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Françafrique: Les valises sortent du bois

Auteur/Source: · Date: 13 Sep 2011
Catégorie(s): Afrique,Coopération,Françafrique,Monde,Révélations

Les accusations de Robert Bourgi jettent une lumière crue sur le financement de la vie politique française sous la Ve République.

Il y a quelques mois, Valéry Giscard d’Estaing avait affirmé que de l’argent venu du Gabon avait financé la campagne électorale de Jacques Chirac en 1981. Sans susciter de tsunami médiatique. Mais cette fois-ci, la charge, signée Robert Bourgi, est plus sérieusement étayée. Conseiller officieux de Nicolas Sarkozy pour les affaires africaines, l’avocat franco-ivoirien, proche de l’ancien président gabonais Omar Bongo, affirme avoir convoyé pendant des années des valises de billets au bénéfice de Jacques Chirac et de Dominique de Villepin. Il dit se tenir à la disposition la justice pour peu que le procureur de Paris, sous l’étroite tutelle du pouvoir politique, juge opportun d’ouvrir une enquête.

Arrière-cours nauséabondes

Rien n’est moins sûr, même si l’ancien président et celui qui fut son homme de confiance disent vouloir porter plainte pour diffamation. Il n’est pas certain que l’intérêt bien compris des uns et des autres soit d’aller au fond des choses. Ni qu’un consensus politique se dégage pour explorer les arrière-cours nauséabondes de la Françafrique, ce marigot apparu au lendemain de la décolonisation où macèrent raison d’État et réseaux d’influence, affairisme et barbouzeries sur fond d’une corruption qui ne veut pas dire son nom. Décédé en 2009, Omar Bongo, l’ancien chef d’État gabonais à la « générosité » sans égale, affirmait qu’il finançait en sous-main tous les partis français…

C’est après le départ du général de Gaulle du pouvoir que le froissement des billets est devenu plus perceptible dans les coulisses de certains états-majors, plus particulièrement avant les présidentielles. Dans un entretien, non publié, accordé à l’historien bordelais Michel Bergès, l’ancien trésorier du parti gaulliste Maurice Papon racontait qu’un jour où il devait venir chercher des espèces au siège du patronat, il avait eu la surprise d’être devancé par Jacques Chirac. Aucun malentendu de cette nature n’était envisageable avec Omar Bongo. L’homme lige des gaullistes en Afrique de l’Ouest avait la haute main sur la distribution des prébendes.

Le rôle d’Elf

Gorgé d’or noir, ce petit pays est devenu un eldorado en 1973, au moment du premier choc pétrolier. Il s’est imposé comme la tête de pont des réseaux français tissés par l’ancien résistant gaulliste Jacques Foccart. Alors au faîte de sa puissance, le groupe Elf, où officiaient nombre d’anciens des services secrets, essaimera à partir du Gabon au Congo, en Angola, au Nigeria… Bien plus tard, lors du procès des anciens dirigeants de la compagnie, on apprendra qu’une commission prélevée sur chaque baril était virée à l’intention de dignitaires et de gouvernants africains au Liechtenstein (60 millions d’euros par an en moyenne).

Une cagnotte bien utile pour masquer des opérations inavouables. Certaines d’entre elles transitaient aussi par la Fiba, la banque créée à Paris par Elf et l’État gabonais, et qui rayonnait aussi au Congo, un pays riche en hydrocarbures. « C’était le terminal des valises, des sacs et des cantines », si l’on en croit le témoignage d’un conseiller d’Omar Bongo cité dans l’ouvrage d’Antoine Glaser et Stephen Smith « Ces messieurs Afrique » (éd. Calman Lévy). La Fiba, aujourd’hui dissoute, est restée hors de portée de Renaud Van Ruymbeke et d’Eva Joly, les juges qui ont cherché la trace des fonds ayant irrigué massivement la droite avant de bénéficier à la gauche sous le dernier septennat de François Mitterrand.

Lorsque Omar Bongo descendait à l’hôtel Meurice à Paris, nombre de politiques frappaient à la porte de sa suite. Ces visiteurs, souvent recommandés par Robert Bourgi, repartaient rarement les mains vides. Le chef d’État gabonais n’était pas le seul à se montrer prodigue. Hier, le président de l’Assemblée nationale ivoirienne a d’ailleurs affirmé que le président aujourd’hui déchu, Laurent Gbagbo, avait versé 3 millions d’euros pour la campagne de Jacques Chirac en 2002.
Nicolas Sarkozy aussi ?

Robert Bourgi assure n’avoir jamais approvisionné Nicolas Sarkozy en espèces sonnantes et trébuchantes. Dans le dernier livre de Pierre Péan, « Les Mallettes de la République », l’ancien conseiller pour l’Afrique de Jacques Chirac, Michel de Bonnecorse, s’inscrit en faux. En 2009, une note diplomatique de l’ambassadeur des USA au Cameroun, révélée par le site WikiLeaks, faisait d’ailleurs état des confidences d’un haut fonctionnaire de la banque des États d’Afrique centrale. À ses dires, sur ordre d’Omar Bongo, 28 millions d’euros au total auraient été détournés au bénéfice de plusieurs partis politiques français, notamment pour soutenir Nicolas Sarkozy.

De quoi ranimer de vieilles querelles et rouvrir peut-être des plaies plus anciennes. Depuis plusieurs années, la fille de l’ancien ministre Robert Boulin ne clame-t-elle pas que son père a été tué en 1979 parce qu’il s’apprêtait à dévoiler les secrets brûlants du financement du parti gaulliste ?
 


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