Bongo se moque du Gabon3 août 1999
Les dernières mesures gouvernementales visant à réduire de 8 à 15% les gros salaires des hauts fonctionnaires gabonais résonnent dans la plupart des esprits comme une moquerie supplémentaire qui, encore une fois, prend le peuple gabonais pour le dindon éternel de la farce bongoïste.
C'est effectivement se moquer éperdument des Gabonais que de proposer une baisse aussi faible des gros salaires. En effet, que peuvent bien représenter une baisse de 8 à 15% dans les gros salaires de nos hauts fonctionnaires dans la marre de dépenses qui étouffent le système gabonais actuel?
Une pacotille!
En réalité, le système Bongo est tout simplement, encore une fois, en train de faire du pied au FMI et à la Banque Mondiale pour leur montrer qu'il fait des efforts de restructuration. Il s'est en effet rendu compte que ces deux institutions ne sont pas près de lui donner l'argent dont il a besoin pour endetter encore un peu plus le Gabon. Comme on le sait déjà, le but de Bongo n'est point d'assurer un investissement productif de l'argent emprunté, mais plutôt la survie de son propre régime par la CONSOMMATION pure et simple de l'argent acquis par la dette. Ainsi, chaque année, le pays serait condamné à végéter dans la dépendance et l'endettement continue au lieu de chercher les voies et moyens pouvant mener à l'élimination progressive du besoin d'endettement.
Il n'échappe donc aujourd'hui à personne que le Gabon ne pourra point de sitôt répondre aux critères d'allègement de la dette dont ont bénéficié des pays comme la Côte d'Ivoire ou le Cameroun. D'abord parce que son revenu par habitant en termes de PIB/PNB est estimé entre 3000 et 5000 dollars US, alors qu'il faut se situer au plus à 800 dollars US par habitant pour pouvoir bénéficier de l'annulation de la dette (Lettre du Continent, n°333 du 15/07/99). Ensuite parce que la mauvaise volonté des dirigeants gabonais est de plus en plus mal perçue par les divers bailleurs de fonds. A cause de cela, le coût des crédits accordés au Gabon a été fixé à des taux d'intérêts prohibitifs par rapport à ses voisins. C'est ainsi que, de l'avis même du directeur général de l'économie Luc Oyoubi, le Gabon est obligé d'emprunter à des taux d'intérêt de 8%, alors que des pays comme la Côte d'Ivoire et le Cameroun obtiennent des taux plus avantageux de 2% (Jeune Afrique No. 2009, 13-19 juillet 1999, p. 46).
Cette mesure de réduction des salaires entre donc, comme nous le disions plus haut, dans le cadre de la tentative d'amadouement des créanciers et banquiers internationaux par le gouvernement Bongo. Mais personne n'est dupe car ce que les Gabonais et la plupart des institutions internationales attendent de Bongo s'articule autour d'au moins deux conditions explicites ou implicites:
1) DEMOCRATISATION
Les institutions internationales voient d'un mauvais oeil le fait que le système Bongo utilise l'argent de l'état à $es fins personnelles dans le contexte de campagnes électorales et autres malversations. La banqueroute actuelle du Gabon est, en grande partie, due à cela puisque Bongo s'est largement servi dans les caisses de l'état pour assurer, le 6 décembre dernier, une réellection à l'américaine qui n'avait d'américain que les sommes dépensées, et non point l'esprit démocratique. Bongo se retrouve donc aujourd'hui quelque peu acculé puisque, après avoir utilisé la baisse des cours du pétrole comme argument de justifi#ation d'emprunts supplémentaires, sa situation d'aujourd'hui reste intenable. Les cours du pétrole sont remontés aujourd'hui à un niveau proche de celui de 199(, mais malgré les recettes additionnelles que cela a entraîné, la situation du Gabon ne s'est pas améliorée. Le gouvernement Bongo en est même venu à souhaiter que les cours du pétrole restent bas car une hausse supplémentaire éloignerait pour toujours la chance du régime de pouvoir un jour bénéficier de plus de mesures d'allègement. Le fait que la remontée des cours du pétrole n'ait pas amélioré la situation du Gabon montre donc que les problèmes du Gabon sont structurellement liés à la mauvaise gestion chronique du pays, et non aux cours du pétrole per se. Il va sans dire que les institutions créancières savent que, dans un contexte plus démocratique, aucun président n'aurait le droit d'utiliser l'argent du pays à des fins personnelles. Le fait que Bongo soit chaque jour impliqué dans des affaires de corruption telle que celle rapportée par Le Monde (28-29 juillet 1999) n'est pas pour arranger les choses de Bongo à un moment où il a besoin de garder profil bas.
2) BONNE GOUVERNANCE ET BAISSE DU TRAIN DE VIE DE L"ETAT
L'autre élément important que le gouvernement gabonais perd de vue est que l'application de mesures purement cosmétiques telles que celle de l'annonce d'une baisse de 8 à 15% des salaires des hauts fonctionnaires ne contribuera point à la remise en état du pays. Le train de vie actuel de l'état est tellement dépensier que cette mesure sera perçue, forcément, comme une goutte d'eau dans la marre des dépenses courantes de l'état. A ce titre, Bongo ne sera pas capable de motiver la générosité des créanciers du Gabon:
a) tant que les ministres gabonais gagneront, comme salaire mensuel, trois fois plus que le salaire du président américain. Si le Gouvernement Bongo était sérieux, il ramènerait le salaire MOYEN des ministres de 32 millions de CFA (ce n'est là qu'une moyenne car il y en a qui gagnent plus) à 3 millions de CFA. Notez qu'un salaire de 3 millions par ministre serait encore, et de loin, plus élevé que celui de pays comme le Burkina Faso, le Togo ou le Bénin. Or, ces pays sont beaucoup plus peuplés que le Gabon.
b) tant que Bongo continuera à cacher le montant réel de son salaire. Bongo lui-même doit également subir une réduction de salaire qui le délesterait des centaines de millions de FCFA qu'il enlève chaque mois à l'état en guise de salaire et de traitements divers qu'il s'est auto-octroyés au fil des années, pour se retrouver à 3 millions et demie ou 4 millions. Comme le président américain, il devrait payer sa propre nourriture pour nourrir sa famille et cesser d'utiliser les biens de l'état à des fins personnelles. En plus, sa tutelle sur le ministère des finances doit être levée et passée à l'Assemblée Nationale. Ainsi, l'on éviterait des sorties d'argent dont personne ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants.
c) tant que les dépenses diverses de l'état ne seront pas réduites. Une telle réduction voudrait que l'on supprime l'allocation incontrôlée de voitures de fonction aux ministres et autres cadres de l'administration en limitant cette allocation à une voiture de fonction par membre, que l'on laisse chaque ministre ou cadre payer 50% de son loyer tout en établissant un seuil de contribution de l'état, que chaque membre puisse lui-même régler ses dépenses de téléphone, d'électricité et autres, que l'on fasse une claire distinction entre les frais de voyage couverts par l'état pour des raisons de mission, et les frais de de voyage personnels qui, eux, doivent être à la charge du voyageur. En gros, il faut que l'on supprime, de manière RADICALE, toutes les fissures salariales et autres par lesquelles fuit le revenu de l'état.
d) tant que la corruption sapera tous les efforts potentiels qui pourraient être entrepris dans la purification des méthodes d'administration du système Bongo. Au Gabon aujourd'hui, la pratique de la corruption a atteint des proportions telles que le Nigeria et la Russie apparaissent comme des enfants de choeur par rapport au système malsain qui prévaut au Gabon. Or, plus que tout autre élément, une corruption incontrôlée crée des système mafieux qui finissent par détruire le tissu même de l'économie. Or, Bongo a toujours encouragé les pratiques corruptives dans un pays où lui-même demeure le parfait exemple d'un leader corrupteur et corrompu qui ne recule devant rien pour atteindre ses objectifs de préservation du pouvoir.
La réduction globale et significative des dépenses de l'état est quelque chose que tout gouvernement responsable se doit de prendre au sérieux. Au Gabon, Bongo semble prendre les Gabonais pour les dindons de sa farce vieille de 32 ans. Il croit encore les Gabonais assez naïfs pour saluer comme cela une mesure trompe-l'oeil dont le cosmétisme maladroit n'arrive point à cacher l'horreur qui se cache derrière le maquillage. Aujourd'hui, le Gabon n'a plus envie de rire. Bongo se croit encore dans un cirque alors que personne ne veut plus applaudir. Ces mesures fantaisistes sont donc une insulte faite à l'intelligence des Gabonais.
Car, en fin de compte, Bongo se fout éperdument de ce que peuvent bien penser les Gabonais. Son problème c'est qu'il veut des sous de la part des bailleurs de fonds. Avec cette réduction FICTIVE et ridicule des salaires des membres du gouvernement, Bongo veut montrer sa bonne volonté, non pas aux Gabonais à qui il la doit, mais plutôt à ceux de l'extérieur qui ne veulent pas lui prêter de l'argent.
Avec ce geste, Bongo dit aux Gabonais qu'il n'a aucun compte à leur demander car son soucis c'est d'endetter encore plus le pays en vue de faire survivre son régime. Ainsi, si le FMI et la Banque Mondiale se décidaient enfin à l'aider, il serait sauvé et plongerait le pays dans le fossé d'une dette grandissante qui demanderait 200 ans à être remboursée vu que l'accumulation actuelle des arriérés de dette montre l'incapacité du gouvernement à rembourser ce qu'il doit déjà. Comment alors comprendre que l'on veuille endetter un peu plus le pays alors que l'on ne peut déjà pas assurer le service de la dette dans le cadre des emprunts précédents?
Le problème pour les Gabonais, malheureusement, est que dans moins de 10 ans, ils n'auront plus de pétrole. De plus, à un moment où la plupart des compagnies pétrolières ont réduit leurs dépenses d'exploration au Gabon, préférant se détourner vers des pays plus prometteurs comme le Congo Brazza et l'Angola, le Gabon n'aura jamais le temps de se refaire une santé socio-économique avant le désastre de la fin de l'époque pétrolière prévue pour dans dix ans. Or, vu que l'après-pétrole n'a jamais été préparé au Gabon, l'on se demande sur quels horizons houleux notre pays va échouer.
Les cinq à dix années qui viennent sont donc pour le Gabon la seule possibilité de redressement qui reste. Avec Bongo et son équipe de cleptocrates toujours en place, le Gabon ne verra jamais les beaux jours du renouveau poindre à l'horizon.
Voilà pourquoi Bongo doit partir.
Dr. Daniel Mengara
Coordinateur
BDP-Gabon Nouveau.