L’ABBE NOEL NGWA NGUEMA AU PALAIS: LA VERITE
Jeudi 21 août 2003, à l’issue de la messe de 18H30, M. Elingui, l’homme de confiance du Ministre Paul Toungui, m’aborde pour me signifier que son “patron” désire me rencontrer le lendemain, entre 8h30 et 9H00. J’accepte d’autant volontiers l’invitation que j‘ai sollicité une audience quelques jours auparavant. Vendredi 22 août, je me rends donc au Ministère de l’Economie et des Finances à l’heure convenue. Vers 9H00, je suis invité à entrer dans le cabinet du Ministre ; en réalité, je dois le rejoindre dans l’ascenseur, il m’invite à monter dans sa voiture. Je ne suis qu’à moitié surpris car ce n’est pas la première fois que je prends place dans cette voiture. C’est après le démarrage du véhicule que je réalise ce qui se passe. En effet, le Ministre m’interpelle en ces termes : “Vous voulez retourner en prison ou quoi ...?“ Et comme il tient en main le journal SUBVERSION, je comprends...
Nous entrons au palais présidentiel. Et après une heure environ d’attente, je suis introduit au cabinet de travail du Président de la République. M’y ont précédé Ms Paul Toungui, Leslie Mehdi Teal, Ministre de la Communication, et Pierre Marie Dong, Président du Conseil national de la communication (CNC). A peine suis-je installé que le Président de la République explose en invectives : “Qu’est-ce que je t’ai fait pour me détester tant ...? Puisque tu ne peux pas me voir, prends donc les armes ou guette-moi dans un coin de rue pour m’abattre... Qu’est-ce que je t’ai donc fait? Dis-le-moi ...“ Brusquement, il s’empare d’un objet de décoration de la table basse qui nous sépare pour le projeter violemment contre moi. Le Ministre Toungui s’interpose et est touché ; il se tord à terre. Je suis atteint, quant à moi, au genou droit. Toujours déchaîné, il tente de se jeter sur moi. - Le Ministre Teal et P.M. Dong le ceinturent en le suppliant de garder le calme. Quand il rejoint son siège, il poursuit “Il faut que tu me dises aujourd’hui pourquoi tu me détestes tant... Je croyais que tu étais un homme respectable, mais tu es plus bas que terre. Car, non content de t’attaquer à moi, tu t’en prends à ma femme. Que t’a fait ma femme? Pourquoi l’insultes-tu ? Si je te porte plainte pour atteinte à son honneur, que feras-tu ? Tu pourras prendre vingt avocats pour te défendre, mais sache que le dernier mot me revient. Et mes enfants, pourquoi tu les exposes à la vindicte populaire ? Réponds-moi...”
Ma réponse : “Je ne parle pas aux gens quand ils sont dans cet état ; lorsque tu auras retrouvé tes esprits, appelle-moi et je répondrai à tes interrogations. Avec ta permission, je me retire. Je me lève en effet et sors du cabinet, accompagné du garde du corps qui a assisté à la scène. Dans la cour, le chauffeur du Ministre Toungui m’attend ; il me raccompagne à ma voiture garée au Ministère des Finances.
Dans sa fureur, Bongo a exprimé le regret d’avoir tant fait pour la presse et de ne recevoir, en retour, qu’insultes et critiques ? C’est la 2è fois qu’il m’exprime sa déception. Mais, je ne me souviens pas d’avoir obtenu le financement de la presse privée écrite en échange de quoi que ce soit. On peut regretter, certes, les dérives de cette presse, mais est-ce une raison de la museler ? Je n’aurais pas voulu que cet incident -- l’un des plus graves dans mes relations avec Bongo depuis 1968 -- soit connu du public, car il déshonore la plus haute institution de notre pays. Mais comme les “journalistes du palais” en ont fait un scoop mensonger, je me devais de rétablir la vérité. Tant pis pour ceux qui sont nés avant la honte.
Abbé Noël Ngwa Nguema