Socialisez

FacebookTwitterRSS

Crise libyenne : Jean Ping parle

Auteur/Source: · Date: 24 Mar 2011
Catégorie(s): Afrique

Actuellement à Paris, où il tente une médiation entre les deux parties impliquées dans la crise en Libyenne, le président de la Commission de l’Union africaine (UA) s’est exprimé sur le cas de la Libye. Dans cette interview accordée le 23 mars à RFI, Jean Ping revient largement sur la résolution 1973 des Nations Unies en faveur de l’intervention militaire au pays du Guide libyen. Il évoque également la tenue d’un sommet sur la Libye le 25 mars à Addis-Abeba.

Samedi dernier à Nouakchott, le comité de l’Union africaine a appelé la cessation immédiate des hostilités en Libye. Est-ce que ça veut dire que vous êtes contre l’opération militaire internationale actuelle ?

Je crois qu’il y a beaucoup de confusion. Tout ce qu’on a fait le samedi à Nouakchott, était programmé depuis le 10 mars, c’est-à-dire une semaine avant les décisions du Conseil de Sécurité de l’ONU. Le 10 mars, le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, au sommet, avait déclaré qu’il faut rejeter une intervention de l’extérieur, qu’il faut une cessation immédiate des hostilités internes, qu’il faut aider à l’évacuation des étrangers, y compris les travailleurs africains étrangers en Lybie, et que les aspirations du peuples libyen à la démocratie, à la liberté, soient prises en compte.

Dès lors vous saviez que le dimanche nous devions nous rendre en Lybie, et le lundi à Bengazi pour discuter avec le Conseil national de transition. Puis le Conseil de Sécurité a pris sa décision à l’ONU le 17 mars, et le 19 mars à Paris une réunion a eu lieu pour engager immédiatement les hostilités. Vous voyez bien qu’on ne pouvait plus se rendre en Lybie et à Bengazi. On organisera une réunion le 25 mars à Addis-Abeba, où les Libyens de Tripoli et de Bengazi sont invités à prendre part à cette rencontre avec les membres du Conseil de Sécurité, de l’Union européenne, de la Ligue arabe, etc. Nous avons donc un calendrier clair.

Il y a votre initiative diplomatique, mais à côté de cela il y a cette intervention militaire internationale. Quelle est votre position ?

La position de l’Union africaine est claire, elle a été exprimée le 10 mars. Ensuite, trois membres africains du Conseil de Sécurité de l’ONU, à savoir l’Afrique du Sud, le Nigeria et le Gabon, ont voté pour la résolution 1973, alors qu’ils auraient pu s’abstenir. Ils ont voté pour en dépit du fait que la décision que nous avions prise le 10 mars, sept jours avant cette réunion, indiquait clairement que nous ne sommes pas pour une intervention militaire extérieure. Et lorsqu’on leur demande pourquoi cette position, ils nous expliquent qu’ils ont été amenés à voter oui dans les circonstances de négociations et de recherche d’un consensus. Je crois même que parmi ces trois Etats, certains sont en train de s’expliquer sur leur position.

Vous penser à l’Afrique du Sud et au Gabon…

Oui !

Ils sont en train d’expliquer que finalement ils auraient préféré voter ou s’abstenir. C’est ça ?

Ils expliquent très bien qu’ils ont voté, mais dans le sens de la compréhension de la décision de l’Union africaine.

Alors, est-ce que ça veut dire que le 17 mars en votant pour la résolution de l’ONU, ces trois pays ont engagé l’Union africaine en faveur de cette intervention militaire ?

Vous savez, nous n’allons pas nous opposer à une décision prise par la communauté internationale. Nous avons marqué nos réserves, voyez-vous ? La réunion de Paris par exemple, aucun Africain n’était présent. La Ligue arabe était présente, mais pas l’Union africaine. Et lorsque l’Union européenne et les autres préparaient la résolution et l’application, personne n’est venu nous voir. Madame Ashton et même Alain Juppé sont allés au Caire, personne n’est venu nous voir.

C’est aussi petit peu pour ça que vous êtes resté à Nouakchott et n’êtes pas venu à Paris le 19 mars…

En partie, parce à Nouakchott on avait un programme en cours, et on nous a dit : «interrompez votre programme. Venez à Paris !», non. Pour quoi faire, on ne savait pas trop bien.

Vous ne vouliez pas faire de la figuration en quelque sorte…

Exactement !

Sur le fond, ce que disent les populations civiles de Bengazi, c’est que s’il n’y avait pas eu les frappes aériennes de la coalition, samedi soir dernier, sur l’armée libyenne, la ville aurait été reprise par l’armée et il y aurait eu un bain de sang…

Je crois qu’elles ont cette interprétation qui sans doute juste, je ne peux pas me prononcer là-dessus. Mais la différence qu’il y avait entre les évènements en Libye, en Tunisie et Egypte, c’est qu’en Tunisie la révolution était pacifique. Personne n’est allé avec des chars du côté des jeunes révolutionnaires. En Libye, c’était deux forces militaires, de chaque côté il y avait de l’armement lourd. Cela s’apparentait beaucoup plus à une guerre civile. Et les risques, c’était la partition et la somatisation du pays.

A votre avis, est-ce que cette intervention militaire internationale en Libye peut faire avancer une solution ou la retarder ?

Je crois que c’est la raison pour laquelle je suis là. Vous avez noté avant votre arrivée que j’étais en train de m’entretenir avec un envoyé spécial de madame Ashton. Je me suis également entretenu avec Alain Juppé et le Secrétaire général de l’ONU, pour savoir quels sont les objectifs visés et quelle est l’étape suivante. Si la phase suivante consiste à utiliser la diplomatie, c’est la voie que nous préconisons et nous y sommes déjà.

Votre priorité aujourd’hui est donc de réunir autour d’une table, les partisans et les adversaires du colonel Kadhafi en fait…

Cela a toujours été le plan de départ, je vous le réaffirme, cela a été décidé le 10 mars par les chefs d’Etat. Nous ne sommes pas sortis de ce calendrier fixé par les chefs d’Etats.

Alors ce que disent les adversaires sur le colonel Kadhafi au Conseil national de transition, c’est qu’il n’y a rien à négocier avec monsieur qui est un menteur. Est-ce que ce n’est pas un problème pour vous ?

Vous savez, nous parlons avec eux, nous savons qu’ils ont accepté de nous recevoir, tout comme Kadhafi et les autorités de Tripoli l’ont fait. C’est donc à partir de là que les choses vont s’engager.

Vous prenez donc une solution politique, est-ce que ça veut dire que vous souhaiter que le colonel Kadhafi reste au pouvoir ?

Non, Non, Non. Nous souhaitons une chose : c’est que l’on réponde aux aspirations du peuple libyen à la démocratie, à la liberté et à l’Etat de droit. Pour y arriver, nous pensons qu’il faut engager une négociation. Mais n’allez surtout pas imaginer que nous voulons que les choses restent en l’Etat, ce n’est pas possible.

Le Conseil national de transition dit que jamais le colonel Kadhafi n’acceptera le verdict des urnes…

Oui, beaucoup de gens le disent. Des pays africains vont même plus loin, en disant qu’il n’acceptera rien du tout. C’est tout à fait possible, et c’est cela que nous cherchons à voir.

Et c’est pour cela que vous voulez parler avec lui…

Exactement !

Mais ce sommet du 25 mars, c’est demain. Ce sera nécessairement reporté, est-ce que vous avez une autre date indicative ?

Mais pourquoi voulez-vous que ça soit reporté ? La partie libyenne a accepté, il y a trois jours, l’intégralité de ce que je viens de vous dire. Pas seulement le cessez-le-feu, mais aussi le paragraphe 4 quant à la légitimité des aspirations du peuple libyen à la démocratie, à la réforme politique et à la sécurité.

Vous dites que le camp Kadhafi a accepté de venir à cette réunion à Addis-Abeba. En revanche, vous n’avez toujours pas de réponse du Conseil de transition de Bengazi…

Nous attendons l’acceptation formelle des gens de Bengazi pour venir à Addis-Abeba. S’ils ne viennent pas, nous allons proposer de les rencontrer soit à Bengazi, soit au Caire, soit à Tunis. Comme je l’ai dit dès mon entrée en fonction, je ne suis ni pour la précipitation, ni pour la diplomatie du mégaphone.
Publié le 24-03-2011 Source : RFI Auteur : Gaboneco  


SUR LE MÊME SUJET
Le président de la Commission de l’Union africaine (UA), le docteur Jean Ping a validé hier à Abidjan en Côte d’Ivoire, la victoire du président de la RD Congo, Joseph Kabila Kabangé. «Le président Joseph Kabila a été réélu. Il y a eu des contestations. Nous avons dit à ceux qui contestaient de porter leurs requêtes à la connaissance des juridictions. La justice s’est prononcée en confirmant la victoire du président Kabila.», a déclaré l’ex ministre des Affaires étrangères du Gabon à la sortie de son audience avec le numéro un ivoirien, Alassane Ouattara. « Nous nous réjouissons ...
Lire l'article
Depuis un certain temps, des informations erronées font écho dans la presse africaine et internationale du retrait de la candidature de SE Dr Jean PING de la course à la présidence de la Commission de l’Union Africaine (CUA). Les mêmes informations relayées par les mêmes canaux prétendent que le candidat-président ne bénéficie pas du soutien de son pays le Gabon. Le Gouvernement gabonais, à travers son Ambassade, Mission Permanente à Addis Abeba en Ethiopie en concertation avec le candidat a, par Note Verbale n° 1146/AMBAGAB/ADDIS/MP-UA, CEA&PNUE du 8 septembre 2011, déposé officiellement auprès du Bureau du Conseiller Juridique de la CUA, ...
Lire l'article
Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), le Docteur Jean Ping, fera le bilan du mandat 2008 - 2011 de l'institution dont il à la charge, au cours d'une conférence de presse sur le thème « Union africaine : les défis de l'avenir », ce mercredi après-midi au Grand Palais Cours la Reine-Perron Alexandra III, dans le 8è arrondissement de Paris, indique un communiqué dont une copie est parvenue à GABONEWS - Paris. Selon le communiqué, l'ex ministre gabonais des Affaires étrangères fera également le point sur la place de l'Afrique sur la scène internationale (revendication des sièges permanents ...
Lire l'article
Une délégation libyenne arrive au Venezuela pour trouver une solution à la crise
Mouammar Kadhafi a envoyé une délégation au Venezuela pour trouver une solution pacifique au conflit qui déchire la Libye, a déclaré mardi le président vénézuélien. Hugo Chavez n'a donné que peu de détails sur la délégation envoyée par le dirigeant libyen, affirmant seulement que des délégués étaient venus au Venezuela «pour chercher une porte de sortie politique à la crise libyenne». Peu après le début de la violente insurrection en Libye, en février, Hugo Chavez avait proposé la création d'une commission de paix internationale pour tenter de trouver une solution à la crise. Il a affirmé que son gouvernement continuait de chercher une ...
Lire l'article
L’intervention militaire en Libye pourrait affecter, au Gabon, le fonctionnement de la radio panafricaine Africa N°1 qui dépend d’un financement du gouvernement Kadhafi, lit-on mercredi sur Info Gabon Plus. Le portail qui cite la direction gabonaise d’Africa No 1 indique que la radio accuse une dette de 1,2 milliard de francs CFA. "Les salaires des journalistes d’Africa N° 1 seraient assurés seulement jusqu’en mars 2011 et leur renouvellement dépendrait du pouvoir du guide Mouammar Kadhafi", écrit le site internet, qui s’est approché du représentant des intérêts libyens au Gabon, Ali Abubaker. Selon ce dernier, la crise politique en Libye empêche ...
Lire l'article
Le Gabon qui présidera en juin prochain le Conseil de Sécurité des Nations unies, s’est prononcé sur les troubles en Libye. Dans un communiqué daté du 21 mars, que nous publions in extenso, le ministère gabonais des Affaires étrangères justifie l’engagement du Gabon en faveur de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité. Le ministère demande également l’observation d’un cessez-le-feu «dans le souci de préserver l’intégrité territoriale de la Libye, et d’éviter le déploiement de troupes étrangères au sol dans ce pays frère». Le Gabon suit avec une extrême attention, le développement de la situation en Libye et est très ...
Lire l'article
Sur cette page, vous pouvez accéder aux articles contenant les tous derniers commentaires laissés par les visiteurs sur ce site. Les articles sont classés du plus récent article commenté (en haut) au plus vieux (en bas). Notre site dispose aussi de divers types de forums interactifs: Nos forums “Palabres” vous permettent de vous exprimer en toute liberté et de “palabrer” avec d’autres compatriotes sur des sujets d’intérêt national, régional, international ou multinational. Vous avez quatre choix de discussions: - Forum "Palabres" par email: Ce forum "liste de discussion" permet les débats directement par email. Les membres répondent aux messages des autres membres ...
Lire l'article
Forums "Palabres" du BDP-Gabon Nouveau Nos forums "Palabres" vous permettent de vous exprimer en toute liberté et de "palabrer" avec d'autres compatriotes sur des sujets d'intérêt national, régional, international ou multinational. Vous avez trois choix de discussions: - Articles "Palabres": Vous pouvez vous exprimer sur chaque article publié sur notre site. Il suffit de cliquer sur le titre de l'article et d'aller au bas de la page pour poster un commentaire auquel d'autres pourront répondre de manière interactive. Tous les grands débats sur le Gabon, en toute franchise et sans langue de bois, directement sur ce site. Pour voir les articles avec les commentaires les plus ...
Lire l'article
Elu à la tête de la Commission de l'Union africaine (UA) le 1er février dernier, le gabonais Jean Ping enregistre son baptême de feu : Le problème zimbabwéen pour lequel il revient d'une mission en Afrique australe et à propos duquel il a déclaré, le 7 mai à Arusha (Tanzanie), que le devoir du gouvernement zimbabwéen est d’assurer la sécurité de ses citoyens. Ouverte le mardi 6 mai dernier à Arusha en Tanzanie, la 11è session extraordinaire du Conseil exécutif de l’UA était essentiellement consacrée à au projet d'intégration africaine. La crise zimbabwéenne y a également été évoquée, même si ...
Lire l'article
Jean Ping chez Mugabe: l’UA se penche sur la crise politique et l’ONU s’inquiète
Le président de la commission de l’Union africaine (UA), Jean Ping, en mission au Zimbabwe, a rencontré Robert Mugabe pour faire le point sur la crise électorale. Aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue au premier tour de la présidentielle, le 29 mars dernier, et l'opposant Morgan Tsvangirai tarde à se prononcer sur sa présence au second tour contre le président sortant. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon est en concertation avec l'UA. Le ministre des Affaires étrangères du Gabon, Jean Ping, a été élu président de la Commission de l'Union africaine le 1er février 2008. Jean Ping s'est entretenu avec ...
Lire l'article
Jean Ping valide la victoire de Joseph Kabila
Le Gabon réaffirme son soutien à la candidature du Dr Jean PING à la présidence de la Commission de l’Union Africaine
Jean Ping fait le bilan du mandat de la Commission de l’UA ce mercredi à Paris
Une délégation libyenne arrive au Venezuela pour trouver une solution à la crise
La radio Africa N°1 victime collatérale de la crise libyenne ?
Gabon : Libreville se prononce sur la crise libyenne
Commentaires
Forums
Union africaine : Le Gabonais Jean Ping prend son baptême de feu sur la crise zimbabwéenne
Jean Ping chez Mugabe: l’UA se penche sur la crise politique et l’ONU s’inquiète


Votez cet article (Cliquez les étoiles · 1 = mauvais - 5 = excellent)
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Aucun vote pour le moment)
Loading...

Auteur/Source: · Date: 24 Mar 2011
Catégorie(s): Afrique
Fil RSS 2.0 · Commentaires/Trackback autorisés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*