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50 ans après, la Françafrique bouge encore

Auteur/Source: · Date: 2 Jan 2010
Catégorie(s): Françafrique

Les amitiés sélectives

La « rupture » promise par le candidat Sarkozy est-elle tombée aux oubliettes ? Pas si simple. Tous les pays ne sont pas logés à la même enseigne.

Au Togo par exemple, le président français essaie de se démarquer de son prédécesseur Jacques Chirac. Dès avril 2005, il a qualifié de « mascarade » l’élection très controversée du fils du défunt Gnassingbé Eyadema – un scrutin qui, selon l’Onu, s’est soldé par la mort d’au moins 500 personnes.

FRANCE/ TOGO

Lomé, 2 septembre 2008. Le président Faure Gnassingbé et Alain Joyandet, secrétaire d’État à la Coopération. La France vient d’octroyer 140 millions d’euros au Togo, au titre de l’aide au développement. AFP/Emile Kouton Depuis son arrivée au pouvoir en mai 2007, Nicolas Sarkozy a fait recevoir le principal opposant togolais, Gilchrist Olympio, par deux de ses collaborateurs : en septembre 2008 par Alain Joyandet, et en février 2009 par le chef de la cellule Afrique de l’Élysée, Bruno Joubert. Est-ce parce que le Togo n’occupe pas la position stratégique du Tchad ou ne possède pas les richesses pétrolières du Gabon ? Visiblement, Paris est plus exigeant avec Lomé qu’avec d’autres capitales. D’ailleurs, le régime togolais ne s’y trompe pas. En décembre dernier, le premier secrétaire de l’ambassade de France à Lomé a été expulsé. Sans doute est-ce un message des Togolais aux Français sur le thème : « Ne vous intéressez pas de trop près à la présidentielle de février prochain ».

L’aide militaire

Autre signe de « rupture » : la renégociation des accords de défense avec les anciennes colonies françaises. Finies les clauses secrètes qui garantissaient aux régimes en place une aide militaire française en cas de soulèvement populaire ou de rébellion armée.

« Les temps ont changé et la France n’a pas à jouer un rôle de gendarme en Afrique », a lancé Nicolas Sarkozy au Cap, en Afrique du Sud, en février 2008. Cela dit, le chef de l’État français a renoncé à fermer la base militaire française de Libreville au Gabon, comme le suggérait pourtant le Livre blanc de la défense publié en juin 2008. Commentaire d’un conseiller du président Ali Bongo : « C’est donnant-donnant. Les Français protègent notre régime contre les menaces intérieures ou extérieures. En échange, nous soutenons leur politique en Afrique et ailleurs ».

Les retrouvailles

Dernier signe de changement : les tentatives de réconciliation avec des pays très hostiles à la France d’avant Sarkozy.

Avec le régime du président rwandais Paul Kagamé, les retrouvailles sont en bonne voie. Après trois ans de rupture, les relations diplomatiques ont été rétablies en novembre dernier. La justice française soupçonne le régime rwandais d’être impliqué dans l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Habyarimana. De son côté, la justice rwandaise accuse la France d’être complice du génocide de 1994. Aujourd’hui, Paris et Kigali essaient de vider leur querelle judiciaire.

Avec le régime du président ivoirien Laurent Gbagbo, les choses sont plus compliquées, sans doute à cause de la force des liens entre les acteurs politiques de France et de Côte d’Ivoire (l’UMP, le PS, le FPI, le PDCI et le RDR). Tout va dépendre de la future présidentielle et des conditions de sa transparence.

Des relations pragmatiques

ALLOCUTION DE NICOLAS SARKOZY, DAKAR. 26/07/2007.

En fait, l’une des différences entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy est que le premier refusait de prendre au téléphone les chefs d’État africains qui lui étaient ouvertement hostiles. Mieux, il ne cachait pas son antipathie à l’égard de certains, comme l’Ivoirien Laurent Gbagbo. Le second est plus « rond ».

Cinquante après, la France commence enfin à « dépassionner » ses relations avec l’Afrique et à traiter de la même façon toutes ses anciennes colonies, celles qui restent amies comme celles qui ont « coupé le cordon ». Finie l’époque de Sékou Touré, où Charles de Gaulle voulait « punir » la Guinée d’avoir dit non à la France. Moins de pathos, plus de pragmatisme. De ce point de vue, la France a tiré quelques leçons des émeutes anti-françaises d’Abidjan en novembre 2004. L’avenir de la Côte d’Ivoire ne se décide plus à Marcoussis en France, sous la houlette de Jacques Chirac, mais en Afrique, sous celle du chef de l’État burkinabé Blaise Compaoré. Et aujourd’hui, les « patriotes » proches de Laurent Gbagbo ont de plus en plus de mal à mobiliser les foules d’Abidjan contre la « France coloniale ». Cinquante ans après, la relation franco-africaine se normalise… lentement.


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Auteur/Source: · Date: 2 Jan 2010
Catégorie(s): Françafrique
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Une Réponse à 50 ans après, la Françafrique bouge encore

  1. Edmond Edouard N'GOUAN

    5 Jan 2010 a 04:14

    Très belle analyse, claire et concise. Le monde à évolué. Les mentalités s’égalisent, l’intellect s’est rattrapé. Les intoxications médiatiques, les manipulations, le non respects des diverses conventions dont celles de Génève, les intrusions dans la politique et les différentes manipulations. Le favoritisme pour les uns et le dénie pour les autres selon qu’on offre sa richesse à la France au détriment de sa population à fini par humilier cette France et la mettre à nue aux yeux des africains qui comprennent désormais tout. Toutes ces formes d’injustices finissent par créer des amertumes qui se transforment en des rébellions internes qui finiront si cela continue à s’éclater et à se transformer pour protéger sa famille et son territoire, à ce qu’ils appellent terrorismes et demandent aux autres Etats de combattre pour les protéger eux.

    Cette France que pourtant nous aimons tous et avec laquelle historiquement, identitairement, nous somme unis et dont nous savons que nous devons coopérer avec pour conserver une unité francophone forte pour aller conquérir le reste du monde et aussi créer cette pluralité multiculturelle.

    Devons nous en vouloir au Rwanda d’être aller au Commenwelf ? Non, c’est la faute de la France et c’est ce qui pourrait arriver pour les autres. Ce serait quand même dommage ! Notre devoir est d’appeler la France à revoir sa stratégie dans notre Afrique, unique Afrique où elle se sent puissante, parce que nous sommes humanistes, pacifiques et non armées afin qu’elle essaye de promouvoir la vraie démocratie dans notre continent plutôt que de n’en parler et de propager que du désordre en dessous pour notre unité commune, donc pour le bien de tous. Pour nous, elle ne nous fait plus peur, sinon que nous la considérons sœur par l’historique et l’identité, partenaire et amies par nos relations.

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