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Le Gabon d’abord, la CAN… après

Auteur/Source: · Date: 3 Fév 2012
Catégorie(s): Société,Sports

Il est temps d’invoquer les ancêtres. Eux seuls peuvent faire lever les Panthères. Alors, ces supporteurs soufflent dans une corne jusqu’à vider leurs poumons. Le son – plus supportable que celui d’une vuvuzela – est censé réveiller les anciens. Dans un stade qui sent la peinture fraîche et la sueur, ou dans les mapanes (“les bas quartiers”) de Libreville, toutes les forces sont bonnes à prendre. Dans quelques minutes, l’équipe nationale du Gabon “part en guerre” sur ses terres tropicales.

Depuis le 21 janvier, cette petite nation de 1,5 million d’habitants accueille la Coupe d’Afrique des nations (CAN) avec son minuscule voisin, la Guinée équatoriale. Pour ces deux pays, c’est une grande première. Alors pas question de gâter (“gâcher”) ce rendez-vous avec l’histoire. Jusqu’ici, les Panthères de la sélection gabonaise ne faisaient pas vraiment peur à leurs adversaires. Mais le 23 janvier, les joueurs entraînés par l’Allemand Gernot Rohr ont étonné en battant le Niger (2-0) dès leur premier match. Ils ont impressionné, quatre jours plus tard, en sortant l’un des favoris, le Maroc (3-2). Et mardi 31 janvier, ils ont encore donné un coup de griffe à leur rival du soir, la Tunisie (1-0). Premiers de leur groupe, les Panthères disputeront leur quart de finale le 5 février à Libreville contre le Mali d’Alain Giresse, l’ancien sélectionneur… du Gabon et ex-coéquipier de Gernot Rohr à Bordeaux.

FIERTÉ D’ÊTRE GABONAIS

Les victoires ont rendu les Gabonais hystériques. Dans les rues sombres de la capitale, les jeunes comme les vieux se jettent au sol et se roulent sur les trottoirs fatigués. On s’embrasse, on s’asperge de bière. Et dans les travées du tout nouveau Stade de l’Amitié sino-gabonaise, c’est le délire national. Dès les premières notes de l’hymne, les quelque 35 000 supporteurs gabonais – sur les 40 000 places -, bras tendus, chantent d’une même voix. Et à chaque but, les puissants cris de joie pourraient disperser les derniers nuages sur Libreville. La fierté d’être gabonais s’entend, se voit, se sent. C’est d’ailleurs écrit sur le maillot des Panthères : “Gabon d’abord”.

Une hystérie collective qui contraste avec le calme régnant dans les rues de la capitale quand la sélection ne joue pas. Car hormis les Panthères, les autres équipes n’intéressent guère. Le 23 janvier, après la victoire du Gabon sur le Niger, le stade s’est quasiment vidé pour l’affiche de ce début de CAN entre le Maroc et la Tunisie. Et quand l’écran géant du centre-ville diffuse des matches ne concernant pas le Gabon, difficile de croire que le pays abrite la plus grande compétition du continent. “Ah, il y a une CAN en ce moment ?”, ironise Tchanilé Banna, l’ancien entraîneur du Togo, venu en simple spectateur.

“Les Gabonais sont des saint Thomas, ils attendent de voir pour croire, reconnaît le général Jean-Boniface Asselé, 73 ans, propriétaire du club de l’USM Libreville et oncle d’Ali Bongo, le président de la République. Ils ne croyaient pas que les travaux pour la CAN allaient se terminer à temps, ça explique ce retard à l’allumage.” La capitale est toujours en chantier. Il faut dire que les travaux ont commencé il y a seulement un an, quatre ans après l’attribution de la compétition. “Jusqu’au dernier moment, les Gabonais doutaient. Aujourd’hui, ce n’est pas prêt, mais c’est à peu près”, assure François, contrôleur à l’Agence nationale des grands travaux qui demande l’anonymat de peur de se faire “virer”.

Le Complexe omnisports Omar-Bongo, situé au coeur de la ville, qui devait accueillir des matches, n’est toujours pas achevé. C’est dans ce décorum en ferraille, au milieu des grues et autres tracteurs, que s’entraînent les Panthères. Pas de public, juste des ouvriers. Ici, la poussière a remplacé les fumigènes et le bruit des scies à métaux le chant des supporteurs.

Le stade de l’Amitié sino-gabonaise, à Agondjé, au nord de la ville, n’était quant à lui pas prévu. Mais le “grand frère” chinois en a hâté la construction. Des centaines d’ouvriers sont venus de l’empire du Milieu travailler jour et nuit pour finir en moins deux ans une arène qui possède la plus grande arche en métal d’Afrique.

Ils n’ont toutefois pas pu finir les hôtels jouxtant le stade. Le parking est encore sous le sable. Et la veille du match d’ouverture, des ouvriers – africains cette fois-ci – plantaient encore des palmiers. Dans la ville, trois échangeurs ont été livrés peu avant le match d’ouverture et ont pu éviter de justesse des embouteillages qui auraient paralysé Libreville.

“Si l’autre (Omar Bongo) n’était pas mort (en juin 2009), jamais on n’aurait eu la CAN”, assure Claude Josin, 45 ans, un habitant du quartier populaire PK 8. Il remercie toutefois Ali Bongo, qui a succédé à son père à la tête du pays, d’avoir accéléré les travaux. “Mais tout a été précipité, souffle-t-il. Regardez autour de moi : pensez-vous que ça ressemble à ça, la fête du foot ?” Son quartier ressemble davantage à Port-au-Prince après le tremblement de terre de 2010. Sur des kilomètres, le long de la nationale 1, les maisons proches de la route ont été détruites ou éventrées, il y a trois mois, lors de l’opération “Libérez les trottoirs”.

“Le peuple est très en colère”, s’insurge un responsable politique qui préfère garder l’anonymat de peur de “sauter au prochain conseil des ministres” : “Il y a une compétition à deux vitesses, celle de la ville et celles des bas quartiers.” Seul le bord de mer a été modestement rhabillé aux couleurs de la CAN. Les quartiers populaires semblent avoir été oubliés. “Nous n’avons omis personne, se défend Joël Lehman Sandoungout, coordinateur général adjoint du Comité d’organisation de la CAN. Quand je suis arrivé, il y a onze mois, j’avais presque une feuille blanche devant moi, on devait faire vite.” Le comité a changé plusieurs fois de dirigeants, ce qui a ralenti l’organisation du tournoi.

Les étrangers – africains -, qui peuplent en masse Libreville, ont été, eux, refroidis par les contrôles de police avant la CAN. “Ici, les étrangers sont les Noirs”, argue Doudou, un Malien qui vit au Gabon depuis une vingtaine d’années. La nuit, dans les quartiers, comme à Montagne Sainte, des militaires, M16 à l’épaule, font des rondes. “C’est vrai, nous avons été un peu rigoureux, reconnaît Jean-Boniface Asselé, ancien chef de la police et ministre des sports de 1970 à 1989. Mais il y a eu le drame de l’Angola (lors de la CAN 2010, le bus du Togo avait été mitraillé, tuant deux personnes). Ça bouge en Afrique du Nord, il y a l’islamisme. On ne pouvait pas prendre de risque. C’est peut-être pour cette raison que cette compétition manque un peu de chaleur.”

Car il est hors de question pour le pouvoir de rater sa CAN. L’Etat compte sur l’événement pour montrer au monde un “Gabon émergent” qui table sur une croissance de 5,6 % cette année grâce à son pétrole et à son bois. Et pour faire oublier que le pays est détenu depuis près d’un demi-siècle par la famille Bongo. Quand les Panthères jouent, c’est “jour férie, jour payé” pour les fonctionnaires. Les vacances scolaires ont été décalées pour que les étudiants puissent suivre la compétition.

Discrètement, des chefs de quartier ont reçu des billets pour les distribuer aux habitants. Le Parti démocratique gabonais au pouvoir a aussi offert des tickets, distribués des pagnes aux couleurs du pays pour les femmes et facilité le transfert au stade. Près du stade Omar-Bongo, des jeunes font la queue devant un restaurant, non loin du domicile de Patience Dabany, la “mama” du président, qui se balade en ville en… 4 × 4 Porsche Cayenne. Ils espèrent qu’elle donnera à “ses enfants” le fameux sésame pour aller encourager leur équipe. Malgré tous ces efforts, les arènes ne débordent pas, ni dans la capitale ni à Franceville.

PAS D’EFFET CAN

A plus de 500 km à l’est de la capitale, Franceville, 56 000 habitants, la cité d’Omar Bongo, accueille aussi des matches. Le 31 janvier, près de 15 000 personnes (sur les 20 000 places) sont allées ovationner le Gabon face à la Tunisie. Trois jours plus tôt, ils n’étaient que 5 000 pour voir le Botswana affronter la Guinée et le Ghana se mesurer au Mali. La faute au prix des places ? La moins chère est à 5 000 francs CFA (7,6 euros), mais à partir des quarts de finale, il faudra compter au moins le double. Pas donné quand on sait que le salaire moyen des Gabonais est de 150 000 francs CFA. Surtout, se rendre à Franceville est une épreuve. En voiture comme en train, il faut compter au moins douze heures depuis Libreville. En avion, ce n’est que cinquante minutes mais l’aller-retour est à 200 000 francs CFA.

L’opposition se demande où sont passés les 400 milliards de francs CFA (609 millions d’euros) investis dans cette “demi-CAN”. “En plus, il n’y a aucune retombée économique pour les commerçants locaux”, s’offusque l’avocate Paulette Oyane-Ondo, une militante des droits de l’homme. A Libreville, sur les marchés, dans les petites boutiques, chez les vendeurs de brochettes ou de journaux, tous déplorent pour l’instant l’absence d’effet CAN.

“Nous, on l’a vu, l’effet CAN. Notre vie a empiré”, lance Arnold Moubagou, 27 ans, qui travaille et vit à la décharge publique de Mindoubé de Libreville, une immense colline de déchets d’où s’échappe de la fumée. “Depuis le début de la compétition, les déchets n’arrêtent pas d’augmenter.” Ce soir, le Gabon affronte le Maroc. Dans la décharge, certains portent le maillot des Panthères ou une perruque aux couleurs du pays. Avec des gants troués, ils récupèrent des bouteilles en plastique ou en verre, mais aussi des drapeaux du Gabon et des affiches de la CAN. “On les accroche sur nos maisons, lâche Jean Eji Nguema, un copain d’Arnold. Personne ne pense à nous mais avec le foot, on se sent vivre.”

Mustapha Kessous 


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