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L’Afrique en proie à la déferlante chinoise

Les chinois sont partout en Afrique. Ils pourraient nous envahir davantage si nous ne faisons pas attention en décryptant méthodiquement les enjeux. Deuxième consommateur de pétrole après les Etats-Unis, la Chine courtise les pays producteurs d’Afrique qui fournissent 10% du brut mondial.
La Chine constitue des stocks considérables d’hydrocarbures faisant fortement grimper le prix du brut. Environ 40% de l’accroissement de la demande mondiale de brut depuis six ans est imputable au géant asiatique.

Avec un taux de croissance qui culmine à deux chiffres – autour de 10 à 12% -, l’Empire du Milieu doit, pour pourvoir à ses énormes besoins, diversifier ses fournisseurs de pétrole tout en limitant sa dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient. Et l’Afrique apparaît comme une terre providentielle.
L’Afrique veut se développer , ce besoin de développement est devenu partout sur le continent une évidente réalité, et les chinois qui ont expérimenté et maîtrisé les enjeux du développement de leur marché intérieur, trouvent-là un intérêt certain.

L’immensité du marché africain, la diversité, la qualité et la quantité des matières premières générées, produites et exploitées sur le continent constituent une grande aubaine pour les chinois qui – semblent-ils -sont à l’entame de leurs réserves nationales de matières premières, surtout le pétrole.

L’offensive commerciale et le partenariat « gagnant-gagnant »

Hu Jintao le Président chinois n’hésite pas lui-même à fouler le sol africain lorsqu’il s’agit de pétrole et de grandes infrastructure. Presque tous les pays du continent ont reçu sa visite, surtout les gros producteur de pétrole : Algérie, Angola, Gabon, Guinée équatoriale, Nigeria, Soudan Tchad … où il n’hésite pas à présenter lui-même la base programmatique de la politique commerciale d’échanges économiques sino-africains, qui repose sur le principe du « gagnant-gagnant ».

Les Chinois sont venu en Afrique pour faire des affaires, de grandes affaires. Cette logique – de déplacement massif et d’envahissement de tous les secteurs clés de développement – tranche beaucoup avec celle autre connue du petit commerçant asiatique avec des produits d’une petite facture à qualité douteuse, véhiculée dans les années 70/80. Quoique, déjà dans les années 50/70, certaines réalisations de grandes qualités, tel que : les palais des congrès, les stades omnisports… avaient vu le jour dans certains pays – à orientation marxiste ou socialisant –, fruits d’une collaboration idéologique et de solidarité afro-chinoise.

Aujourd’hui, la réalité, sinon l’absolue logique est celle d’une politique d’expansion économique et d’hégémonie commerciale. Cette vision politiquement incorrecte, car amorale – qui est étranger au domaine de la morale et des droits de l’homme – ne s’embarrasse plus de la couleur politique pointée sous les cieux des marchés visés. Point de camaraderie militante, d’autrefois. Aujourd’hui, tous amis et solidaires devant l’impérialisme et les impérialistes occidentaux, coûteux avares, fouineurs et moralisateurs de surcroît.

Les exportations de la Chine vers l’Afrique sont en constante augmentation depuis 2004 – à près de 40%, et ses importations bondissent de 81%, selon les statistiques chinoises. En 2005, le volume total des échanges atteint 37 milliards de dollars, près de 700 entreprises chinoises sont désormais implantées sur le continent africain faisant appel à 100 000 expatriés. La Chine impose ses produits manufacturés à bas prix, sa main d’œuvre pour des politiques de grands travaux, mais surtout elle sait se montrer un client peu soucilleux dès qu’il s’agit d’achat de pétrole ou autres matières. Ses partenaires sont souvent des pays en délicatesse avec les institutions internationales.

La Chine a compris que l’Afrique a besoin d’assistance technique généreuse et silencieuse, des infrastructures essentielles à son développement.

Oui l’Afrique enclavée et l’Afrique émergente ont besoin de routes, d’aéroports, de ponts, de stades, de palais de culture, d’écoles et d’hôpitaux bon marché et solides. Et les chinois s’ y attellent discrètement et avec efficacité. Experts, techniciens et ouvriers sont ainsi débarqué par dizaine de milliers – dans une frénésie d’exode stratégique, répondant à une succession de contrats pour éviter un retour immédiat et prématuré de la main d’œuvre – ; des travailleurs sans foi ni loi, prêts à tout, dormant à même le sol sur leur lieu de travail ou n’importe où dans la nature.

Co-prospérité, motus et bouche cousue

Des bâtisses et ouvrages solides et simples mais répondant aux normes internationales, avec une inspiration stylistique moyenne pour la plupart, mais toujours au dessus de la capacité de conception locale.
Il n’y a pas que la technologie et la discipline chinoises qui sont appréciée des gouvernants africains. Il y a aussi que dans cette intelligence technologique, d’aucuns ne veulent s’embarrasser des questions liées aux droits de l’homme – un sujet tabou pour les autorités chinoises, mais aussi pour certains Chefs d’Etat africains, pas tous heureusement -. Ici, le «ne me demande pas comment je traite mes gens, et je me tairai aussi sur la manière dont tu te conduis avec les tiens», semble être la règle d’or du sino-business. Mais ce n’est pas la seule.

L’Afrique aime traiter avec la Chine parce qu’elle propose, en plus d’une aide directe et discrète, les démarches les mieux adaptées aux réalités tropicales et des contrats raisonnables. Et surtout que d’aucun n’aient la faiblesse de penser que tout cela est désintéressé et gratuit, autrement, ce ne sera plus du business, n’est-ce pas ?
La construction d’un pont, une route, une école, un hôpital… doit-elle s’accompagner d’un bail emphytéotique, pour une exploitation in fine de nos ressources ? Un pont, une route, une école, un hôpital, cela correspond à combien de barils de pétrole par jour et sur combien d’année ?

Doit-on accepter la « déprotection » de nos petites industries et commerces, sous le seul credo d’un déversement sans précédent de produits moins chers et de qualité douteuse sur nos marchés intérieurs ? Et le tout au détriment des industries locales, du petit commerce de proximité et surtout de la communauté nationale entière, tant le droit de douane –TEC : tarif extérieur commun – exigé ou défini – dans une intelligence d’intégration régionale – est ridiculement acceptable pour nos propres ambitions de développement.

Nos partenaires chinois utilisent avant tout une main d’œuvre locale, sans borne ni limite. Les détenus et prisonniers de tout acabit sont misent à contribution, dans le processus de fabrication qui refuse la sous-traitance sous toutes ses formes.
Au lieu d’importer des salariés, il ne serait pas plus bénéfique pour l’Afrique, dans la logique du gagnant-gagnant d’en recruter dans les pays africains, qui ont eux aussi une main d’oeuvre à perfectionner et à occuper ?

N’est-ce pas ici le cas de parler de péril jaune, après avoir critiqué l’esprit paternaliste et post-colonial, et à une grande mesure l’arrogance de nos partenaires traditionnels occidentaux ? Alors même que ferment et meurent nos petites industries et commerces de proximité – au Cameroun, au Gabon, en Côte-d’Ivoire, au Sénégal, au Bénin, au Togo… – incapables de se défendre économiquement contre de nouveaux partenaires – devenus eux aussi engeance pour nos besoins vitaux – parce que exigeant des accords et agréments scélérats.

Les chinois ficèlent assez rapidement les projets de développement à eux soumis, et surtout sans morale ni leçon : démocratie ou bonne gouvernance. Ce qui compte le plus c’est la faisabilité et la viabilité des projets.
Mais ce brutal et inquiétant appétit de Pékin, ne nous fait-il pas déjà regretter les exigences des organisations des droits de l’homme, dans les pays occidentaux, qui contraignent et dénoncent l’absence des critères éthiques et des principes de bonne gouvernance dans l’établissement des partenariats entre leurs Etats et les pays africains ?

Le véritable enjeu d’une co-prospérité ne réside t’il pas dans le transfert de technologie ? Que gagne réellement l’Afrique dans ces échanges avec la Chine, si ce n’est que la livraison clé en main d’ouvrages – dont les pièces sont préfabriquées et juste montées sur place -, dont la réalisation crée de graves pénuries sur le plan national et sous-régional, par exemple le ciment et l’énergie qui se rarifient partout en Afrique?

source: La nouvelle tribune (Bn) 


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