Socialisez

FacebookTwitterRSS

France-Côte d’Ivoire : Ouattara et Sarkozy signent le retour de la Françafrique

Auteur/Source: · Date: 27 Jan 2012
Catégorie(s): Afrique,Françafrique,Monde

Huit mois après avoir été débarrassé de Laurent Gbagbo, le président ivoirien vient “remercier” son “ami” français à Paris.

“La paix est revenue en Côte d’Ivoire.” C’est par ces mots que le président ivoirien Alassane Ouattara a lancé vendredi, au siège du Medef, un vibrant appel aux chefs d’entreprise français afin qu’ils s’associent à ce qu’il nomme la “renaissance” de son pays. Au coeur de la crise ivoirienne, déclenchée en décembre 2010 par le refus du président sortant Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite à la présidentielle, nombreuses sont les PME françaises à avoir fui les violences entre les deux camps, qui ont fait 3 000 morts. Aujourd’hui, elles auraient tort de renoncer à l’attractivité de la Côte d’Ivoire, première puissance économique d’Afrique de l’Ouest francophone, avec une croissance prévue de 8,5 % en 2012.

Mais huit mois après que les forces françaises de la Licorne ont délogé, sous l’égide de l’ONU, l’ex-président du pouvoir, le séjour parisien d’Alassane Ouattara ne prend-il pas un tout autre sens ? D’ailleurs, accueilli en grande pompe à Paris par son “ami” Nicolas Sarkozy à l’occasion d’une visite de trois jours, le nouveau président ivoirien a tenu à “remercier” la France pour son intervention militaire, estimant qu’elle avait permis d’éviter en Côte d’Ivoire “un génocide pire qu’au Rwanda”. À l’issue de ce discours, les deux présidents, amis de longue date, ont conclu un important accord de coopération militaire.

“C’est un accord qui montre que la France est aux côtés de la Côte d’Ivoire dans sa quête de sécurité et que l’armée française n’a pas vocation à s’ingérer, ni de près ni de loin, dans les affaires de la Côte d’Ivoire”, a précisé Nicolas Sarkozy, seul chef d’État occidental à assister à l’investiture d’Alassane Ouattara en mai 2011. Interrogé par le Point.fr, le ministre ivoirien de l’Économie et des Finances, Charles Koffi Diby, a insisté sur la “transparence” du nouvel accord, rompant selon lui avec les secrets du passé.

“Sorciers blancs”

“Les accords de défense signés hier par les deux présidents feront l’objet de publications et seront adoptés par deux assemblées nationales et vous lirez le contenu”, a-t-il expliqué. En vertu de l’accord, des militaires français resteront présents sur la base de Port-Bouët. D’autre part, la force française Licorne, qui a atteint jusqu’à 2 000 soldats pendant la crise de 2010, n’en comptera à terme que 250 à 300, exclusivement chargés de la formation des nouvelles forces de sécurité ivoiriennes.

Pourtant, selon le politologue spécialiste de la Côte d’Ivoire, Michel Galy (1), il ne faut nullement voir dans ces chiffres une baisse des contingents français. “On l’a vu en avril : en à peine quelques jours, des milliers de soldats français surarmés peuvent surgir. La Côte d’Ivoire reste le seul pays d’Afrique où la France garde une base permanente, contrairement à ce que prévoit le Livre blanc de la défense”. En effet, en dépit des apparences, l’ancien directeur adjoint du FMI est aujourd’hui entouré par de nombreux “sorciers blancs”, solidement implantés dans la présidence : sécurité, budget, infrastructures, peu de secteurs leur échappent, comme le prouve la présence du surpuissant homme de l’ombre Philippe Serey-Eiffel, en charge des grands chantiers, ou de l’ex-militaire français Claude Réglat, désormais titulaire du grade de général à la présidence ivoirienne.

Dès lors, Alassane Ouattara serait-il vraiment le “président des Français”, comme aime à l’appeler le camp Gbagbo ? Présent en Côte d’Ivoire durant le scrutin présidentiel de novembre 2010, Michel Galy relève des “fraudes massives” dans le nord du pays. “L’opinion publique n’était informée que par la télévision et la radio rebelle qui l’influençaient. Ainsi, l’expert dénonce les suffrages relativement élevés (de 90 % à 100 %) parfois enregistrés par Alassane Ouattara dans le Nord. Surtout que, s’il est normal que Gbagbo n’ait pas obtenu de voix dans le Nord, ce n’est pas le cas de l’ex-président Henri Konan Bédié, qui y bénéficiait, lui, de larges soutiens.

Promesse de Sarkozy

“On peut raisonnablement créditer Alassane Ouattara de 45 % des voix”, estime Philippe Hugon (2), directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques. “Il y a donc une population qui soutenait Gbagbo et qui se tait, pour l’instant.” Des cas de fraude qui se seraient encore reproduits en faveur des Ouattaristes, à l’occasion des élections législatives de décembre, que les pro-Gbagbo ont préféré boycotter. Ces derniers ont d’ailleurs vu dimanche leur rassemblement à Abidjan être émaillé de violences, faisant un mort. Une insécurité qui ravage toujours le pays en 2012.

“Ce qui s’est produit à Abidjan est regrettable”, affirme au Point.fr Ibrahim Ouattara, frère du président et directeur financier de la présidence. “Le président avait autorisé ce meeting, mais des personnes extérieures ont été choquées par les propos tenus par les animateurs, et cela a dégénéré.” Le processus de réconciliation nationale engagé à la chute de Gbagbo ferait-il illusion ? “Le président a promis que toutes les personnes qui se sont rendues coupables d’exactions, quel que soit leur camp, feront l’objet de poursuites”, assure Ibrahim Ouattara. “Ce processus prendra du temps, mais il se réalisera.”

“Il existe chez les partisans de Laurent Gbagbo une impression de deux poids deux mesures les concernant”, juge Philippe Hugon. “La commission de réconciliation est perçue comme partiale. Seuls ont été arrêtés des pro-Gbagbo.” Un climat de suspicion renforcé par l’envoi de l’ex-président ivoirien à la CPI, dont le président, Luis Moreno Ocampo, est réputé comme proche d’Alassane Ouattara. Pendant ce temps, l’impunité est de mise chez les ex-Forces nouvelles, aujourd’hui Forces républicaines, proches du nouveau Premier ministre Guillaume Sorro. Pourtant, elles se sont rendues coupables d’exactions dans l’ouest du pays. Pour Philippe Hugon, “ce constat renforce le sentiment, chez un certain nombre de pro-Gbagbo, qu’Alassane Ouattara a pris le pouvoir par les armes et non par les urnes”.

La promesse de Nicolas Sarkozy, lors de son accès au pouvoir en 2007, de mettre définitivement fin à la Françafrique, serait-elle restée lettre morte ? “Non seulement le président français n’a pas rompu avec cette pratique, mais l’intervention militaire d’avril dernier est l’illustration de ce qu’il y a de pire dans la Françafrique. Un pouvoir bicéphale. Un lien politico-économique, étroit et incestueux, entre deux présidents et deux régimes.” Ainsi, le spécialiste dit s’attendre en remerciement à “d’importantes concessions pétrolières” à la France, dans le seul secteur qui lui échappait jusqu’ici dans le pays.

“Évidemment, il existe parfois des relations privilégiées entre Abidjan et certaines cellules de l’Élysée”, reconnaît de son côté Philippe Hugon. “Mais le monde a changé. Et il est beaucoup moins occulte que par le passé.”

REGARDEZ la visite de Ouattara au Medef :
http://bcove.me/5qi6pghz

Par Armin et Antoine Duvauchelle
Le Point.fr – Publié le 27/01/2012 à 19:35 – Modifié le 28/01/2012 à 07:56

(1) Professeur à l’Institut des relations internationales, auteur de Guerres nomades et sociétés Ouest africaines (L’Harmattan)

(2) Auteur du Géopolitique de l’Afrique (Sedes) 


SUR LE MÊME SUJET
Ouattara en France : comme au temps de la Françafrique ?
Cela faisait un petit moment que Nicolas Sarkozy n'avait pas accueilli un chef d'Etat avec un tel faste. De son arrivée à l'aéroport d'Orly mercredi 25 janvier à son diner d'Etat à l'Elysée le lendemain, le parcours du président ivoirien, Alassane Ouattara, lors de ces trois jours de visite, a été jalonné d'intentions toutes particulières. Le journal ivoirien "L'expression" rapporte avec fierté les honneurs rendus à leur président : "Cinq sections de l'armée française ont été mobilisées. Trois de l'armée de l'air, une de la marine nationale et une des forces paramilitaires." A son arrivée à l'aéroport, accueilli par le ministre de ...
Lire l'article
Côte d’Ivoire: la coalition Ouattara a remporté la moitié des sièges aux législatives
La commission électorale ivoirienne a annoncé vendredi que la coalition du président Alassane Ouattara, le Rassemblement des républicains, avait remporté la moitié des sièges au parlement. Le président de la commission Youssouf Bakayoko a précisé que le RDP avait obtenu 127 des 254 sièges lors du scrutin de dimanche. Mais le parti de l'ancien président Laurent Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI) avait appelé à boycotter le scrutin. Laurent Gbagbo est emprisonné par la Cour pénale internationale (CPI) qui le poursuit pour "crimes contre l'humanité". On lui reproche des meurtres, viols, persécutions et autres exactions présumées perpétrées par ses partisans pour le ...
Lire l'article
France – Côte d’Ivoire : Ouattara à Paris, Copé et Guéant à Abidjan
Alors qu'Alassane Ouattara est attendu dans la capitale française en décembre, des proches de Nicolas Sarkozy se rendront en Côte d'Ivoire entre fin octobre et novembre. Réception à l’hôtel de ville de Paris, probable discours à l’Assemblée nationale, entretien en tête à tête avec Nicolas Sarkozy… Le programme de la prochaine visite d’État en France (19-20 décembre) d'Alassane Ouattara s’annonce chargé, d’autant que le président ivoirien devrait également signer un nouvel accord de défense, qui sera du même type que ceux récemment conclus par la France avec le Gabon et le Sénégal. Il prévoit notamment le stationnement de 300 militaires (rebaptisés ...
Lire l'article
Réconciliation en Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara reçoit les partisans de Laurent Gbagbo
Le président Alassane Ouattara a reçu, le jeudi 29 septembre 2011, la coalition de partis soutenant le chef de l'Etat déchu Laurent Gbagbo. Le Congrès national pour la résistance et la démocratie fait planer la menace d'un boycott des législatives du 11 décembre prochain, ce qui serait un coup dur pour la réconciliation. Le FPI, le parti de Laurent Gabgbo, a déjà annoncé le 21 septembre qu'il suspendait sa participation à la Commission électorale indépendante. La délégation du CNRT (Congrès national pour la résistance et la démocratie) a-t-elle reçu des réponses à tous les problèmes qu’elle a soulevés en une heure ...
Lire l'article
Côte d’Ivoire : Sarkozy à Yamoussoukro pour l’investiture de Ouattara
Dans un communiqué, Paris annonce que Nicolas sarkozy sera l'hôte d'Alassane Ouattara lors de l'investiture de ce dernier à Yamoussoukro, le 21 mai. L'annonce renforcera peut-être la conviction de ceux qui croient qu'Alassane Ouattara est le « président de la France ». L'Élysée a indiqué dans un communiqué que Nicolas Sarkozy assisterait à l'investiture du nouveau président ivoirien, accompagné par son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé et Henri de Raincourt, le ministre chargé de la Coopération. Selon le communiqué, Sarkozy rencontrera ensuite la communauté française de Côte d'Ivoire à Abidjan, sur la base de Port-Bouët et y prononcera une allocution. Lire ...
Lire l'article
Côte d’Ivoire: La mort de Coulibaly assoit l’autorité de Ouattara
Par Tanguy Berthemet L'élimination de l'ancien garde du corps d'Alassane Ouattara, devenu l'ennemi intime du nouveau premier ministre Guillaume Soro, règle brutalement les rivalités au sein de l'entourage du président ivoirien. Lentement, Abidjan se rallie à Alassane Ouattara. Vendredi, une cinquantaine de miliciens qui continuaient à se battre dans la commune de Youpougon, un fief de Laurent Gbagbo, se sont rendus. Une reddition mise en scène comme une cérémonie de réconciliation plus qu'une victoire. «La population nous a demandé que le règlement de la situation ne se fasse pas par la force», a expliqué Eugène Djué, alias «le Maréchal de ...
Lire l'article
Côte d’Ivoire: Un autre général se rallie au président Alassane Ouattara
ABIDJAN, Côte d’Ivoire — Un autre général s'est rallié mardi au nouveau président de la Côte d'Ivoire alors que les écoles du pays tentaient de reprendre du service après des mois de crise politique et de violences postélectorales. Le général Mathias Doue, un ancien chef d'état-major de l'armée ivoirienne, a été accueilli par le président Alassane Ouattara à l'hôtel Golf où ce dernier a installé son gouvernement à la suite des élections du 28 novembre. Un journaliste de l'Associated Press était présent pour assister au serment d'allégeance. Plusieurs haut dirigeants des forces de l'ex-président Laurent Gbagbo ont déjà juré fidélité à M. ...
Lire l'article
Les forces d'Alassane Ouattara, président de Côte d'Ivoire reconnu par la communauté internationale, ont commis de nombreuses exactions contre les partisans de Laurent Gbagbo dans l'ouest du pays au cours du mois de mars, accuse l'ONG Human Rights Watch (HRW), dont les accusations viennent s'ajouter à d'autres informations faisant état de récents massacres dans cette région. Dans un rapport obtenu samedi soir par l'Associated Press, HRW accuse les Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) d'avoir tué plusieurs centaines de civils, commis des viols et brûlé des villages lors de leur offensive. L'ONG demande le président ivoirien d'enquêter sur ces faits et ...
Lire l'article
La coalition de partis politiques soutenant Alassane Ouattara a appelé dimanche 26 décembre à "cesser les activités" en Côte d'Ivoire à compter de lundi "jusqu'au départ du pouvoir de Laurent Gbagbo". De plus en plus isolé sur la scène internationale, menacé d'être renversé militairement par ses voisins, le camp Gbagbo a mis en garde contre les graves conséquences économiques et humaines d'une telle opération qui exciterait le patriotisme et pourrait mener la Côte d'Ivoire à "la guerre civile". Le porte-parole du gouvernement Gbagbo, Ahoua Don Mello, a par ailleurs dénoncé la décision "inacceptable" des dirigeants de la Communauté économique des Etats d'Afrique ...
Lire l'article
Le camp d'Alassane Ouattara, président ivoirien reconnu par la communauté internationale, espère que l'organisation régionale de la Cédéao se prononcera vendredi sur une option militaire pour chasser du pouvoir Laurent Gbagbo, selon un de ses porte-parole. Pour résoudre la crise née de l'élection présidentielle du 28 novembre, il y avait "trois leviers, la diplomatie, les finances et l'armée", a déclaré à l'AFP Patrick Achi, soulignant que son camp l'avait déjà emporté sur les deux premiers. L'ONU a reconnu mercredi Youssouf Bamba, l'ambassadeur désigné par Alassane Ouattara auprès de l'organisation internationale. Jeudi, l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uémoa) a reconnu que M. Ouattara était ...
Lire l'article
Ouattara en France : comme au temps de la Françafrique ?
Côte d’Ivoire: la coalition Ouattara a remporté la moitié des sièges aux législatives
France – Côte d’Ivoire : Ouattara à Paris, Copé et Guéant à Abidjan
Réconciliation en Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara reçoit les partisans de Laurent Gbagbo
Côte d’Ivoire : Sarkozy à Yamoussoukro pour l’investiture de Ouattara
Côte d’Ivoire: La mort de Coulibaly assoit l’autorité de Ouattara
Côte d’Ivoire: Un autre général se rallie au président Alassane Ouattara
Côte d’Ivoire: HRW accuse les pro-Ouattara d’atrocités dans l’ouest du pays
Côte d’Ivoire : le camp Ouattara appelle à la grève générale
Côte d’Ivoire: le camp Ouattara espère une décision sur l’option militaire


Votez cet article (Cliquez les étoiles · 1 = mauvais - 5 = excellent)
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Aucun vote pour le moment)
Loading...

Auteur/Source: · Date: 27 Jan 2012
Catégorie(s): Afrique,Françafrique,Monde
Fil RSS 2.0 · Commentaires/Trackback autorisés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*