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Sujet: "Une question sur la constitution gabonaise"     Précédente | Suivante
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Conférences L'arbre à palabres politiques Discussion 409
Discussion 409
Dhalys
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22-déc-01, 12h05  (Heure de: New Jersey)
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"Une question sur la constitution gabonaise"
 
   Cette question s'adresse à notre Dr. Mengara et autres
spécialistes du droit constitutionnel gabonais.

Un Président en exercice doit-il réclamé l'attribution
d'une partie du capital ou être actionnaire d'une
entreprise installée au Gabon ou à l'étranger?

Nous savons très bien, cher Docteur, le risque que celà
comporte dans un pays à savoir l'attribution aléatoire des
marchés donc le favoritisme; des pressions, l'intimidation,
le chantage parfois les bastonnades sur les partenaires qui
refusent de faire allégeance au chef d'Etat et à son
entourage.

Une fois l'entreprise sous contrôle du Président, la
plupart des marchés de l'Etat lui sont reservées; les
entreprises contrôlées en grande partie ou totalement par
Bongo traitent prèsque exclusivement et aux seuls prix
indiqués par lui.

Dans le contexte de recrutement de hauts cadres, ne peuvent
être ambaucher que les Gabonais ayant la recommandation de
Bongo ou de son entourage. Cette situation peut entrainer
le départ de plusieurs entreprises génératrices d'emplois.

Pendant que l'Etat gabonais continue à s'endetter
lourdement; Bongo et son entourage en même temps, font de
bonnes affaires.

Cette pratique sous d'autres cieux s'appelle la MAFIA.

Voici quelques sociétés contrôlées en totalité ou en
participation par Bongo dans Affaires Africaines de Pierre
Péan édition Fayard.

SOACO, Sciages industrielles de la LOWE, Savonnerie du
Gabon, chimie du Gabon,
SOGEMAT,SOMATEM,SOGI,SOGADI,SOGADEX,SOCOBA,Air service,Air
affaires, UGB, assurances générales gabonaises, omnium
gabonais, société gabonaise de service, ADG,
SOGANET,SETEG,Union gabonaise de travaux...

J'en passe. Pierre Péan mentionne que bien plus la liste de
ces sociétés, ce qui impressionne, c'est la quantité de
capitaux et le montant des investissements qu'il a bien
fallu que Bongo trouve quelque part; les chiffres parles
d'eux-même.

A cela, on peut ajouter les propriétés bâties ou non, les
hôtels, les restaurants, les boutiques. Bongo possède 50%
des terrains lotis et viabilisés. Dans les meilleurs
quartiers de L/ville, il peut en posséder le totalité,
c'est le cas de la batterie 4, à guégué, il s'est même
reservé les anciens terrains de l'ASECNA vers le cap
Estérias, l'ensemble des terrains en bord de mer.

Bongo ne se contente pas de l'accaparement des terrains,
c'est aussi le plus grand spéculateur foncier du pays. Les
entreprises privées ne sont pas ses seules victimes, les
missions diplomatiques, les organismes inter-Etats, voire
les organismes sociaux tel que la caisse nationale de
sécurité passent par les conditions imposées par Bongo.

Même l'ambassade du Gabon à Paris est la propriété de
Rawiri et Bongo, si bien que les ministère des Affaires
étrangères et de Finances sont censé payer un très lourd
loyer.

En somme, cher Mengara, Bongo s'est substitué à l'Etat.

Je reformule ma question: notre constitution prévoit-elle
une telle disposition pour faire d'un Chef d'Etat un homme
d'affaires ou dans le cadre de CIGASANA , avez-vous pensé à
cette éventualité pour que les futurs dirigeants du Gabon
ne se substituent pas en bande de MAFIEUX?


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  Sujet     Auteur     Posté le     ID  
  RE: Une question sur la constitution gabonaise Noel 22-déc-01 1
  RE: Une question sur la constitution gabonaise Dr. Mengarateam 22-déc-01 2

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Noel
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Auteur de: 50 messages sur ce forum, Evaluez ce membre
22-déc-01, 12h17  (Heure de: New Jersey)
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1. "RE: Une question sur la constitution gabonaise"
En réponse au message #0
 
   Je dirais même plus... Les ministres et les fonctionnaires aussi ont
leurs entreprises. On pourrait appeler cela "prise de participation
illégale". D'ailleurs pourquoi croyez-vous qu'il n'existe toujours aucun
décret d'application pondu par le Gouvernement après la Loi n°3/94? Alors
que l'article 380 de la même loi donnait un délai maximum de 18 mois
après promulgation (Soit date limite = juillet 1996!) pour rédiger et
publier les dits textes réglementaires...
Eh bien, parce que nos ministres sont aussi des patrons! Pourquoi il y a-
t-il des bars à proximités des écoles alors que c'est interdit? Toujours
parce que des ministres ont aussi des bars qui ne sont pas toujours en
règle!
On pourrait faire une liste de tout ça, mais ce serait long!

Le Gabon, un état de droit dans lequel tout va de travers...

Noël


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Dr. Mengarateam
Membre doyen
Auteur de: 5 messages sur ce forum, Evaluez ce membre
22-déc-01, 12h40  (Heure de: New Jersey)
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2. "RE: Une question sur la constitution gabonaise"
En réponse au message #0
 
   Cher ami Edou,

Je vous remercie pour cette importante question. Et puisque vous me la
posez de manière directe, je vous répondrai donc de manière technique
dans les lignes qui suivent.

Je voudrais cependant lever une petite équivoque quant à mes
compétences. Je ne suis nullement spécialiste du droit constitutionnel
gabonais. Mais parce que je pense qu'il est du devoir de tout citoyen
gabonais de connaître ses droits, et du devoir d'un Etat qui se veut
démocratique d'informer le citoyen quant à ses droits, je me suis attelé
de manière personnelle à la lecture assidue de ce petit document de loi
fondamentale qu'est la constitution gabonaise.

Ce que l'on apprend, quand on prend le temps de lire les quelques pages
de notre constitution jusqu'au bout, est assez édifiant et donne une
tout autre vision de la chose politique chez nous, tout en rendant toute
discussion beaucoup plus fructueuse car se construisant sur des bases
concrètes.

La réponse à votre question est à la fois simple et complexe. Cependant,
elle trouve explication dans la constitution gabonaise elle-même.
L'article 14 de la constitution gabonaise actuelle dit en effet ceci:

"Article 14. - Les fonctions de Président de la République sont
incompatibles avec l'exercice de toute autre fonction publique et
l'activité privée à caractère lucratif."

Cette interdiction, si on en croit la constitution, est une interdiction
absolue. On voit qu'elle est absolue par le fait qu'il n'y a aucune
possibilité de contournement de cette loi, même dans le cadre d'une loi
organique car celle-ci n'existe pas. Et si elle existait quelque part,
elle serait en contradiction avec la constitution car la constitution ne
la reconnaît pas. Pour bien s'en rendre compte, comparons cet article à
l'article 32 qui définit les activités des membres du gouvernement:

"Article 32. - Les fonctions de membre du gouvernement sont
incompatibles avec l'exercice d'un mandat parlementaire. Une loi
organique fixe les traitements et avantages accordés aux membres du
gouvernement et énumère les autres fonctions publiques et activités
privées dont l'exercice est incompatible avec leurs fonctions."

Dans le cadre de l'article 32, on voit qu'il existe une loi organique
dont le but est de préciser les exclusions qui s'appliquent à cet
article pour ce qui est des fonctions des membres du gouvernement
(Premier ministre, ministres, etc.). Cette possibilité n'existe pas du
tout pour le Président de la république.

Au niveau de l'article 90, les mêmes exceptions existent quant aux
membres de la Cour constitutionnelle, mais pas pour le président de la
république:

"Article 90. - Les fonctions de membre de la Cour constitutionnelle sont
incompatibles avec toute autre fonction publique et avec toute activité
professionnelle privée, sous réserve des exceptions prévues par la loi
organique."

Ce que l'on comprend ici donc que:

- des lois organiques existent pour les membres du gouvernement et
précisent les diverses exclusions qui s'appliquent par rapport à
l'article 32.
- des lois organiques existent pour les membres de la Cour
constitutionnelle et précisent les diverses exclusions qui s'appliquent
par rapport à l'article 90.
- MAIS, il n'existe aucune loi organique reconnue par la constitution
qui permettrait au président gabonais de contourner l'article 14. Son
rôle, beaucoup plus que celui des membres du gouvernement ou des cours
de justice, doit être neutre car le président de la république doit
demeurer le garant neutre des libertés et droits des citoyens.

Evidemment, la difficulté d'expliquer les lois chez nous part du fait
que ces lois qui régissent la vie gabonaise aujourd'hui sont des lois
françaises basées sur l'histoire de la France. Nous n'avons pris le
temps ni d'abroger ni d'adapter ces lois selon nos besoins. Cependant,
en se rapportant à l'histoire de la France ou même à celle de
l'Amérique, on voit que les parrains de leurs constitutions, après les
expériences monarchiques des siècles précédents, avaient voulu rendre
impartial le Président de la république. Parce que son rôle en tant que
garant de la justice et de l'équité pour tous était sacré, il ne pouvait
souffrir d'aucun parti-pris. En lui interdisant l'activité privée à
caractère lucratif, la constitution voulait s'assurer que le président
ne deviendrait pas partie prenante dans des activités intéressées qui
lui feraient prendre position en fonction de ses intérêts personnels.
Ceci serait contraire au rôle de neutralité que le président doit jouer
dans un pays en tant que garant non seulement de l'équité, mais aussi en
tant que protecteur de l'état. Et qui dit Etat dit peuple et droits du
citoyen, car c'est le peuple qui donne sa légitimité à l'état et le
charge, par le contrat social qui les lie, d'assumer la protection et la
gestion des biens matériels et moraux du peuple de manière neutre.

Comme vous le dites, si un président dans un pays donné devient
actionnaire important (donc décideur) dans une entreprise privée, il
devient automatiquement parti-pris. Le jour où cette entreprise devient
l'objet d'une action légale de la part de l'état, on aboutit à une
situation où le président de la république serait en situation de
conflit avec cet état même qu'il est supposé représenter au nom du
peuple. Car, quand l'état commence une action légale à l'encontre d'une
compagnie, l'état le fait au nom du peuple. Dans la situation ci-dessus,
le président se retrouve non seulement en conflit avec l'état, mais
aussi avec le peuple puisque les lois du pays sont les lois du peuple.
Or, puisque le président a la charge de faire respecter les lois du
peuple, il se trouve incapacité quand il se retrouve aux deux poles de
la loi. Il serait alors surprenant qu'il se mette lui-même en prison si
l'état venait à établir des culpabilités qui remettent en cause son rôle
criminel dans une entreprise.

Voilà comment, au fur et à mesure, on aboutit à la mort de l'état de
droit et à l'émergence de la dictature puisque le président ne peut plus
agir que dans l'illégalité. Par ailleurs, le président se mettrait à
craindre la mise en place d'un état de droit, car un tel état voudrait
la suppression immédiate du président vu qu'il serait tout de suite
reconnu en situation d'illégalité.

Voilà pourquoi, il me semble, les constitutions de certaines nations
occidentales essaient d'interdire au président (et à toute personne dont
les fonctions publiques risquent de créer des conflits d'intérêts avec
des activités privées lucratives) toute prise de part dans des
compagnies privées, pour éviter ce type de conflits. Aux USA, si le
président était à la tête d'une compagnie donnée, il doit démissionner
et vendre ou céder ses parts pour éliminer ce type de conflit
d'intérêts. Il lui serait également interdit de faire quoi que ce soit
en tant que président pour favoriser son ancienne compagnie au niveau de
l'obtention des contrats d'état ou autres. Voilà aussi pourquoi l'idée
d'établir un montant de la fortune personne du président avant et après
la présidence est importante car cela permet de constater facilement les
enrichissements illicites.

Dans le cadre de la loi gabonaise, le fait que cet article soit vague
peut pousser un Monsieur comme Bongo à l'exploiter ou à le contourner.
Mais c'est une erreur grave car, en réalité, c'est ce vague de la loi
qui est intéressant. Il traduit l'absolu. Parce que rien n'est précisé,
on peut automatiquement supposer une interdiction totale faite à celui
qui occuperait le poste de Président de s'engager dans des activités
lucratives publiques ou privées, quelles qu'en soient la nature, LORS de
l'exercice de ses fonctions.

Sur la base de ce constat, je vous laisse juge du reste. Un certain
nombre de données existent sur notre site et sur beaucoup d'autres qui,
lorsque confrontées aux activités mercantilistes de Bongo au Gabon et à
l'étranger, jettent une lumière assez forte sur le statut légal ou
illégal de celui qui aujourd'hui se dit président du Gabon.

Je vous remercie.

Dr. Daniel Mengara


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