Avec un sujet plein de questions, l'impétrant s'en est sorti avec la mention "Très honorable".
L'UNIVERSITÉ Omar Bongo (UOB) a réellement renoué avec la tradition universaliste. Après plusieurs années de rupture. Lieu de sens, parce qu'elle fournit les outils adéquats pour donner du sens à tous les phénomènes physiques et sociaux qui jalonnent l'existence des hommes et des peuples, l'UOB est également l'endroit où se transmettent les valeurs. Cela s'est vérifié avec la récente soutenance publique - la première dans l'histoire de l'institution organisée par la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE). Dans la salle de travail du laboratoire d'économie appliquée (LÉA), pôle d'excellence de la recherche en économie en Afrique - ce n'est pas un hasard si on parle de l'école de Libreville.
En effet, le 16 février 2005, Alain Bacibone Mihigo a soutenu avec brio, une thèse de doctorat en économie sur "La problématique d'un régime de change optimal en zone franc africaine". Un sujet actuel parce que préoccupation du moment. Devant un grand jury comprenant deux anciens présidents de concours d'agrégation : un Français et un du Conseil africain et malgache pour l'enseignement supérieur (Cames), les Prs Salin et Ondo Ossa qui a dirigé cette thèse. À eux se sont joints les Professeurs Daniel Arnould de l'université de Nancy II, Jean-Jacques Ékomie de l'université Omar Bongo, Mamadou Koulibaly de l'université d'Abidjan et actuel président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire. Ainsi qu'il apparaît, c'est un jury équilibré qui intègre les néoclassiques, les keynésiens et les partisans de la nouvelle synthèse.
On a noté la présence remarquable du recteur honoraire de l'UOB, le Pr François Owono-Nguema et du vice-recteur chargé des questions académiques, le Pr Jérôme Tangu Kwenzi-Mikala D'autres universitaires, les cadres de hait rang et les étudiants ont également fait le déplacement de la salle susmentionnée.
Ce travail gravite autour de deux interrogations fondamentales: Sommes-nous obligés de maintenir l'ancrage nominal ? Quel est le régime de change optimal four une économie ? A la dernière question, les économistes se proposent d'y répondre depuis le milieu des années 1870. Elle a un regain d'intérêt dans les pays africains de la zone franc (PAZF), depuis les années 1990, à la suite de la dévaluation des francs cfa et de leur ancrage à la monnaie unique européenne.
TRAVAIL DE LABORATOIRE • Le choix d'un tel sujet n'est nullement le fait du hasard. Bien au contraire. Alain Bacibone Mihigo s'est intéressé à un sujet difficile qui soulève beaucoup de questions. Sa thèse se trouve au coeur de l'économie moderne et s'inscrit dans l'universalité: c'est un travail de laboratoire.
L'impétrant dans la présentation de la série de propositions a indiqué que le régime de change mis en place en zone franc africaine n'est pas une panacée pour le développement des pays de ladite zone. Il a évoqué les différentes pistes à explorer four un régime de change optimal. D'abord, la direction qui établit un lien entre le choix du régime de change et la nature des chocs affectant l'économie domestique. On se situe ici à la charnière entre le débat de politique économique et les déterminants structurels du régime de change. Ensuite, celle très importante, qui, depuis les années 80, s'inscrit dans le débat entre "'règle et discrétion", à partir des travaux de Kydland et Prescott concernant l'incohérence temporelle de la politique monétaire.
Pour Alain Bacibone Mihigo, ces directions dans l'analyse d'un régime de change optimal mènent finalement à l'idée qu'il n'existe pas un régime unique pour tous les pays et en toutes circonstances.
Sa thèse qui s'est proposé de contribuer à la définition d'un régime de change optimal en ZFA suivant l'approche de la crédibilité a examiné, dans sa première partie-les. fondements d'un régime de change optimal' dans cette zone, et dans la seconde, les modalités du régime de change optimal. Il est arrivé à deux résultats. Primo, que le régime de change fixe ne semble pas optimal pour les PAZF. Secundo, qu'un régime de zone cible semble être optimal pour ces économies.
Même s'il a été très critiqué par le jury, ce travail a été mené avec vivacité et efficacité, avec ardeur et entrain.
Sur le plan de la méthodologie, l'impétrant a utilisé l'approche normative donc mathématique. Sur la forme, sa thèse comporte très peu de fautes. La présentation est soignée. Il a évité l'écueil des thèses qui accumulent les résumés des travaux déjà réalisés. L'originalité est que ce travail personnel, critiquable et soulève un certain nombre de problèmes. Il est ramassé et va à l'essentiel.
Et comme la fonction de l'expérimentation est de faire penser ainsi que l'a dit Bachelard, la thèse d'Alain Bacibone Mihigo, d'un point de vue académique est satisfaisante, fertile, d'un standard international parfait.