Socialisez

FacebookTwitterRSS

Lettre ouverte concernant la position de l’Etat français vis-à-vis du gouvernement gabonais

Auteur/Source: · Date: 12 Déc 2011
Catégorie(s): Monde,Politique

A la veille des élections législatives gabonaises du 17 décembre 2011, l’association Survie a adressé une lettre ouverte au Ministre des Affaires étrangères afin de l’alerter à propos de la situation sociale, politique et de la démocratie au Gabon et de l’enjoindre de modifier les relations du gouvernement français avec Ali Bongo et son régime. La France maintient des relations diplomatiques, politiques et économiques très fortes avec le Gabon, alors que le régime en place n’offre aucune garantie du respect de la démocratie.

Paris, le 9 décembre 2011

Objet : Lettre ouverte concernant la position de l’Etat français vis-à-vis du gouvernement gabonais

Monsieur le Ministre,

Le Gabon organise des élections législatives le 17 décembre 2011. Notre association, Survie, tient à vous alerter sur la situation qui prévaut à quelques jours de ces élections, concernant la préparation des élections et, plus largement, la situation sociale et politique.

Ali Bongo a été déclaré président suite à l’élection présidentielle de 2009, alors même que de nombreuses voix et observateurs internationaux ont souligné les fraudes massives du scrutin et l’absence de transparence des résultats. Depuis cette élection extrêmement contestée, la façon de gouverner d’Ali Bongo ne se différencie guère de la politique dictatoriale de son père. Les structures institutionnelles n’ont guère évolué et de l’Assemblée nationale au Sénat, en passant par la Cour constitutionnelle, le Conseil national de la communication et la Commission électorale autonome et permanente, le parti au pouvoir règne en maître absolu.

Depuis 2009 et plus particulièrement cette dernière année, de nombreuses personnalités de la société civile, de partis d’opposition et même du parti au pouvoir [1], dénoncent cette situation. Elles insistent, entre autres, sur le changement de constitution qui a arrogé de très nombreux pouvoirs au chef de l’Etat, et ne permet ni l’indépendance de la justice, ni le contrôle démocratique des forces militaires. Ces acteurs soulignent également le manque de transparence autour du processus électoral pour les élections législatives à venir.

Depuis sa création en février 2011, le mouvement « Ça suffit comme ça ! » qui regroupe de très nombreux acteurs des syndicats, d’ONG, des personnalités politiques ainsi que des membres des différentes confessions, réclame la démocratie et dénonce des institutions au service exclusif du clan Bongo et du pouvoir.

Ce mouvement appelle à boycotter ou refuser les élections législatives, reprochant l’absence certaine de transparence du processus électoral et l’absence de prise en compte de leurs revendications. La démocratie suppose, en effet, des institutions fortes qui reflètent la pluralité des acteurs de l’expression démocratique gabonaise. Les principaux partis d’opposition, le MESP de Mwang Mbanding, la majorité des cadres de l’UPG dont le leader Pierre Mamboundou vient de décéder, et les candidats de l’Union National – parti interdit et dirigé par Mba Obame – refusent de se prêter au jeu de ces élections.

Face à ces mouvements sociaux et politiques, Ali Bongo et son gouvernement refusent tout dialogue, font pression sur les individus et les partis d’opposition, n’hésitent pas à licencier des fonctionnaires, et utilisent la répression policière et militaire – comme ce fut le cas à Port-Gentil en septembre 2009, en contestation du résultat officiel des élections, où de nombreux morts ont été dénombrés [2].

Le gouvernement français avait légitimé l’élection d’Ali Bongo en août 2009 en reconnaissant le prétendu vainqueur. Le secrétaire d’Etat à la Coopération de l’époque, Alain Joyandet, avait repris le 15 octobre 2009 à Libreville l’affirmation selon laquelle « le déroulement du scrutin comportait certes quelques faiblesses, mais en tout état de cause, ça ne pouvait pas remettre en cause la validité dudit scrutin ». L’exécutif français poursuit depuis d’excellentes relations avec le gouvernement gabonais, comme l’illustrent diverses visites d’Ali Bongo à l’Elysée ou du Président de la République et du Premier Ministre français au Gabon. Ces relations sont de plus marquées par les très lourds soupçons de financement occulte alimentés par les déclarations récentes de Messieurs Bourgi, Bonnecorse et Jocktane, par les pressions politiques sur l’affaire judiciaire des Biens Mal Acquis, ou encore par le refus injustifiable de laisser entrer sur le territoire français un militant d’ATTAC Gabon pourtant détenteur d’un visa, juste au moment d’une tournée en Europe d’Ali Bongo, fin octobre. Il faut dire que le gouvernement français actuel ne cache pas l’importance stratégique de sa relation avec le Gabon, notamment sur le plan militaire, puisque le pays est le « premier point d’ancrage de nos forces pré-positionnées sur la façade atlantique du continent », comme l’indique sans ambages le site internet du Ministère des Affaires Étrangères.

A l’heure où les révolutions en Tunisie, en Egypte ou en Syrie montrent qu’il n’est plus possible de soutenir des dictateurs contre leur peuple, et où votre gouvernement dit s’engager pour la démocratie, les droits humains et la transparence des élections comme gage de démocratie, nous vous demandons d’être cohérent entre vos déclarations et vos actes, et de cesser de bafouer ces principes lorsqu’il s’agit des pays issus des anciennes colonies françaises d’Afrique.

Monsieur le Ministre, vous devez opérer un réel changement dans votre politique vis-à-vis du Gabon. La France ne doit pas freiner les changements politiques en cours chez ses alliés, au moment où des peuples essaient de conquérir leur démocratie.

Nous invitons la diplomatie française à cesser de cautionner le régime actuellement en place au Gabon, notamment en cessant de valoriser son rôle au niveau international ou aux Nations Unies, et à interpeller Ali Bongo et son gouvernement sur la situation de la démocratie au Gabon. Nous vous demandons notamment de faire savoir votre préoccupation concernant la tenue d’élections législatives préparées sans transparence et sans respect des engagements pourtant pris par l’Etat lui-même vis-à-vis des diverses composantes politiques et de la société civile en mai 2011.

Il nous semble primordial que la diplomatie française, qui se dit sensible aux aspirations des peuples, prenne publiquement ses distances avec Ali Bongo tant que n’auront pas été organisées des élections reconnues comme libres et transparentes par les diverses composantes sociales et politiques gabonaises, dont, notamment, le mouvement « Ca suffit comme ça ! ».

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de notre considération.

L’association Survie

[1] C’est le cas des député Paulette Oyane Ondo et Jean Christophe Owono, suspendus du parti présidentiel suite à ces prises de position.

[2] Trois morts, selon le parti au pouvoir ; 22 selon le journal « L’Union », réputé proche du pouvoir ; 57 selon l’opposition. 


SUR LE MÊME SUJET
OBSERVATOIRE NATIONAL DE LA DEMOCRATIE B.P. 23 749 Libreville Tél : (241) 07 94 97 19/ 06 04 56 07 Siège social : Quartier Louis Email : contact_ond@yahoo.fr Libreville le, 01 Juillet 2010 Lettre ouverte A Son Excellence, Monsieur Ban Ki-Moon Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies Objet : Développement, Consolidation de la Paix et Bonne Gouvernance en Afrique Excellence, Monsieur le Secrétaire Général ; Parmi les sujets que vous allez traiter avec le Président de la République, Son Excellence Ali BONGO ONDIMBA, il y a celui qui concerne « Le Développement, la Consolidation de la Paix ...
Lire l'article
Chers (es) Compatriotes LES CHAÎNES SONT BRISEES Où que vous soyez ; Au Gabon. Où dans le monde. C’est avec humilité que je viens à vous, par cette lettre ouverte. En effet ! Cette année notre pays fêtes son cinquantenaire de souveraineté. Cette ...année devrait être l’année de la fête des résultats de nos efforts communs. Cette année les filles et les fils du Gabon devraient saluer l’aube d’un nouveau départ avec la conviction d’un devoir accomplit. Pourtant l’urgence d’une synthèse s’impose. Il s’agit de ce qui est inconnu de nous même jusqu’à maintenant. Le début d’une nouvelle aventure commence, celle de renforcer notre unité, afin ...
Lire l'article
Libreville, 29 août (GABONEWS) – A quelques heures de la clôture de la campagne électorale dans l’optique de la présidentielle de ce dimanche 30 août, l’un des 18 candidats désormais, Ali Bongo Ondimba, a reçu une lettre ouverte dont voici l’intégralité telle que parvenue à la rédaction de GABONEWS. Texte : « Monsieur le Président, Cher frère : Loin de moi toute idée de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué mais la cause est entendue. Demain, le peuple Gabonais qui vous a écouté et compris, découvert et apprécié sous vos traits et habits d’Homme d’Etat se rendra aux ...
Lire l'article
C'est la jeunesse gabonaise qui doit prendre le destin du Gabon entre ses mains lors de ces présidentielles historiques pour le Gabon Par Daniel Noumbissie Tchamo C’est à vous qui jouissez déjà du droit de vote et n’ayant connu autre président qu’Omar Bongo Ondimba que je m’adresse. C’est à cette génération qui veut accomplir sa mission de génération et non la trahir que je m’adresse. Partie de la communauté politique, elle-même non homogène, Je suis conscient de ne pas écrire à un bloc monolithique. Le 30 août 2009, vous participerez activement, je n’en doute, à « l’écriture ...
Lire l'article
Monsieur le Président, Dans 45 jours des élections présidentielles se dérouleront au Gabon. Après 42 ans d’une “dictature” ayant entraînée la pauvreté, la désespérance de la majorité des gabonais et le détournement de plusieurs milliards d’euros. Il est imoortant de signaler que ces sommes phénoménales circulent sans contrôlent et disparaissent dans la nature. Elles peuvent financer n’importe quoi…y compris le terrorisme. Aujourd’hui c’est un SOS que je vous adresse : aidez-nous M. Le Président à entrer en démocratie et dans l’alternance démocratique des élites politiques et administratives. Nous souhaitons une alternance réellement démocratique avec des élections non truquées. Nous comprenons bien les ...
Lire l'article
Le gouvernement gabonais a vivement condamné mercredi dans un communiqué, le battage des médias français contre le président Omar Bongo Ondimba. Dans une déclaration lue devant la presse nationale et internationale, le porte-parole du gouvernement, monsieur René Ndemezo’Obiang a exprimé la ‘’profonde indignation’’ des autorités gabonaises face à l’acharnement médiatique ‘’visant clairement à déstabiliser le Gabon’’. Pour illustrer son propos,monsieur Ndemezo’Obiang a cité la médiatisation ‘’des biens immobiliers en France du Président de la République ainsi que la divulgation des informations sur ses comptes bancaires en violation flagrante du secret bancaire’’. Toutes choses tendant à convaincre Libreville de l’existence d’une ...
Lire l'article
Le porte-parole du Gouvernement gabonais, René Ndémézo’o Obiang, a livré ce mercredi à Libreville, devant la presse nationale et internationale, la Déclaration relative à la campagne des médias français portant atteinte à la personne président de la République, Omar Bongo Ondimba. Voici ci-après le texte intégral de la Déclaration: « Le gouvernement gabonais observe depuis quelques semaines le développement persistant d’une campagne des médias français portant atteinte à la personne du président de la République, Chef de l’Etat, son Excellence El Hadj Omar Bongo Ondimba. Cette campagne pernicieuse, indécente et empreinte de préjugés, s’illustre dans les médias français tant publics que privés. L’opinion nationale ...
Lire l'article
Monsieur le Président, Je suis avec admiration vos débats et vos prises de position bien avant votre investiture à la tête de l’Etat français. Les paroles qui suivent ne sont en rien celles d’un flagorneur de plus dans votre sillon, mais celles d’un étudiant de 26 ans qui se reconnait de façon inouïe en vos valeurs et qui, peut- être, est tout aussi véhément que vous l’êtes. Je suis gabonais et je dois de suite avouer que votre soutien au tyran-cannibale « BONGO », Albert Bernard Bongo, Omar BONGO, ou encore Omar BONGO ...
Lire l'article
Page 1 of 2 Montclair, le 14 septembre 2005 (BDP-Presse) - Communiqué de presse, pour diffusion immédiate - La mafia gouvernementale française complice avec le régime d'Omar Bongo de la misère politique et socio-économique du Gabon vient encore de frapper. La "France des droits de l'homme" vient de montrer son vrai visage en interdisant illégalement, par un arrêté préfectoral fantaisiste, la manifestation pacifique des Gabonais que le BDP-Gabon Nouveau, mouvement d'opposition en exil, avait convoquée à Paris le jeudi 15 septembre 2005 pour protester contre la fraude électorale que prépare actuellement le régime criminel d'Omar Bongo pour les élections présidentielles de ...
Lire l'article
Pour diffusion immédiate. Vendredi 7 décembre 2001 Le gouvernement français veut empêcher une marche de Gabonais à Paris Un groupe de Gabonais, sous la houlette du BDP-Gabon Nouveau, mouvement d'opposition exilé s'opposant au régime Bongo, avait planifié de mener samedi 8 et dimanche 9 décembre à Paris une marche pacifique de protestation contre le régime Bongo et les élections législatives au Gabon. La préfecture de Paris, dès le début, ne s'est pas montrée empressée de donner son accord à une telle manifestation. Les Gabonais voulaient en effet marcher de l'Ambassade du Gabon à L'Elysée, Matignon et Assemblée Nationale. La préfecture a initialement donné des raisons ...
Lire l'article
Gabon: Lettre ouverte de l’Observatoire National de la Démocratie à Ban Ki-Moon
Lettre ouverte d’un compatriote Th. Jimmy Mapango aux gabonaises et gabonais
Gabon: Présidentielle 2009/ Lettre ouverte à monsieur le président Ali Bongo Ondimba
Lettre ouverte à la jeunesse gabonaise : aux urnes citoyens !
Lettre ouverte à Sarkozy
Le gouvernement gabonais condamne le battage des médias français contre le président Bongo Ondimba
Gabon: Campagne des médias français contre le président Omar Bongo Ondimba: Déclaration du gouvernement gabonais
Lettre ouverte au Président de la République française, Nicolas SARKOZY
Communiqué: Le gouvernement français interdit la manifestation des Gabonais organisée par le BDP-Gabon Nouveau à Paris
Le gouvernement français veut empêcher une marche de Gabonais à Paris


Votez cet article (Cliquez les étoiles · 1 = mauvais - 5 = excellent)
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Aucun vote pour le moment)
Loading...

Auteur/Source: · Date: 12 Déc 2011
Catégorie(s): Monde,Politique
Fil RSS 2.0 · Commentaires/Trackback autorisés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*