s’accorder sur les secrets d’alcôves. Ainsi, Luc Bengono Nsi (moins de 1 % des voix) soutient la thèse qu’Ali Bongo Ondimba serait un fils adoptif. Il a même déposé un recours en expliquant que si la rumeur était avérée, l’élection d’Ali devrait être invalidée, puisqu’il ne serait pas gabonais de naissance.

Sur ce thème, il y a peu de chance qu’ils soient écoutés. Sur le fond, en revanche, c’est-à-dire ce qui relève du déroulement du scrutin, du dépouillement et de l’annonce des résultats, certains recours pourraient aboutir. Mais de là à changer la donne…

Ali privé de sorties officielles

Pour le moment, l’opposition a cependant choisi de tenter et de croire à la voie légale. Pour deux raisons. D’abord, comme l’avoue André Mba Obame, à cause d’amicales pressions de « responsables africains et français » qui l’ont poussé à choisir la justice plutôt que la rue. Ensuite parce que, après les événements de Port-Gentil, l’appel à la journée ville morte n’a pas été un franc succès. Inutile de multiplier les manifestations et d’épuiser les troupes, la fronde populaire doit rester l’ultime recours. Si toutefois les partisans ont encore assez de conviction et d’espoir pour aller battre le pavé, et si le front d’opposition a une alternative commune à proposer. Pour le moment, ce n’est pas le cas.

Casimir Oyé Mba, qui avait retiré sa candidature à quelques heures du scrutin, estime quant à lui que la tactique des recours en justice est bien inutile. « Personne n’est assez naïf pour penser que la Cour fera autre chose que confirmer définitivement les résultats », expliquait-il dans une tribune publiée dans nos colonnes (voir J.A. n° 2541). Il n’empêche. La manœuvre porte ses fruits. En déposant sur le bureau de Mme Mborantsuo des piles de dossiers à examiner, les candidats ont au moins marqué un point : ils ont bouleversé l’agenda présidentiel et ont contraint le futur chef de l’État à ronger son frein.

Ali Bongo Ondimba entendait célébrer la victoire dès la fin septembre avec une prestation de serment en bonne et due forme qui lui aurait conféré officiellement le titre de président. Raté. En tout cas, la fête est reportée, le temps nécessaire à l’examen des recours. Il voulait aller à New York, à l’Assemblée générale des Nations unies pour une première sortie officielle dans le grand monde. Encore raté. Sans parler du sommet Amérique du Sud-Afrique, auquel il a aussi dû renoncer.

Faute de barrer son accession au pouvoir, l’opposition essaie de trouver les moyens de l’empêcher de gouverner en paix. Et, pour cela, ils ont su unir leurs forces. Les deux ténors, Mba Obame et Mamboundou, 25,88 % et 25,22 % selon les résultats officiels, ont ainsi décidé ensemble de renoncer à demander le recomptage des voix et de se concentrer sur l’annulation du scrutin.

Ils sont d’accords sur un autre point : pas question d’entrer dans un gouvernement d’union nationale, donc, pour le moment, le dialogue, prôné par Casimir Oye Mba, semble vain. Pour Mba Obame, en effet, celui qui rejoindrait le camp Bongo serait voué à une « mort politique assurée ». « L’Union du peuple gabonais [UPG] ne souhaite pas nouer un contact avec le camp des usurpateurs », renchérit Richard Moulomba, secrétaire général du parti et porte-parole de Pierre Mamboundou.

Une union de circonstance

Ce dernier, contrairement à Mba Obame, qui fait une large publicité à chacune de ses démarches, reste terré dans un lieu tenu secret. Il ne sort plus en public que pour rencontrer les autres chefs de l’opposition et laisse le soin à ses collaborateurs de communiquer à sa place.

L’opposition bénéficie aussi d’un outil important, la chaîne de télévision TV+, qui a repris ses émissions depuis le 21 septembre. Appartenant à Mba Obame, elle s’était révélée avant l’élection un vrai enjeu de pouvoir. Fermée par décision administrative à la veille du scrutin, elle peut servir de caisse de résonance au front anti-Ali. En tout cas tant que le front ne se fissure pas.

Sur le plan international, au nom du « Front du refus », Bruno Ben Moubamba, candidat issu de la société civile (moins de 1 % des voix), s’agite, multipliant les conférences de presse devant le siège de la multinationale pétrolière Total en banlieue parisienne. Frappé par une mesure d’interdiction de voyage (suspendue depuis), il n’avait pu quitter le Gabon que grâce à son passeport français. Après la France, il entend se rendre en octobre aux États-Unis pour mobiliser l’opinion internationale contre le « coup d’État électoral ».

Médiations internationales

Ali Bongo Ondimba sait cependant que ces effets de manche restent limités. Notamment parce que l’union de ses opposants est bien fragile. Ils se surveillent, se marquent à la culotte, chacun n’ayant à l’esprit que le but qu’il s’est fixé, sortir du lot et se placer sinon comme vainqueur au moins comme chef de file de l’opposition. Pierre Mamboundou a même envisagé de former un gouvernement parallèle constitué de membres issus de l’Alliance pour le changement et la restauration, la coalition qui soutenait sa candidature.

Dans l’entourage d’Ali Bongo Ondimba, on attend l’issue des recours avec « sérénité », affirme la porte-parole Clémence Mezui. Et elle assure que le « gouvernement d’union nationale » n’est pas non plus une option envisagée. « Les loups sont sortis du bois. Pourquoi faire revenir au gouvernement des gens qui se sont enrichis sur le dos du peuple ? » s’insurge celle qui fut proche de l’opposant Zacharie Myboto avant de rejoindre le camp Bongo. « Nous voulons former un gouvernement de technocrates pour faire avancer les choses », poursuit-elle. Quid alors du dialogue ?

Discrètement, les pays voisins sont intervenus pour chercher une issue honorable pour tous. Le Cameroun a ainsi joué sur deux tableaux. Paul Biya a été le premier chef d’État de la région à féliciter le président élu, tout en permettant à son principal challengeur de se réfugier dans son ambassade. La dernière initiative en date a été lancée, sans tambour ni trompette, par le président congolais, Denis Sassou Nguesso. Il a invité les opposants à se rendre à Brazzaville dans les prochaines semaines pour discuter des voies de sortie de crise. Mais sera-t-il entendu ? « C’est difficile pour les voisins de faire de la diplomatie préventive sans être accusés d’ingérence », soupire un diplomate. « Je crains que nous ne soyons réduits au rôle de pompier… », pronostique-t-il, d’un air sombre.


SUR LE MÊME SUJET
Ouattara en France : comme au temps de la Françafrique ?
Cela faisait un petit moment que Nicolas Sarkozy n'avait pas accueilli un chef d'Etat avec un tel faste. De son arrivée à l'aéroport d'Orly mercredi 25 janvier à son diner d'Etat à l'Elysée le lendemain, le parcours du président ivoirien, Alassane Ouattara, lors de ces trois jours de visite, a été jalonné d'intentions toutes particulières. Le journal ivoirien "L'expression" rapporte avec fierté les honneurs rendus à leur président : "Cinq sections de l'armée française ont été mobilisées. Trois de l'armée de l'air, une de la marine nationale et une des forces paramilitaires." A son arrivée à l'aéroport, accueilli par le ministre de ...
Lire l'article
Dans une interview exclusive accordée à notre rédaction via internet et dont nous vous proposons l’intégralité, le nouveau militant de l’Union du Peuple Gabonais (UPG, opposition), Bruno Ben Moubamba (ancien candidat à la présidentielle 2009) a accepté de répondre à certaines préoccupations de ces concitoyens le concernant. GN : Dans les coulisses des obsèques de PM à Ndéndé, nombreux sont les militants qui estimaient que la politique est une affaire de générations : Et en cela, ils voyaient en vous l’unique successeur de Pierre MAMBOUNDOU : Êtes-vous de cet avis ? BBM : Aujourd’hui, Pierre MAMBOUNDOU nous a quittés de façon ...
Lire l'article
Pour une affaire remontant à 2004 et procédant du délit de presse, le journaliste et directeur de la publication du bimensuel gabonais "Le Temps", Jean-Yves Ntoutoume, a été incarcéré à la prison centrale de Libreville. Il s’agit d’une «contrainte par corps» pour l’obliger à débloquer 10 millions de francs CFA. Cette arrestation relance le débat sur la dépénalisation du délit de presse au Gabon. Répondant à une convocation de la Police judiciaire le 26 octobre dernier, Jean-Yves Ntoutoume, directeur de la publication du bimensuel gabonais "Le Temps" a été incarcéré à la prison centrale de Libreville. Joint au ...
Lire l'article
Il y a un an, après le décès de son père et une élection présidentielle contestée, il a pris en main les rênes d’un pays menacé de paralysie. La tâche qui l’attendait était immense. L’aspiration de ses compatriotes au changement aussi. Premier bilan. Libreville, début août. La capitale se prépare à célébrer en grande pompe le cinquantième anniversaire de l’indépendance du Gabon. Un peu partout, les portraits des trois présidents élus qui ont marqué l’histoire du pays, véritable mosaïque ethnique aux équilibres instables mais préservée des conflits qui ont endeuillé tant d’autres nations du continent. Léon Mba, Omar Bongo Ondimba et ...
Lire l'article
Suivant l'exemple de l'Angola, l'Etat s'apprête à créer une nouvelle compagnie pétrolière nationale pour défendre ses intérêts. Loin d'être gagné, le pari d'Ali Bongo Ondimba ne suscite pas l'enthousiasme des majors. C'est sans doute le plus laborieux des chantiers que veut mener le nouveau régime gabonais. A l'instar de la grande majorité, si ce n'est de la totalité des pays africains producteurs de pétrole, le petit « émirat » d'Afrique centrale a décidé de créer sa propre compagnie pétrolière nationale pour, selon son président Ali Bongo, « contrôler la participation de l'Etat dans les sociétés pétrolières, gérer l'exploration et l'exploitation ainsi ...
Lire l'article
La première session du Conseil Franco-Gabonais des Affaires s’est tenue à Libreville ce lundi 10 mai à la Chambre de commerce de Libreville. Elle a été recommandée par le "Plan d’action pour la mise en œuvre d’un partenariat stratégique entre la République gabonaise et la République française (2010-2014) " signé le 24 février lors de la visite du président français au Gabon. A l’issue de cette 1ère session, le représentant des investisseurs français au Gabon, Didier Lespinas, a accordé une interview à Gaboneco.com. Il brosse le menu de la rencontre, le traitement prochain de la dette intérieure et confirme l’échéance ...
Lire l'article
De Emmanuel GOUJON (AFP) DJIBOUTI — Le scénario est loin d'être irréaliste: un pays voisin envahit la petite République de Djibouti, située dans une zone stratégique aux portes de la Mer Rouge, et progresse vers la capitale. Acculé, Djibouti demande à la France l'application des accords de défense de 1977. La plupart des participants à l'exercice militaire baptisé "Amitié Djibouti 2010" ont en tête "l'agression" lancée en juin 2008 par l'Erythrée contre la région de Ras Doumeira (nord) à la suite d'un conflit frontalier. La zone est toujours occupée par l'armée érythréenne. A l'époque, la France avait immédiatement "apporté un soutien logistique, médical ...
Lire l'article
4 jours après l’annonce de sa prétendue démission du Parti démocratique gabonais (PDG), Jacques Adiahénot, a réitéré sa fidélité au parti au pouvoir, à l’occasion de la célébration en différé du 42e anniversaire du parti le 27 mars au 4e arrondissement de Libreville. Si cette sortie a rassuré les partisans du hiérarque du PDG, elle ne lui assure pas pour autant un avenir politique doré au sein de cette formation bien décidée à faire peau neuve. Le suspense n’aura duré que 4 jours, Jacques Adiahénot a levé l’équivoque sur son destin politique. Annoncé démissionnaire le 23 mars, l’ancien secrétaire général ...
Lire l'article
Depuis l’arrivée des membres du BDP-Gabon Nouveau au Gabon, cette semaine, le  Dr Mengara et son équipe composée du Dr Ella et du Dr Nguema ont été victime de tractation manigancée par quelques membres de la coordination nationale basée à Libreville au GABON a savoir Mr Nkoulou Pascal, Mr Rekoula et Mr Issendé.   La coordination BDP-Gabon Nouveau de France, après avoir mené des enquêtes et suite à la déclaration frauduleuse et mensongère de ces fameux membres de la coordination nationale, apporte un démenti officiel au déclaration qu’ils ont faite hier, vendredi 24 juillet 2009 dans les medias nationaux gabonais et internationaux.   A ...
Lire l'article
Le président de l'Union gabonaise pour la démocratie et le développement (UGDD, opposition), Zacharie Myboto, a affiché samedi à Libreville, la volonté et la détermination de son parti à faire échec aux ''manoeuvres sordides de déstabilisation menées honteusement pour l'affaiblir''. ''Parce que l'UGDD est une alternative crédible dans ce pays, parce que l'UGDD sait ce qu'elle veut pour le Gabon, à savoir, son progrès, le pouvoir lui voue une hostilité sans bornes'', a fustigé M. Myboto, à l'occasion de la cérémonie de présentation de voeux de ses militants. Selon M. Myboto, les débauchages, la pêche dans les rangs de ses militants et ...
Lire l'article
Ouattara en France : comme au temps de la Françafrique ?
« Le fondateur de l’UPG a dit en son temps que les jeunes poursuivraient son œuvre », Bruno Ben Moubamba
Gabon : Arrestation du directeur du journal “Le Temps”
Ali Bongo Ondimba : “Le temps des girouettes est révolu”
Pétrole : le temps de la reprise en main
Gabon : «Il faut laisser le temps au temps, et à la machine de se mettre en place» (Didier Lespinas)
Djibouti: grandes manoeuvres de la France pour conforter sa présence
Gabon : Jacques Adiahénot reste au PDG mais pour combien de temps ?
COMMUNIQUE DE PRESSE URGENT – DEMENTI OFFICIEL Paris, le 25 juillet 2009 Le BDP-Gabon Nouveau victime de manoeuvres mafieuses du bongoïsme
Gabon: Politique : L’UGDD fustige des “manoeuvres sordides pour l’affaiblir”

Votez cet article (Cliquez les étoiles · 1 = mauvais - 5 = excellent)
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Aucun vote pour le moment)
Loading...

Auteur/Source: · Date: 30 Sep 2009
Catégorie(s): Politique
Fil RSS 2.0 · Commentaires/Trackback autorisés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*