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PDG : Le vide et l’affrontement

Auteur/Source: · Date: 8 Juin 2010
Catégorie(s): Politique

(Par PR BIYAMBOU)

‘’L’Afrique sans la France, c’est la voiture sans le chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant’’, aimait dire le défunt président Bongo Ondimba de son vivant.
Avec l’annonce de son décès, on avait compris que Omar Bongo Ondimba, ‘’le spécialiste de la diplomatie de coulisse’’, était mort, pour l’Afrique, pour la France mais surtout pour le Gabon où l’héritage du ‘’doyen de l’Afrique’’ a rapidement attisé les rivalités dans la familiale du parti démocratique gabonais (PDG), qu’il créa en 1967 et dans l’opposition gabonaise.
Délicate, voire périlleuse, la question de la succession d’un homme ayant régné sans partage pendant quarante et un ans sur un pays-clé du continent africain est posée, après la mort, à Barcelone, du président gabonais Omar Bongo. L’événement apparaît comme un défi pour tout le monde. Parce que le président omnipotent, clé de voûte d’un système complexe construit autour de clans rivaux et d’allégeances forcées ou intéressées, l’homme ne laissait aucun dauphin désigné.
Au pouvoir depuis quarante et un ans, l’indéboulonnable président gabonais avait brusquement fait savoir le 6 mai, qu’il «suspendait momentanément» ses activités, laissant la gestion des affaires courantes au gouvernement. La situation totalement inédite avait sonné comme un aveu de la gravité de la maladie et semé l’inquiétude. L’officialisation de sa mort a immédiatement vidé les rues de Libreville, les Gabonais se terrant chez eux effrayés par l’avenir incertain qui se dessinait.
Pendant que les gabonais scrutaient l’horizon pour lire les signes qui présageaient l’avenir du Gabon, le premier cercle, sa famille politique, songeait, comme beaucoup d’autres à succéder au défunt, à commencer par son fils Ali. Allié au ministre de l’Intérieur André Mba Obame, Ali Bongo, 50 ans, dirige le stratégique ministère de la Défense depuis dix ans. Il pouvait compter, par ailleurs, sur des appuis dans le très puissant parti démocratique gabonais (PDG). En dépit de ces atouts, la voie n’est pas totalement ouverte.
Les opposants Pierre Mamboundou ou Zacharie Myboto, ainsi que Paul Mba Abessole, désormais rallié au pouvoir, se voient aussi un destin national, et leurs partis se mobilisent pour le scrutin. Et lorsque le PDG, réuni en congrès à Libreville, confirmait la candidature du ministre gabonais de la défense nationale, Ali Bongo Ondimba, un séisme s’est produit au sein de cette formation politique.
Le positionnement du PDG en faveur d’Ali Bongo Ondimba pro¬vo¬qua le dé¬part du premier ministre Jean Eyeghe Ndong, des ministres Casimir Oyé Mba et André Mba Obame figures emblématiques du PDG. De nombreux prétendants s’affrontent tant à l’intérieur du clan politique que dans l’opposition.
Mais bien avant déjà le cercle des admirateurs s’est restreint sept jours après l’hommage populaire, la dépouille du président gabonais est enfin arrivée à Franceville où ils n’étaient plus qu’une poignée autour du cercueil. Tous des proches rêvaient d’être héritiers. Ce qui fait dire à ce député de l’opposition que ‘’le système Bongo consistait à réunir tout le monde autour de lui, par des pressions ou des cadeaux, jusqu’aux opposants’’, il en était le pilier du parti. ‘’Tout va exploser’’, pronostiquaient d’autres acteurs politiques gabonais aussi bien de l’opposition que la majorité présidentielle.
Mais tout ne se jouera pas uniquement que sur le plan politique d’autant plus que le président Bongo avait mis en place un savant équilibre ethnique pour la répartition des pouvoirs. Il était le garant du système. Sans lui, chaque ethnie va revenir pour défendre ses intérêts propres. ‘’Les Fangs voudront le pouvoir’’, prédit ce connaisseur de la politique gabonaise, convaincu que les autres ethnies ne se laisseront pas faire. Certains analystes excluaient toutefois que la succession puisse dégénérer en violences ethniques.
La lutte pour l’électorat fang, environ 30 % de la population, sera rude. Les opposants y ont travaillé, comme Paul Mba Abessole même s’il lui faudra faire oublier son ralliement au gouvernement. «Je voulais être vigilant de l’intérieur. Et si Bongo m’a offert deux maisons, moi je n’avais rien demandé», explique-t-il.
Paul Mba Abessole devra aussi prendre le dessus sur Zacharie Myboto, ex-baron PDG, rival de Bongo depuis 2001 et Pierre Mamboundou, opposant modéré,est hostile au système, il s’appuie, lui, sur le vote des Punus. ‘’Pierre Mamboundou a parlé avec Bongo, mais il n’a jamais franchi le Rubicon. Il n’est jamais allé au gouvernement’’. Mais il n’empêche que leurs compromissions, à des degrés divers, avec le régime ont entaché leur crédibilité en vue d’une présidentielle.
Les grands rivaux du candidat du PDG, les anciens ministres Casimir Oyé Mba, André Mba Obame et Jean Eyéghé Ndong, ou les opposants Pierre Mamboundou Zacharie Myboto et Paul Mba Abessole tirent depuis lors à boulets rouges sur Ali Bongo et sur cette Françafrique qui manipulerait le Gabon. Tous s’accordent aussi pour dénoncer le risque de troubles si l’élection devait laisser la place à la contestation. Un danger que personne ne sous-estime.
Dans cette atmosphère de méfiance, la campagne pourrait devenir plus tendue. A la veille du discours à la nation, la présidente par intérim a tenté de calmer les esprits. Elle a prévenu que «les fauteurs de troubles, où qu’ils soient et quels qu’ils soient, seront punis conformément à la loi».
Toutefois il faut dire que le monde entier retenait son souffle en attendant de voir ce qui allait se passer au Gabon parce qu’on redoutait qu’un fois Omar Bongo en terre, les ambitions vont se libérer brutalement au grand jour. Le député de l’opposition de Mouanda Jean Valentin Leyama estimait que ‘’le Gabon allait entrer dans une période très délicate et dangereuse’’.
Mais personne, aussi bien à l’extérieur du Gabon qu’à l’intérieur, n’avait intérêt avoir ce pays s’embrasse au risque de voir toute la sous région explosée.Il faillait absolument éviter aux gabonais la situation politique du Gabon de 1994 où le pays était au bord de l’implosion.
A cette époque, pour éviter le pire le défunt maître Pierre Louis Angondjo Okawé, opposant charismatique et président parti gabonais du progrès (PGP), avait appelé à ‘’la paix des braves’’ tous les acteurs politiques. Un appelle qui fut entendu puisqu’il déboucha sur la signature des aux accords de Paris.
Par PR BIYAMBOU


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