Il est une qualité qu'il faut reconnaître au «Président des Pygmées»: les scandales ne lui font pas peur. On pourrait même croire qu'il prend un malin plaisir à les collectionner. Sa dernière trouvaille en la matière: une sombre affaire de faux dollars américains dans laquelle le Mollah est trempé jusqu'à la moustache.
Septembre 1999, le chef del'Etat gabonais s'offre une petite virée ibérique. Destination, Malaga. Comme à son habitude, il trimballe toute sa tribu. Et pour le confort de ce beau petit monde, la compagnie nationale Air Gabon est invitée à prêter son Boeing 747. La bamboula espagnole terminée, les heureux vacanciers traversent le détroit de Gibraltar pour poursuivre leurs pérégrinations en territoire marocain.
Les commerçants de la ville de Malaga étaient totalement mystifiés: pendant leur séjour, «Crésus» Bongo et sa bande ont dépensé des centaines de billets de dollars comme s'il en pleuvait. Mais à peine les Gabonais et quelques Congolais de la belle famille partis que les Espagnols ont commencé à déchanter. Et pour cause: une bonne proportion des billets qu'ils ont encaissés étaient faux. Madre de dios ! Comment faire pour rattraper ces «bandidos»?
A cette interrogation, les responsables de la société Iber-Swiss Catering ont rapidement trouvé la réponse. Contrairement à la majorité des commerçants qui se sont résignés, eux, ils ont porté l'affaire devant les tribunaux espagnols. Qui saisissent aussitôt l'ambassade du Gabon via le ministère espagnol des Affaires étrangères, puisqu'il s'agit d'une affaire sensible mettant directement en cause un chef d'Etat étranger.
Bongo qui entretemps est rentré au Gabon est tenu au courant par Noël Baïot, l'ambassadeur du Gabon à Madrid. Le Mollah confie l'affaire à son avocat François Meyer du barreau de Paris. A ce niveau, on ne sait plus si Meyer est l'avocat du Gabon ou celui de Bongo. Peu importe en réalité: Bongo et le Gabon c'est la même chose.
En Espagne, David de la Torre qui a porté plainte pour le compte de la société Iber-Swiss Catering affirme que les Gabonais l'ont payé avec des fausses coupures de 100 dollars américains portant tous le même numéro. En mars 2002, François Meyer qui a eu «l'honneur de [s]'être entretenu avec le Président de la République», informe l'ambassadeur que «celui-ci [le président] souhaitait que l'indemnité ne puisse, en aucun cas, dépasser le montant des prestations qui avaient été facturées...»
Noël Baïot qui a flairé le bon filon se dépense sans compter. Il va pousser le dévouement jusqu'à aller signer, le 11 juillet 2002, un protocole transactionnel rédigé entièrement en espagnol. Un véritable exploit de la part de quelqu'un qui ne parle, ne lit, ni n'écrit la langue de Cervantes. Pendant ce temps, l'avocat à qui l'on a demandé d'aller récupérer le dossier auprès du Tribunal de Première Instance de Madrid a fait choux blanc.
Dans ce rodéo diplomatico-judiciaire, celui qui a tiré son épingle du jeu c'est bien le père Noël. Après avoir reçu l'argent de Libreville, Baïot est allé discrètement s'arranger avec les Espagnols, plantant par la même occasion l'avocat et les agents de l'ambassade qui avaient été mobilisés pour cette affaire. Interrogé sur l'usage qu'il a fait du reliquat du magot, l'ambassadeur a déclaré l'avoir reversé au Trésor public gabonais. Il faut le croire sur parole, même s'il est incapable de dire sur quel compte le versement a été imputé. Après tout, on peut continuer à croire au Père Noël !