Modifié le 30-juin-00 à 01h16 (New Jersey)les défis de l'après-pétrole
par Kurt Cornelis (Union Europeenne)
Le Gabon est un pays qui est très généreusement doté par la nature. Les ressources forestières sont immenses: 80
% du territoire sont couverts par une forêt vierge qui contient des espèces très appréciées dans le monde
industrialisé. Les réserves minérales y sont importantes bien qu'une grande partie n'ait pas encore été mise en
exploitation. De plus, l'eau est partout présente au Gabon, ce qui engendre un sol fertile et convenant à l'agriculture.
Cet atout naturel n'a pas encore été exploité à sa juste mesure et ce constat s'applique également aux ressources
halieutiques et fluviales disponibles en abondance pour la pêche. Mais la plus grande richesse du Gabon réside dans
ses gisements de pétrole, tent off shore qu'à l'intérieur de la zone côtière.
D'après un récent rapport de la Banque mondiale - La pauvreté dans une économie de rente -, les deux-tiers de la population
gabonaise, tant urbaine que rurale, vivraient en dessous du seuil de pauvreté absolue. Ce pourcentage n'aurait guère diminué depuis
1960, année de l'indépendance. Avec un taux de 75% de la population vivant dans les villes, le sous-léveloppement est plus aigu
dans les campagnes, en raison de l'exode rural qui a laissé l'intérieur du pays dans un certain état d'abandon. Au fur et à mesure,
les villages et villes de taille moyenne sont devenus de plus en plus isolés, dépeuplés et dépourvus d'infrastructures de base comme
l'accès à l'eau potable, des services sanitaires avec disponibilité de médicaments abordables, un enseignement primaire et
secondaire de niveau acceptable et un réseau routier praticable en toute saison.
Ces dernières années, en vue d'enrayer l'exode des populations vers les villes, le gouvernement a commencé à intensifier ses
efforts pour améliorer les conditions de vie dans les milieux ruraux. Une des premières priorités a été la réhabilitation et l'extension
du réseau routier avec comme objectifs principaux le désenclavement de l'intérieur et la facilitation du transport des produits
agricoles vers les marchés des grandes villes.
En même temps, avec l'aide des bailleurs de fonds, le Gouvernement a mis en oeuvre un programme d'hydraulique villageoise
visant à augmenter le nombre des villages disposant d'un point d'eau potable. Les Autorités gabonaises devront également faire de
gros efforts pour restructurer leur politique en matière d'éducation nationale et de santé publique. Ces deux secteurs - qui
connaissent de graves problèmes et une performance décevante - font l'objet de plusieurs programmes de coopération. En milieu
urbain, notamment à Libreville et à Port-Gentil, outre la pauvreté, les problèmes les plus ressentis par la population sont l'insalubrité
et le chômage et il est urgent que le gouvernement prenne des initiatives, plus particulièrement en ce qui concerne l'appui à la
création des petites et moyennes entreprises.
A tous ces défis de développement s'ajoute le problème de l'epuisement des réserves pétrolières. Elles diminueront
progressivement si de nouveaux gisements ne sont pas découverts. Cette perspective est extrêmement inquiétante pour l'économie
gabonaise, tellement dépendante des profits engendrés par l'or noir. Il ne fait pas de doute qu'il faudra impérativement rechercher
des créneaux pouvant contribuer à la diversification de l'économie. Pour ce faire, et même si le PIB par habitant continue à
augmenter, une aide extérieure restera indispensable, comme c'est le cas dans le domaine de la conservation de la flore et de la
faune et de la gestion durable des ressources naturelles. Autant de raisons pour poursuivre et intensifier la coopération de l'UE
avec le Gabon dans le cadre de la Convention de Lomé, à laquelle les Autorités gabonaises sont fortement attachées.
Au titre des 5ème et 6ème FED, en revanche, les domaines d'intervention ont surtout concerné le développement agricole et rural
ainsi que l'appui au secteur des PME. Cependant, au vu des maigres résultats obtenus dans ces secteurs, les partenaires ont, de
commun accord, changé de cap pour attribuer la quasi-totalité des fonds disponibles au titre du 7ème FED aux secteurs sociaux.
Quant au 8ème FED, l'aménagement du territoire sera son domaine de concentration par excellence, avec un appui important à la
réhabilitation et l'extension du réseau routier.
Agriculture et coût de la main-d'œuvre
Dans les années 80, sous les 5ème et 6ème FED, comme on l'a dit plus haut, la concentration des ressources s'est faite sur le
développement agricole et, à un degré moindre, sur l'appui à la création de PME. Pour diverses raisons, ces deux secteurs sont
cependant toujours restés en marge de l'économie gabonaise. Son agriculture n'a jamais réussi à procurer au Gabon une
autosuffisance alimentaire. Ainsi, il importe des fruits des pays voisins, comme l'ananas, alors que le sol du pays est tout à fait
approprié à une telle culture. L'élevage n'y a jamais été productif et le pays est grand importateur de viande européenne et
sud-africaine. Les revenus des paysans restent, au fil des années, à très bas niveau, ceci étant partiellement dû aux carences des
infrastructures qui empêchent évidemment l'écoulement des produits. Il manque probablement aussi un certain savoir-faire aux
agriculteurs, notamment en ce qui concerne les méthodes de production et de commercialisation. De plus, les coûts de production,
dont la main-d'oeuvre, sont considérablement plus élevés au Gabon qu'ailleurs dans la région.
Les mêmes contraintes, auxquelles s'ajoutent l'étroitesse du marché national et une pénurie en personnel technique qualifié, ont
empêché le secteur des PME de prendre une certaine envergure. Jusqu'à aujourd'hui, le secteur privé a un poids très limité par
rapport à celui des sociétés parapubliques ou des entreprises qui sont entre les mains d'étrangers (pétroliers, forestiers,
construction).
C'est ce contexte qui avait amené à concentrer les fonds du 6ème FED alloués au Gabon au développement agricole et à l'appui
aux PME. On a ainsi financé un programme de développement de 6,3 mio ECU dans la région enclavée du Fernan-Vaz en vue
d'accroître la productivité et, partant, les revenus de la population rurale, par l'amélioration des pistes agricoles, de la
commercialisation et par des actions de formation; un projet d'hévéaculture villageoise de 2,3 mio ECU, qui s'intégrait dans un
projet déjà financé au titre du 5ème FED, a également été entrepris, en collaboration avec la société Hevegab, et prévoyait de
confier 500 ha d'hévéas à des planteurs villageois, dans la province de Woleu-Ntem au nord du pays et, enfin, un programme de
reboisement (6 mio ECU) qui, lui aussi, était la poursuite d'une action entamée sur des ressources du 5ème FED. Ce projet avait
pour objectifs de définir des techniques et méthodes de reboisement à l'échelle du Gabon et le développement d'un modèle
d'agro-foresterie villageoise. Le reboisement a été effectué sur 600 ha, tandis que les plantations en agro-foresterie ont dépassé
150 ha.
Dans le secteur des PME, un programme de développement consistant en une ligne de crédit (1,5 mio ECU) et un volet
d'assistance technique (1 mio ECU) a été entrepris. La ligne de crédit devait servir à créer environ une trentaine de PME qui
auraient généré au moins 200 emplois et un chiffre d'affaires annuel de 1,5 milliards de FCFA.
Malheureusement, à l'exception du projet d'hévéaculture villageoise, ces projets n'ont pas entraîné les résultats escomptés, les
obstacles à une meilleure organisation des acteurs de ces deux secteurs s'étant avérés infranchissables. Actuellement, tous les
projets décrits sont terminés ou en phase de clôture.
Les secteurs sociaux
Ces résultats mitigés ont amené les négociateurs du programme indicatif national du 7ème FED à poser d'autres priorités en
décidant de concentrer les ressources sur certains secteurs sociaux comme la santé publique, L'éducation nationale et l'hydraulique
villageoise. Tous ces secteurs connaissent de graves carences surtout à l'intérieur du pays où la qualité et la disponibilité des
infrastructures sociales de base font défaut - et nécessitent un effort particulier de la part du Gouvernement qui a sollicité l'appui de
différents bailleurs de fonds.
Un programme de réhabilitation partielle du système de santé publique (11 mio ECU) a ainsi démarré en 1995 qui était soumis à la
condition préalable de promulgation d'une loi d'orientation couvrant l'ensemble du secteur de la santé. Ce projet prévoit entre autres
un appui institutionnel à quatre directions régionales de santé, la réhabilitation de quatre hôpitaux régionaux et la mise en place
d'une nouvelle politique de médicaments, accompagnée de la fourniture d'un stock de médicaments essentiels. La mise en oeuvre
du projet a connu quelques difficultés, partiellement dues au dysfonctionnement du système sanitaire existant. Actuellement, il
semble être sur la bonne voie, à l'exception du volet médicaments qui se heurte à des tergiversations des Autorités en ce qui
concerne l'introduction d'un système de recouvrement des coûts.
Le Gabon bénéficie également d'un appui - sous plusieurs formes - à la lutte contre les MST et le SIDA. Il s'agit, entre autres, d'un
projet de dépistage des MST auprès de femmes enceintes à Libreville (764.000 ECU), dont un programme d'extension est en cours
de préparation.
Bien qu'un appui spécifique au secteur de l'éducation nationaíe ait été prévu sous le 7ème FED, il a été décidé de réallouer le
montant qui y était réservé (8,2 mio ECU) au programme d'appui à l'ajustement structurel en raison du non respect d'engagements
pris par le Gouvernement, notamment l'introduction d'une carte scolaire. Cependant, en utilisant des reliquats de FED précédents,
l'UE a pu financer la construction de 95 salles de classe à Libreville (6,5 mio ECU) où l'accroissement de la population avait
entraîné une grave surcharge des classes - jusqu'à 150 élèves par classe dans les écoles primaires. Afin d'améliorer l'accès à l'eau
potable dans trois provinces du Gabon, un programme d'hydraulique villageoise, accompagné d'un volet de micro-projets (au total
8,6 mio ECU) est en cours d'exécution. Dans 350 villages environ, des points d'eau seront forés ou réhabilités et 500 nouvelles
pompes seront installées. Le projet prévoit également une formation des villageois qui leur permettra de prendre en charge de
petites réparations. Le programme, en phase d'exécution avancée, enregistre de bons résultats et est très apprécié par la population
locale.
Aménagement du territoire
Le programme indicatif national du 8ème FED a été signé le 11 mars dernier à Libreville. Le seul secteur de concentration en sera
l'aménagement du territoire, pour lequel 80% des ressources disponibles (33,5 mio ECU) seront réservées. L'action principale en
sera probablement la prise en charge du bitumage d'un tronçon routier entre Libreville et la frontière camerounaise. Avec le
financement de la réhabilitation de ce maillon important, l'itinéraire Libreville-Yaoundé pourra être terminé et permettra d'int%nsifier
le trafic transfrontalier, nécessaire à une l'intégration économique entre les deux pays.
Des ressources programmables ont également été utilisées pour financer des actions hors du domaine de concentration. A titre
d'exemple, on peut citer une contribution à l'organisation du recensement de la population en 1993, le financement d'une assistance
technique auprès de l'Ordonnateur National, ainsi que quelques actions dans les domaines de l'environnement et du tourisme.
Comme secteurs hors concentration sous le 8ème FED, on peut citer la santé publique, l'enseignement primaire et la gestion
durable des ressources forestières. Par ailleurs, suite à une baisse des recettes d'exportation dans la filière bois pour l'année
d'application 1988, le Gabon a bénéficié d'un transfert Stabex qui s'est élevé à 3.127.954 ECU et a principalement été utilisé pour le
financement du renforcement des brigades de reboisement, l'appui à la direction générale des Eaux et Forêts et l'inventaire en
première zone forestière.
Au lendemain de la dévaluation du Franc CFA en janvier 1994, suite à la demande des Autorités gabonaises, l'UE a également
apporté un appui financier à l'ajustement structurel en cours (5 mio ECU sur la facilité d'ajustement structurel et 8,2 millions en
provenance du PIN). Dans un premier temps, ces fonds ont été utilisés - à travers un appui budgétaire- pour contribuer à
l'apurement de la dette intérieure de l'Etat et pour un appui aux budgets de fonctionnement des ministères de la santé publique et de
l'éducation nationale. Par la suite, il a été décidé de soutenir le nouveau programme d'ajustement structurel 1995-1998 convenu
avec le FMI avec le solde du premier exercice et une tranche supplémentaire de 2,6 mio ECU. Ceci a permis de rembourser le
Trésor pour des dépenses inscrites aux budgets d'investissement de 1995 des deux ministères mentionnés. Un futur décaissement
au titre de la FAS du 8ème FED sera envisageable, eu égard à l'éligibilité du Gabon grâce à l'exécution satisfaisante du PAS
1995-1998.
Pour terminer, on peut dire que les perpectives économiques du Gabon sont relativement bonnes mais conditionnées à de nouvelles découvertes pétrolières ou à une diversification substantielle de l'économie.
Le grand défi pour le Gouvernement gabonais reste pourtant la réalisation d'une meilleure répartition de la richesse. La mise en
place de politiques sectorielles plus efficaces (transport, santé, éducation) en seront une condition sine qua non. Un autre domaine
crucial restera la conservation des écosystèmes et la gestion rationnelle des ressources forestières.