Socialisez

FacebookTwitterRSS

Beac : l’heure des comptes

Auteur/Source: · Date: 10 Nov 2009
Catégorie(s): Afrique

Un gouverneur qui refuse de démissionner, des inculpés qui circulent en liberté, des chefs d’État qui peinent à s’entendre. Décidément, le scandale révélé par Jeune Afrique n’a pas fini de faire des vagues.

Des bureaux et des couloirs presque vides. Le moral n’y est plus au 736, avenue Monseigneur-Vogt, à Yaoundé (Cameroun). L’imposante tour de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) tourne à vide. Au propre comme au figuré. Depuis le début de l’année, les 2 400 salariés sont gagnés par un profond doute après les révélations sur les pertes de 25 millions d’euros liées à un placement toxique vendu à la direction de la banque par la Société générale fin 2007 et, surtout, sur les détournements évalués à 30 millions d’euros (19 milliards de F CFA) opérés depuis au moins cinq ans par le bureau parisien de la Beac. Le climat est délétère. « Presque plus personne ne travaille, tout le monde a peur et craint une chasse aux sorcières. Une véritable chape de plomb recouvre la Banque centrale », témoigne un cadre du siège.

Les six chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont pourtant décidé d’aller vite pour éteindre le feu qui embrase la Banque centrale de la région. Le 19 octobre dernier, Ali Bongo Ondimba (ABO), le nouveau président de la République du Gabon, a frappé fort au cours de son premier Conseil des ministres. Son pays est au cœur de la polémique. Il désigne par tradition l’un de ses ressortissants pour occuper le poste de gouverneur de la Beac, une proposition validée ensuite par les chefs d’État de la Cemac. Or le Gabonais Philibert Andzembé, en poste depuis l’été 2007, est sur un siège éjectable depuis des mois.

Soucieux d’appliquer ses promesses de campagne et de se démarquer de l’ancien système, ABO a souhaité faire rapidement le ménage chez lui et donner des gages à l’intention de ses partenaires de la Cemac et de la France, présente au conseil d’administration de la Banque centrale. « La vérité, toute la vérité », rappelle en continu Paris. Au préalable, le chef de l’État a pris la précaution de rencontrer ses homologues Denis Sassou Nguesso, Teodoro Obiang Nguema et François Bozizé en marge de sa prestation de serment à Libreville, le 16 octobre, pour s’assurer que le futur gouverneur de la Banque centrale demeurerait un Gabonais. Il lui reste à convaincre Paul Biya, au Cameroun, et à prouver qu’il sera intraitable dans la gestion du scandale.

Détermination gabonaise

Le communiqué du Conseil des ministres du 19 octobre traduit la détermination gabonaise. Libreville s’engage à « faciliter les enquêtes des cabinets d’audit mandatés par la Beac ainsi que les investigations de la brigade financière française auprès de laquelle la Beac a porté plainte », à « faire arrêter les fonctionnaires gabonais de l’institution présumés impliqués et résidant sur le territoire national » et à « rappeler le gouverneur de la Beac, Philibert Andzembé, en vue de son remplacement ».

Dans la foulée, l’annonce de l’interpellation à Libreville de deux protagonistes majeurs dans l’affaire de malversations, Armand Brice Ndzamba et Maurice Moutsinga, a confirmé la fermeté des autorités gabonaises. Comptable du bureau parisien de 1994 à mai 2009, le premier est considéré comme le cerveau des détournements. Il avait quitté discrètement Paris en janvier et s’était réfugié depuis en pleine forêt équatoriale chez les Pygmées pour soigner un mal contre lequel la médecine moderne s’est avérée impuissante. Le second, son oncle et son officier traitant à Yaoundé, a été le directeur de la comptabilité et du contrôle budgétaire au siège de la Banque, de 2000 à décembre 2007. Aujourd’hui à la retraite, il se cachait à Mouila, à environ 200 kilomètres à vol d’oiseau au sud de Libreville. Sauf que… Maurice Moutsinga a été aperçu par plusieurs témoins le 24 octobre lors de l’enterrement d’un ancien responsable du bureau de la Beac à Port-Gentil ! Et que l’arrestation effective d’Armand Brice Ndzamba reste à démontrer. « Le dossier est couvert par le secret de l’instruction », obtient-on comme toute réponse de la présidence gabonaise.

Autre source d’étonnement : le rappel du gouverneur Andzembé ne s’est pas encore traduit dans les faits. S’il a bien commencé à faire ses cartons le 20 octobre, il a depuis présidé officiellement plusieurs réunions et déjeuners. Et la rumeur d’enfler : Philibert Andzembé vivrait mal son rappel et serait entré en résistance. « Au regard du comportement de défiance affiché par M. Andzembé envers le gouvernement gabonais, il y a lieu d’agir vite », conclut une note de la présidence gabonaise du 26 octobre. Son successeur doit en théorie être désigné lors de la Conférence des chefs d’État de la Cemac, qui doit se tenir à Bangui (Centrafrique), à la fin du mois de novembre. Toutefois, pour remettre en marche la Banque centrale au plus vite et retrouver la confiance des marchés, le Cameroun et la Guinée équatoriale poussent pour qu’une conférence extraordinaire des chefs d’État précède la conférence ordinaire au cours de la première quinzaine de novembre. Mais les deux pays se disputent pour organiser l’événement de la passation des pouvoirs !

En parallèle à l’action du Gabon, le comité d’audit interne de la Beac poursuit son enquête « pour établir les premières responsabilités ». Composé de six membres et présidé par le directeur du budget équato-guinéen, Miguel Engonga Obiang, il s’est rendu par vol spécial de Yaoundé à Libreville le jeudi 21 octobre, un saut de puce d’une trentaine de minutes. Sur place, les auditeurs ont entendu, dans les bureaux gabonais de la Beac, Armand Brice Ndzamba, Maurice Moutsinga ainsi que Jean-Félix Mamalepot, 69 ans, l’emblématique gouverneur de la Beac, de 1990 à 2007. Dix-sept ans de présidence encensée hier, mais largement suspecte aujourd’hui. Nommé depuis président du conseil d’administration de l’assurance-maladie du Gabon, il figure parmi les personnes limogées le 19 octobre. Mais sans être davantage inquiété, pour l’instant, par la justice.

Selon des sources proches du comité d’audit, les deux hommes interrogés à Libreville ont livré « des tonnes d’informations » et mis en cause plusieurs hauts responsables financiers de la région. De retour à Yaoundé, le comité d’audit a entendu le 23 octobre dans les locaux de la Beac le ministre tchadien des Finances et du Budget, Gata Ngoulou. Éminence grise de Jean-Félix Mamalepot, il a été secrétaire général de la Beac de 1998 à 2008. Enfin, le comité a auditionné Jean-Marie Ogandaga-Ndinga, l’actuel délégué de la Beac à Paris, et le vice-gouverneur, le Congolais Rigobert Roger Andely.

Le FMI exige la transparence

Le comité d’audit a par ailleurs remis son rapport sur « les malversations du bureau extérieur de Paris » lors d’un conseil d’administration de la Beac, le 26 octobre à Douala, présidé par… Philibert Andzembé. Le document a également été scruté le 28 octobre, toujours à Douala, lors d’un comité ministériel. Selon l’exigence du FMI, le rapport doit être publié, sans doute fin novembre, après que les chefs d’État de la Cemac en auront pris connaissance. Pour expédier les affaires courantes, les deux organes de gouvernance de la Banque centrale ont instauré un système de double signature, celles du gouverneur et du vice-gouverneur. Deux hommes qui se détestent cordialement.

Jusqu’à quand ? Le nom du Gabonais Hugues-Alexandre Barro Chambrier circule avec insistance pour succéder à Philibert Andzembé. Ex-ministre de l’Économie et des Finances et ancien administrateur Afrique du FMI, il est aujourd’hui parlementaire. « Je ne suis au courant de rien. Je suis député et j’ai mes activités à Libreville », se contente de commenter l’intéressé. Sa candidature pourrait être appréciée au-delà du Gabon. Sa femme, Hélène Loemba, est en effet la nièce d’Antoinette Sassou Nguesso, la première dame du Congo. Reste que sous Omar Bongo la proposition gabonaise valait décision. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.


SUR LE MÊME SUJET
Les réformes de modernisation de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), annoncées par le gouverneur Lucas Abaga Nchama lors de sa prise de fonctions le 5 février laissent la Banque de France sceptique. L’institution française exhorte notamment à la suppression de trois postes de directeurs généraux qu’elle juge budgétivores. Alors que la vague de réformes initiées par le nouveau gouverneur équato-guinéen devait signer le renouveau de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), la Banque de France a estimé que ces mesures restaient insuffisantes. Selon certaine sources, la Banque de France souhaiterait notamment que ...
Lire l'article
Les enquêtes sur les malversations financières à l’agence parisienne de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) vont se poursuivre, a annoncé le 18 février à Brazzaville, au Congo, le gouverneur de cette institution, Lucas Abaga Nchama. La poursuite de ces enquêtes s’inscrit dans le cadre de la restauration de la crédibilité de la banque engagée dès la prise de fonction du nouveau gouverneur. Pour redorer l’image de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), le nouveau gouverneur de cette institution, l’Equato-guinéen Lucas Abaga Nchama, a annoncé le 18 février dernier la poursuite des enquêtes relatives ...
Lire l'article
L'Equato-Guinéen Lucas Abaga Nchama, nommé mi-janvier gouverneur de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC), était vendredi en visite au Gabon, dont des ressortissants ont occupé ce poste pendant 36 ans, a annoncé la présidence à Libreville. Après s'être rendu en début de semaine dans son pays d'origine, M. Abaga Nchama "a choisi le Gabon pour sa première sortie officielle", a affirmé lors d'un point de presse le porte-parole de la présidence, Guy-Bertrand Mapangou. Selon M. Mapangou, le nouveau gouverneur a été reçu par le président Ali Bongo Ondimba auquel il a "exprimé toute sa reconnaissance". Les deux hommes se sont dits ...
Lire l'article
Suite au scandale financier qui ébranlé la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), le nouveau gouverneur de cette institution, Lucas Abaga Nchama, a promis le 26 janvier de placer son mandat sous le signe de la transparence. Une déclaration faite après un entretien avec le président Teodoro Obiang Nguema, qui a promis de traquer tous les fonctionnaires impliqués dans ce scandale. Le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), Lucas Abaga Nchama, a déclaré à la presse le 26 janvier dernier qu’il s’engageait à «travailler dans la discipline, la transparence et la bonne ...
Lire l'article
Le nouveau gouverneur de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC), récemment secouée par des scandales financiers, l'Equato-Guinéen Lucas Abaga Nchama, s'est engagé à travailler "dans la transparence", a rapporté hier la radio nationale. Lucas Abaga Nchama s'est engagé à "travailler dans la discipline, la transparence et la bonne gestion", a rapporté la radio nationale, citant des propos tenus lundi à la presse présidentielle par le gouverneur de la BEAC après un entretien à Malabo avec le président Teodoro Obiang Nguema. Le nouveau gouverneur s'exprimait pour la première fois depuis sa nomination. Selon une source proche de la présidence, Teodoro Obiang Nguema ...
Lire l'article
Le 10e sommet de la Communauté économique et monétaire des Etats de l'Afrique centrale (Cémac) a nommé l'Equato-Guinéen Lucas Abaga Nchama gouverneur de la banque régionale BEAC, poste qui devient désormais rotatif. Gestion contestée de Philibert Andzembé Le sommet, tenu samedi et dimanche à Bangui, "a décidé de nommer au poste de gouverneur de la BEAC (Banque des Etats de l'Afrique centrale) Lucas Abaga Nchama", selon son communiqué final lu devant les chefs d'Etat et la presse par le président de la Commission de la Cémac, Antoine Ntsimi. M. Abaga Nchama succède au Gabonais Philibert Andzembé, qui était en poste depuis juillet 2007 ...
Lire l'article
Le 10e sommet de la Communauté économique et monétaire des Etats de l'Afrique centrale (Cémac) a nommé dimanche l'Equato-Guinéen Lucas Abaga Nchama gouverneur de la banque régionale BEAC, poste qui devient désormais rotatif. Le sommet, tenu samedi et dimanche à Bangui, "a décidé de nommer au poste de gouverneur de la BEAC (Banque des Etats de l'Afrique centrale) Lucas Abaga Nchama", selon son communiqué final lu par le président de la Commission de la Cémac, Antoine Ntsimi. M. Abaga Nchama succède au Gabonais Philibert Andzembé, qui était en poste depuis juillet 2007 et que le sommet a décidé de "relever de (ses) ...
Lire l'article
Le gabonais Philibert Andzembé sera maintenu au poste de gouverneur de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC), en dépit de son rappel par le Gabon après la découverte de malversations et d'importantes pertes, a-t-on appris jeudi de sources concordantes. "Le comité des ministres des Finances (de la sous-région) a décidé mercredi lors d'une réunion à Douala (sud-Cameroun) de maintenir Philibert Andzembé au poste de gouverneur (de la BEAC) jusqu'au mois de novembre" et le sommet des chefs d'Etat de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) à Bangui, a affirmé à l'AFP un responsable du ministère camerounais des ...
Lire l'article
Après les dénonciations de détournements de fonds dont la Banque des Etats de l'Afrique centrale (BEAC) fait l'objet, le gouverneur de cette institution, Philibert Andzembé, a confirmé la disparition de 15 milliards de FCFA dans les caisses du bureau parisien de la banque. Lors d'un entretien accordé au quotidien camerounais Cameroon Tribune, le patron de la BEAC dit avoir pris des mesures pour gérer cette nouvelle crise. Le gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), Philibert Andzembé, vient de confirmer «un écart de trésorerie» de l’ordre de 15 milliards FCFA environ, découvert au 31 décembre 2007 entre les ...
Lire l'article
La communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (Cemac) a décidé ce vendredi à Libreville, au terme d'un sommet extraordinaire, de suspendre toute opération de placement de la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC) auprès de la société générale des banques, selon un communiqué final publié à l'issue des travaux de ce sommet. Cette mesure conservatoire prise par les chefs d'Etat et de gouvernement des pays membres de la Cemac, visent à mettre la lumière sur la façon dont ces opérations de placement s'effectuent, précise le communiqué. De même, un audit général de la BEAC a été décidé, ainsi qu'un autre audit spécifique ...
Lire l'article
BEAC : La Banque de France sceptique sur les réformes d’Abaga Nchama
BEAC : Abaga Nchama joue «patte blanche»
Le nouveau gouverneur de la BEAC en visite au Gabon
BEAC : Nchama s’engage dans la transparence
BEAC: Nchama promet la transparence
BEAC : Philibert Andzembé “relevé de ses fonctions”
Cémac: un Equato-Guinéen nommé chef de la BEAC, poste désormais rotatif
Scandale à la BEAC: le gouverneur reste en place jusqu’en novembre
CEMAC : Le gouverneur de la BEAC confirme «un écart de trésorerie» de 15 milliards de FCFA
BEAC : La Cemac suspend tout placement de la BEAC auprès de la société générale des banques

Votez cet article (Cliquez les étoiles · 1 = mauvais - 5 = excellent)
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Aucun vote pour le moment)
Loading...

Auteur/Source: · Date: 10 Nov 2009
Catégorie(s): Afrique
Fil RSS 2.0 · Commentaires/Trackback autorisés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*