(Reporters Sans Frontières, Rapport 1997) - Dans la nuit du 21 au 22 juin 1996, Raphaël Ntoutoume Nkogue, collaborateur de l'hebdomadaire satirique La Griffe, est poursuivi par une voiture. L'affaire est portée devant le bureau du procureur de la République, mais reste sans suite. Dans son édition du 28 juin, La Griffe se déclare victime d'une "opération de déstabilisation", revenant sur l'agression du directeur de la publication du journal, Edouard Moussock, et de l'administrateur délégué de La Griffe, survenue peu avant dans des circonstances semblables.
Le 22 octobre, le Conseil national de la communication (CNC) suspend, pour une durée de quinze jours, toutes les interventions en direct sur l'antenne de la radio privée proche de l'opposition Radio Soleil. Le CNC, organe constitutionnel à composition tripartite (gouvernement, parlement et professionnels), argue de ce que "cet organe de presse avait servi de cadre à des échanges malsains entre citoyens". Le 20 octobre, la radio a diffusé une émission faisant intervenir en direct des auditeurs pour commenter le déroulement du scrutin pour les élections municipales et départementales tenues le jour même. Nommément mise en cause par un des intervenants et accusée de fraude électorale, Patience Dabamy, l'ex-épouse du chef de l'Etat, était intervenue pour user de son droit de réponse. Ses propos, pour le moins outranciers, avaient suscité une surenchère de la part des auditeurs. A la suite d'un entretien avec le président du CNC, la directrice de la radio, Marguerite Mackaga, obtient, le 25 octobre, l'autorisation de reprendre ses émissions en direct depuis les studios de Radio Soleil -- mesure qui entre en application le 28 octobre.
Radio Soleil n'est pas le seul média à être épinglé aux lendemains du scrutin. Le CNC s'élève en effet -- sans cependant prendre de mesures concrètes -- contre des "dérapages" survenus dans la presse écrite et audiovisuelle d'Etat. Le 26 décembre, le CNC interdit, pour une durée de un mois, à Radio Soleil de "faire participer aux émissions à caractère politique (...) des personnes extérieures à cette station". Cette interdiction s'applique aussi bien aux émissions en direct qu'en différé. Selon le CNC, "Radio Soleil n'a pas respecté les engagements qu'elle avait pris (...) en diffusant des appels à la désobéissance civique de nature à porter atteinte à l'ordre public et en refusant le pluralisme d'opinions dans ses émissions post-électorales". D'après le chef d'antenne de la radio, Françis Edou Eyene, les journalistes avaient diffusé les propos de leaders politiques appelant à la désobéissance civile lors d'une conférence publique.
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