Socialisez

FacebookTwitterRSS

Côte d’Ivoire : les rebelles réclament leur part du gâteau

Auteur/Source: · Date: 18 Avr 2011
Catégorie(s): Afrique

C’est un fantôme qui a hanté Abidjan ces dernières semaines. Un ennemi légendaire de Laurent Gbagbo, qui pourrait bien troubler le sommeil du président Alassane Ouattara. Pour avoir été l’un des pères de la rébellion en 2002, son nom est célèbre dans toute la Côte d’Ivoire : Ibrahim Coulibaly, plus connu sous le pseudonyme de “IB”. Après dix années d’exil en France, IB est revenu. C’était un mois avant les élections, “parce que je savais que les choses allaient se gâter”, explique-t-il.

Pendant des semaines, il a, tapi dans l’ombre, harcelé les forces de sécurité de l’ancien régime, à la tête d’un mystérieux groupe, le “commando invisible”. Pour rencontrer IB, il faut s’enfoncer dans Abobo, quartier nord d’Abidjan, fief des pro-Ouattara, passer les multiples barrages que contrôlent ses hommes, et pénétrer dans PK 18, l’un des secteurs de la commune où “le Général”, comme l’appellent ses hommes, a établi son QG. Flanqué d’une partie de ses “officiers”, dont le mutique colonel Bauer, il revient sur les combats des semaines passées : “C’est nous qui avons sauvé Abobo du massacre programmé par Laurent Gbagbo. Au début nous n’étions que 50 officiers puis des membres des FDS [Forces de sécurité, loyales à Gbagbo] et des centaines de volontaires nous ont ralliés.”

Mais maintenant, le “commando invisible” a-t-il encore une utilité ? “Le gouvernement n’a encore rien fait pour Abobo, explique-t- il. Nous, nous distribuons de la nourriture, faisons en sorte que les hôpitaux rouvrent.” IB organise donc un contre-pouvoir à l’intérieur d’Abidjan. Et estime qu’Alassane Ouattara doit désormais compter avec lui. “Le pouvoir doit prendre de la hauteur et considérer l’ensemble des forces en présence, dont nous faisons partie. Moi, bien sûr, je peux déposer la tenue et partir. Mais, mes petits, là, vous croyez qu’ils peuvent s’en aller comme ça ? Ils vont être difficiles à déloger.” IB revendique 5.000 hommes sous ses ordres. “Sans doute peut-on enlever un 0”, corrige un observateur européen. “Mais il a un pouvoir de nuisance certain.”

Bakchich au barrage, trafic à la pompe

Pour Alassane Ouattara, voilà sans doute le prix à payer pour sa victoire finale sur Laurent Gbagbo, il y a six jours. L’option militaire, tant de fois repoussée, a finalement livré Abidjan aux “corps habillés”. Ce sont principalement les anciennes Forces nouvelles venues du nord du pays et aujourd’hui intégrées dans les FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire) qui ont investi la ville. Des troupes qui, depuis 2002, vivent en quasi-autonomie, avec, à leur tête, des commandants de zone (“comzones”) qui n’ont pas toujours fait preuve d’une grande obéissance à l’égard du politique. À côté, ont aussi émergé des groupes autonomes, comme celui de IB, qui veulent être payés de leur engagement dans la bataille d’Abidjan.

En réponse, Patrick Achi, porte-parole du gouvernement, n’offre pour l’instant que l’intransigeance, au risque de faire monter la tension : “Si IB veut agir, il n’a qu’à s’engager en politique. Mais il faut qu’il comprenne : le temps des militaires est aujourd’hui terminé.”

Une affirmation difficilement crédible lorsqu’on parcourt la capitale économique ivoirienne. Certes, comme le répètent les représentants du régime, toujours terrés au Golf Hôtel, la vie reprend son cours. Un peu. Et seulement dans certains secteurs, principalement au sud. Hier, le quartier d’affaires du Plateau était toujours désespérément désert et arpenté essentiellement par des FRCI. Même situation à Cocody, la zone chic. À Yopougon, plus au nord, c’est pire : des milices pro-Gbagbo continuent de sévir.

Sur les grands axes routiers, à côté des quelques taxis, ce sont surtout des pick-up chargés d’hommes armés de kalachnikov ou de lanceroquettes, vêtus de treillis dépareillés, que l’on croise. Ce sont ces hommes- là, pas forcément avenants, qui composent la nouvelle armée de Côte d’Ivoire et assurent la sécurité dans la ville. Ce sont eux qui contrôlent la plupart des barrages, où parfois certains réclament leur bakchich. Eux aussi qui ont réquisitionné les rares stations-service qui ne sont pas à sec. Certains soldats y revendent en douce le gasoil aux civils…

Mécaniciens et ferrailleurs

“Il va falloir qu’ils abandonnent ces pratiques, témoigne un observateur européen. Jusqu’à ces derniers jours, ils se sont livrés à des pillages.” Un peu d’ordre semble avoir été instauré depuis. Des patrouilles mixtes mélangeant soldats français de la force Licorne et FRCI ont également été organisées. “Nous, la population nous connaît, assurait hier un gendarme français en mission dans le sud de la ville. Circuler ensemble, cela permet de faire comprendre que ce sont eux les dépositaires de l’autorité publique.”

Cela sera-t-il suffisant pour instaurer la confiance entre une population d’Abidjan qui a voté majoritairement pour Gbagbo et des militaires qui, depuis dix ans, ont juré sa perte ? “Le mieux serait que les gendarmes et les policiers reviennent rapidement sur le terrain”, explique un diplomate occidental. Sauf que certains policiers ont soutenu le précédent régime et ont peur des représailles. “Les ambiguïtés ont été levées, la situation va se régler dans les prochains jours”, assure pourtant un proche de Guillaume Soro, Premier ministre et ministre de la Défense. En attendant, l’organisation sécuritaire est loin d’être au point.

Autre quartier, même confusion. Au commissariat du 31e secteur, en zone 4, au sud de la ville , c’est Mohamed Touré qui a pris le contrôle du bâtiment. L’homme affirme faire partie des forces spéciales. Mais ses subordonnés le reconnaissent : ils n’ont pris les armes qu’il y a quelques semaines. Pour plus de crédibilité, ils se sont donné le nom de MLAS (Mouvement de libération d’Abidjan Sud). Ils savent pourtant que leur avenir ne s’écrit pas dans ce commissariat. “Mais on ne peut pas retourner chez nous, s’inquiète Sindou, un mécanicien. Les miliciens de Gbagbo ne sont pas tous partis et risquent de se venger.”

Chez les “petits” de IB, on s’interroge aussi sur l’attitude à tenir dans les mois à venir : “Mon magasin a été brûlé, affirme Saissa Konaté, auparavant ferrailleur et qui tient désormais l’un des barrages d’Abobo, où il arrive à récolter quelques centaines de francs CFA par jour. Je n’ai plus rien. Qu’est-ce que je vais faire si je pars d’ici ?” Un programme de démobilisation a été annoncé par les autorités. Ces militaires sans avenir y seront-ils sensibles ? “Nous voulons bien lâcher les armes, admet Daouda, 36 ans. Mais nous avons offert notre poitrine pour la Côte d’Ivoire. Pour ça, il faut que le président Ouattara nous récompense.” Dans sa main, il agite un kalachnikov pris à l’ennemi. Une arme qui assure pour l’instant sa survie. Mais qui complique le futur immédiat de la nouvelle Côte d’Ivoire.

Par Antoine Malo, envoyé spécial – Le Journal du Dimanche


SUR LE MÊME SUJET
CAN 2012. Drogba et la Côte d’Ivoire assurent leur entrée face au Soudan (1-0)
Empruntée et timorée, la Côte d'Ivoire, l'une des grandes favorites de la CAN-2012, n'a pas spécialement brillé pour ses débuts dans la compétition mais a assuré l'essentiel en dominant le Soudan grâce à un but de Didier Drogba (1-0), dimanche à Malabo (groupe B). Après l'exploit des Zambiens face aux Sénégalais (2-1), samedi, les Eléphants peuvent au moins se dire qu'ils se sont évités une bien mauvaise surprise face à l'une des formations les plus faibles de la Coupe d'Afrique. Mais leur prestation a de quoi laisser perplexe alors qu'ils font figure de prétendants sérieux à la victoire finale. Si cette ...
Lire l'article
Sur décision de la municipalité de la commune d’Owendo, les commerçantes du petit marché dit « des rails », à proximité de la gare de la société SETRAG, dans le quartier Akournam II, sommées de déguerpir de ces lieux, réclament leur indemnisation avant de libérer le site qui va recevoir la construction d’un marché municipal. Installées sur les lieux depuis plusieurs années, les commerçantes sommées de libérer le site devant abriter le nouveau marché municipal, réclament une indemnisation pour leur permettre de s’installer ailleurs, en attendant ce nouvel édifice. Invitées à prendre part à une concertation mercredi dans le cabinet du ...
Lire l'article
Les jeunes du Cap Santa Clara, localité à une trentaine de km au nord de Libreville, ont réclamé l'électrification de leur contrée, avant la 28ème Coupe d'Afrique des nations (CAN) de football dont le coup d'envoi sera donné dans six mois au Gabon et en Guinée-Equatoriale, les deux pays organisateurs. A l’occasion d’une réunion mercredi dernier, les jeunes du Cap Santa Clara ont demandé au président Ali Bongo Ondimba de se saisir lui-même du dossier de l’électrification de leur localité. "Nous voulons l’électricité. Cela fait plusieurs années que nous soumettons cette revendication à nos responsables politiques et administratifs. Mais rien n’est ...
Lire l'article
Deux leaders des syndicats de la mairie de Libreville, Alexandre Nzengui et Olui Nzué Memine, qui ont purgé six mois de prison réclament le paiement de leur salaire et la régularisation de leur situation professionnelle, ayant été blanchis par la justice, a appris l’AGP. ‘’Le rendu de la justice nous a blanchis, ce qui prouve que nous n’avons jamais fait ce qui nous est reproché’’, a expliqué l’un d’eux. ‘’Cela fait plus de neuf mois que nous sommes sans salaire et nous ne comprenons pas, alors que le contentieux que nous avions avec le maire a été vidé ...
Lire l'article
Après avoir purger une peine de prison pour destruction de biens et subtilisation de corps humain (après la mort d’un agent municipal il y a quelques mois) alors qu’ils défendaient de meilleures conditions de travail et un meilleur traitement des agents municipaux, les leaders syndicaux, Alexandre Nzengui, président du Syndicat des agents de la mairie de Libreville (SYAML) et Olui Nzué Memine, secrétaire général de l’Action pour le renouveau municipal (ARM) seraient jusqu’à ce jour, privés de leur salaire et ce, depuis la date de leur arrestation. « Cela fait plus de 9 mois que nous sommes sans ...
Lire l'article
Côte d’Ivoire: les conflits ethniques à leur apogée‎
Un centaine de corps a encore été retrouvée dans l'Ouest de la Côte d'Ivoire, notamment à Duékoué, qui symbolise les conflits ethniques, religieux et raciaux qui ont jalonné l'histoire du pays. Là-bas, crise politique ivoirienne et crise inter-communautaire ne font qu'une. Marie Desnos - Parismatch.com Des cadavres découverts par dizaines ces derniers jours, par centaines ces deux dernières semaines. Selon Rupert Colville, porte-parole du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève, 15 cadavres ont été trouvés à Duékoué jeudi, ainsi qu’une soixantaine à Guiglo et une quarantaine à Bloloquin. En somme, plus d’une centaine de corps ont été repérés par ...
Lire l'article
Le braconnage des éléphants, chassés pour leur ivoire, aurait atteint des proportions démesurées dans la réserve de Minkébé, dans le Haut-Ivindo. Selon un rapport mission binationale Gabon-Congo, des hommes d’affaires camerounais et gabonais seraient les cerveaux tête de ce réseau. La réserve de Minkébé, dans le Haut-Ivindo, zone transfrontalière avec le Cameroun, est sous le joug d’un réseau de braconniers très intéressés par l’ivoire des éléphants, a révélé le rapport Tri- nationale Dja-Odzala-Minkébé (Tridom) de la mission binationale Gabon-Congo, menée avec la collaboration du programme DFC/WWF-Minkébé. Selon le chef de brigade de faune de Minkébé-Est, le commandant Jean Samuel Edzang Obame, ...
Lire l'article
La rencontre de la troisième journée des matchs de poule dans le groupe A, opposant le Sénégal à la Côte d’Ivoire, pays hôte, pour le compte de la 1ère édition du Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) de football des joueurs locaux, s’est achevée sur un score de parité, 0 but partout. Le pays organisateur sort de la compétition avec 4 buts encaissés pour 0 marqué. Ce résultat confère, pour l’heure à l’équipe ivoirienne, les titres de défense la plus faible et la plus perméable du tournoi et son attaque la plus faible de la compétition. Les Ivoiriens sortent de ...
Lire l'article
Karl Steinacker est coordinateur du Haut Commissariat aux réfugiés pour la zone est de la République démocratique du Congo. Quelle est la situation actuelle à Goma ? Dans la ville, la situation est calme, la circulation est normale, les boutiques et les écoles sont ouvertes. Mais c'est difficile de vous dire ce qu'il se passe dans les alentours, parce que les humanitaires sont coincés à Goma depuis des semaines. Nous n'avons pas de détails des combats. Mais les camps de réfugiés dans la zone [tenue par le] CNDP [Congrès national pour la défense du peuple, rebelles] sont vides et abandonnés. Les déplacés ...
Lire l'article
Les élèves du lycée public de Diba – Diba, situé dans le 1re arrondissement de la commune de Libreville, confrontés aux difficultés de voies d’accès, ont réclamé vendredi au gouvernement une route praticable en toutes saisons menant à leur établissement. L’unique voie d’accès non bitumée menant au lycée de Diba – Diba se trouve actuellement dans un état de dégradation très avancée. La route est boueuse avec de nombreuses crevasses aggravées par le retour des pluies depuis le mois de septembre. Les rares taxis « clando » qui l’empruntent, ont majoré leur tarif qui passe de 200 à 300F CFA en dépit des ...
Lire l'article
CAN 2012. Drogba et la Côte d’Ivoire assurent leur entrée face au Soudan (1-0)
Les commerçantes du petit marché d’Akournam II sommées de déguerpir, réclament leur indemnisation
Les jeunes du Cap Santa Clara réclament l’électrification de leur contrée avant la CAN 2012
Deux leaders syndicaux de la mairie de Libreville réclament le paiement de leur salaire, après six mois de prison
Société / Après leur incarcération, les leaders syndicaux de la mairie réclament leurs salaires
Côte d’Ivoire: les conflits ethniques à leur apogée‎
Gabon : Minkébé se vide de son ivoire
Côte d`Ivoire: CHAN 2009 / La Côte d’Ivoire et le Sénégal se neutralisent au terme du dernier match de poule
RDC : “Les rebelles ont donné des consignes pour ne pas voir de foules de déplacés”
Gabon: Les élèves du lycée Diba – Diba réclament une route praticable pour désenclaver leur établissement

Votez cet article (Cliquez les étoiles · 1 = mauvais - 5 = excellent)
1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Aucun vote pour le moment)
Loading...

Auteur/Source: · Date: 18 Avr 2011
Catégorie(s): Afrique
Fil RSS 2.0 · Commentaires/Trackback autorisés

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*