Face à la recrudescence de la pandémie du Sida au Gabon, due en partie à certaines pesanteurs héritées de la tradition, le Premier ministre, en ouvrant hier les manifestations de la Journée internationale de la femme, édition 2005, a invité l'assistance à plus de rigueur et de bon sens face à nos us et coutumes.
LE Premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane a présidé hier à Port-Gentil, les manifestations commémoratives de la journée internationale de la femme, célébrées cette année autour du thème "Les pesanteurs culturelles comme résistance au changement face au VIH/Sida".
La capitale économique a donc été une opportunité justement mise à profit par le chef du gouvernement pour dénoncer et pointer du doigt certaines pratiques telles que le lévirat et le sororat, héritées de la tradition, qui risquent, si elles persistent' d'annihiler encore pour longtemps les efforts inlassables déployés par les pouvoirs publics à l'effet de bouter le virus du Sida hors du Gabon.
Jean-François Ntoutoume Emane, qui s'exprimait ainsi au stade Roger Butin, où quelques membres, du gouvernement, autorités politiques et administratives, populations civiles et élèves des établissements secondaires et professionnels de Port-Gentil avaient déjà pris place, s'est dit honoré de représenter le président de la République à cette manifestation. «Comme vous le savez, tout ce qui concerne l'affirmation et la promotion de la femme ne saurait laisser indifférent le chef de l'Etat. En effet, portant une attention sans cesse renouvelée à l'évolution du statut de la femme dans notre pays, il ne ménage aucun effort afin que cette dernière puisse réellement prendre en charge sa destinée, en relation avec le développement de notre société», a dit le Premier ministre.
VISION AVANT-GARDISTE. Ajoutant que «cette option à laquelle nous adhérons tous, n'est pas nouvelle. Elle est un des leitmotiv de son action. En effet, depuis son avènement à la magistrature suprême, le chef de l'Etat a mis en place une politique. en faveur de la femme autour des principaux objectifs d'égalité, de développement et de paix. Cette vision avant-gardiste a conduit à la création le 1er juillet 1974, d'un haut-commissariat à la promotion féminine, dont la mission principale était de s'occuper des questions liées spécifiquement à la femme.»
Le Gabon n'a donc pas attendu 1975, proclamée par les Nations unies "Année internationale de la femme" pour mettre la femme au centre de ses préoccupations, a dit M. Ntoutoume Emane pour qui cette dernière reste un maillon important dans le développement économique et social du Gabon. C'est d'ailleurs pourquoi la politique du président de la République vise en premier lieu la scolarisation à 100% des jeunes filles. L'objectif étant de leur permettre d'avoir, non seulement, plus de pouvoir sur leur vie, mais aussi de mieux maîtriser les problèmes auxquels elles sont confrontées, a expliqué le chef du gouvernement.
D'ailleurs, «pour marquer sa détermination à promouvoir les femmes, le président Omar Bongo Ondimba a favorisé l'accès des femmes à tous les postes de prise de décision. Elles sont aujourd'hui ministres, présidents d'institutions, général d'armée, présidents ou administrateurs de conseil d'administration, directeur général, etc.», a encore dit "le PM", donnant ainsi la preuve que la promotion de la femme n'est pas un vain mot au Gabon. Et en tant que telle, elle n'est pas prête de s'arrêter en si bon chemin.
Jean-François Ntoutoume Emane a donc saisi cette occasion pour rendre un hommage mérité à la gent féminine marigovéenne dont la mobilisation acte à la hauteur de l'événement. De même qu'il a tenu à souligner la force évocatrice et la dimension symbolique de Port-Gentil, première ville du pays à avoir été dirigée par une femme. Toute chose qui atteste, selon lui, de la capacité des femmes à gérer la "chose publique".
La ministre Angélique Ngoma qui lui a succédé, s'est particulièrement appesantie sur le thème lié à la célébration de la présente édition de la Journée internationale de la femme; Pour elle, ce thème doit nous interpeller à plus d'un titre, au regard de la croissance exponentielle de la séro-prévalence dans notre pays. «Il y a quelques années, a-t-elle dit, les hommes étaient plus atteints que les femmes, au Gabon. Mais aujourd'hui, la tendance s'est inversée, les femmes représentent près de 60% des cas de contamination au VIH/Sida».
POUVOIR DE DÉCISION. Cette situation, estime Angélique Ngoma, s'expliquerait, entre autres, par des valeurs et pratiques fondamentales qui déterminent la sexualité dans la société. «En effet, dans les sociétés africaines en général et gabonaise en particulier, le pouvoir de décision, au sein du couple, revient à l'homme. C'est pourquoi; il arrive souvent que l'époux séropositif, faisant valoir son pouvoir d'homme, contamine malheureusement son épouse», a dit le ministre de la Famille. Qui s'est du reste insurgée contre les pratiques décrites antérieurement, parce que source de propagation du Sida, en raison du fait que les conjoints ignorent, dans la plupart des cas, leur statut sérologique.
S'appuyant enfin sur les statistiques du Programme national de lutte contre le Sida qui place la ville de Port-Gentil en tête des localités les plus touchées par le Sida à l'échelle nationale, Angélique Ngoma a appelé les femmes et particulièrement les jeunes, à faire preuve de plus de responsabilité dans leur comportement sexuel quotidien.
Le coordinateur résident du système des Nations unies, Mme Binto Djibo, la représentante des communautés amies Mme Dia Ndeye Diene, le chef de service provincial du ministère de la mine, Mme Reteno et le 3e adjoint au maire de Port-Gentil, Mme Odile Mboumba Mabamba, ont également fait entendre leurs voix. Peu avant que le Premier ministre ne procède à l'ouverture de la foire agricole et des consultations médicales.