Deux cents ans après l’expédition de Richepance en Guadeloupe pour rétablir l’esclavage, le réalisateur Christian Lara replongeait, en 2003, dans la douloureuse histoire de son île. Avec « 1802, l’épopée guadeloupéenne », son treizième long métrage, le Guadeloupéen voulait réconcilier Karukera avec son passé et faire connaître au grand public un épisode qui, comme beaucoup d’évènements historiques gênants, avait été jeté aux oubliettes de l’Histoire. «C’est un film de guerre et d’action», expliquait le metteur en scène dans une interview accordée au Figaro. Un film émouvant, chantait en choeur le public des derniers Ecrans noirs à qui Christian Lara promettait un nouveau voyage sur ce terre camerounaise qui avait si bien accueilli son film. Il séjourne au Cameroun depuis quelques jours. Pour les repérages de «L'Héritage perdu». Le quatorzième long métrage de sa carrière de cinéaste.
Le film sera tourné à partir de janvier prochain au Gabon et au Cameroun. A Idool en ce qui concerne la partie camerounaise. Dans ce petit village situé à 60 km de Ngaoundéré que Christian Lara a choisi pour «la beauté de son cadre naturel et son décor authentique». Qu'il a retenu finalement, soutenu par le lamido de Ngaoundéré et le ministère du Tourisme qu'il a dû convaincre de l'avantage de son choix. De la portée d'une réalisation que le cinéaste guadeloupéen restitue en des mots simples : «La grosse question du film consiste à savoir quel héritage nous les Antillais avons de l'Afrique. C'est une fresque, un film moderne dont l'intention n'est pas de redonner des valeurs à un continent qui en a, mais montrer l'Afrique dans sa beauté. Ce n'est ni l'Afrique des guerres ni l'Afrique des souffrances et des maladies. Mais l'Afrique traditionnelle.»
Aucun comédien européen n'a été retenu dans le casting. «Mes comédiens viennent, confie avec insistance Christian Lara, de tous les horizons africains. Sidiki Bakaba de Côte d'Ivoire, Makéna Diop du Sénégal, le Gabonais Philippe Mory dont on se souvient du rôle remarquable dans Les couilles de l'éléphant de Henri Joseph Koumba Bididi, les Camerounais Arouna Njoya et... Abbia Moukoko» dont la dernière apparition sur un écran remonte à des lustres.
Sur la question du budget, Christian Lara refuse de s'étendre. Tout au plus, indique-t-il que c'est un film à gros budget, principalement financé par des fonds privés, dont ceux du Centre national du cinéma gabonais (Cenaci) et de la Caraïbe Films Cie.
Le film, dont le tournage est ainsi annoncé est né, confie le metteur en scène, de plusieurs rencontre. «J'ai remis il y a quelques jours au lamido de Ngaoundéré un agrandissement d'une photo que j'avais prise à l'âge de 12 ans, lors d'une fantasia. Cette photo m'a toujours inspiré et j'ai toujours voulu faire un film sur le Cameroun. A l'époque, j'étais jeune élève au Lycée Général Leclerc. Même après avoir quitté le Cameroun, j'ai gardé beaucoup de liens affectifs avec le pays. J'ai d'ailleurs souvent utilisé des comédiens camerounais dans mes films. Sally Nyolo et Elisabeth Noah dans Black (1987) ou encore Maka Kotto dans Sucre amer (dont une critique disait lors de sa sortie en 1992 que c'était une fiction historique, un film dense et passionnant dont l’intention est de restaurer la mémoire antillaise face à son effacement métropolitain, Ndlr)».
Le Guadeloupéen Christian Lara a mené une carrière de journaliste, auteur, metteur en scène et, depuis 1975, de réalisateur de longs métrages. Son film Sucre Amer reçut le Prix du Meilleur Film de la Diaspora (Fespaco).