Ils réclament le paiement de leur bourse ainsi que d'autres frais dont ils ne bénéficient plus depuis presque 10 ans.
«On donne facilement et régulièrement de l'argent aux partis politiques, même les moins représentatifs sur le territoire national. Mais lorsqu'il s'agit d'en donner aux élèves et étudiants..:». Cette remarque, les étudiants de l'Ecole nationale d'arts et de manufacture (Enam) l'ont faite, hier, à qui voulait les entendre, lors du mouvement de grève qu'ils ont déclenché.
Cette grève, selon certains d'entre eux, en courroux rencontrés en face du magasin Gaboprix de Mélen, est motivée par le non paiement des bourses du premier trimestre de l'année académique 2004/2005 et d'autres problèmes d'ordre financier, qui perdurent dans cet établissement des Beaux arts.
Ils estiment, notamment, qu'ils sont victimes «d'une manigance entre la direction générale de leur établissement et le ministère de la Culture qui les privent de leurs droits».
En effet, en plus des 87 000 francs de bourse trimestrielle destinée à chacun, les étudiants de l'Enam disent qu'ils sont privés, depuis une dizaine d'années, d'autres financements qui leur reviennent de droit.
S'appuyant sur un arrêté portant fixation des taux de bourse d'entretien et d'allocations aux élèves et étudiants boursiers au Gabon et à l'étranger, signé le 25 mars 1996 par le ministre des Finances de l'époque, les étudiants réclament un minimum de 130 mille francs par an.
Selon cet arrêté, les étudiants et élèves gabonais poursuivant des études au Gabon ou à l'étranger, lorsqu'ils sont boursiers dans l'une des catégories de l'article 2, doivent bénéficier d'une allocation pour renouvellement et entretien des trousseaux d'un montant de 90 000 francs par an dans la zone CFA, et 180 000 francs par an dans d'autres zones.
Mieux, ledit arrêté stipule que tout étudiant boursier poursuivant des études, au Gabon ou à l'étranger percevra, quelle que soit la catégorie de bourse dont il est bénéficiaire, une indemnité de logement forfaitaire de 26 000 francs dans la zone CFA et de 60 000 francs dans d'autres zones.
De même que les étudiants boursiers mariés doivent bénéficier d'une allocation supplémentaire et par couple de 10 000 francs. Cette allocation n'est pas due à ceux dont le conjoint exerce une activité professionnelle rétribuée ou perçoit une bourse d'études.
Par ailleurs, une allocation familiale mensuelle de 3000 frs par enfant doit être versée aux étudiants boursiers gabonais pères ou mères de famille, qui ne bénéficient pas d'allocations familiales du régime de sécurité sociale du pays d'accueil. Les articles 2, 4 et 6 dudit arrêté ressortent clairement ces droits en faveur des étudiants de l'Ecole nationale d'arts et manufacture..
Mais, depuis presque dix ans, selon les intéressés, tous ces montants n'ont plus jamais été versés, alors que le budget de l'établissement est régulièrement attribué.
Hier matin, il était quasiment impossible de traverser la zone de Melen à cause des barricades érigées sur la Nationale 1 par les étudiants grévistes. Ainsi, l'Enam étant restée fermée durant toute la journée, la direction de l'école répondait aux abonnés absents. D'où l'absence de sa réaction.
• . . . et à l'INJS
Le non-paiement de la bourse à l'origine de l'arrêt des cours
La reprise est conditionnée au versement de l'allocation d'études.
POUR obtenir le paiement de leur bourse, les étudiants de l'Institut national de la jeunesse et des sports (Injs) observent un arrêt des cours depuis lundi dernier. Ils en ont décidé ainsi après l'expiration du préavis de grève déposé à la direction de l'établissement et le non aboutissement heureux des tractations avec la hiérarchie et le ministère de tutelle.
Les étudiants réclament le versement dû quatrième trimestre de leur allocation d'études et du trousseau scolaire. Le nouveau directeur de l'Injs, Jean Mvé Mba, se dit dans l'incapacité de leur payer la bourse, les fonds prévus à cet effet ayant pris une destination inconnue. A sa prise de fonctions, le 15 octobre 2004, il a relevé un trou de près de 9 millions de francs dans le chapitre relatif, à la bourse.
Soucieux du retour à la normale à l'Injs, le ministre de la jeunesse et des Sports a convoqué une réunion à laquelle prenaient part les étudiants, le directeur de cet établissement et son prédécesseur. Alfred Mabika a conseillé à Jean-J. Mvé Mba de solliciter une avance sur budget auprès de la direction générale du Budget. Ce qu'il a fait.
Mais cette dernière l'a prié d'attendre la mise en place du budget de la nouvelle année. Une réponse que M. Mvé Mba a rapportée à ses étudiants. Lesquels conditionnent la reprise des cours au paiement de la bourse, quitte à ce que l'année académique soit prolongée.
Le directeur de l'Injs, qui se dit soucieux de l'exécution des programmes, envisage de revoir le calendrier académique, si la grève tire en longueur: Ce qui tient lieu d'invitation à la reprise du chemin des salles de classe.
Toutefois, il reconnaît le bien-fondé de la revendication des étudiants. «La bourse est un dû». Des propos de nature à les rassuré. Tout en notant «son ouverture au dialogue», ils commençaient à craindre des représailles de la part de l'administration.
Pour aider un tant soit peu les étudiants à passer ce cap difficile, le directeur leur délivre des bons leur permettant d'aller s'approvisionner en vivres chez un fournisseur situé à Nkembo. Seulement, celui-ci augmenterait les prix des articles. «Il n'est pas interdit au directeur de s'adresser à un autre commerçant», ont fait remarquer les jeunes rencontrés sur le campus. A signaler que le restaurant de l'établissement n'est pas fonctionnel depuis deux ans.
Contrairement à celles qui se déclenchent ici, et là, la grève des étudiants de l'INJS est pacifique. Si le portail n'était pas barricadé et si des affiches n'étaient pas placardées sur les murs de la devanture, on ne s'en rendrait pas compte. Car à l'intérieur, il y règne un calme de cimetière.
L'établissement compte 120 étudiants, parmi lesquels 56 boursiers. Aux dernières nouvelles, le ministre de tutelle se serait lui-même saisi du dossier.