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Nom du forum: L'arbre à palabres économiques
ID de la discussion: 66
No.0, Quelques donnees revelatrices sur le Gabon
Posté par: news-man, le 30-juil-00 à 17h16 
Les donnees suivantes proviennent d'une etude de Annie CHÉNEAU-LOQUAY du CNRS

1-Des réseaux de communication physiques discontinus
A l'exception du réseau aérien relativement satisfaisant malgré des prix onéreux le secteur des communications est peu développé au Gabon. La voie ferrée, le transgabonais, " fait géographique dominant de la période post indépendance " n'a pas rempli toutes ses promesses de rééquilibrage du territoire national. La voie fluviale est peu développée. La carte des routes nationales en 1998 montre la discontinuité d'un réseau dont 91,73% est non bitumée et qui laisse toute la partie ouest et sud ouest du pays isolée ce qui aggrave le dépeuplement. Le réseau d'électrification présente les mêmes faiblesses ; Libreville représentait en 1997, 55,6% de la production nationale d'électricité et 56,25% de la consommation. Les régions favorisées comptent pour 94% de la production et de la consommation nationale, les localités de l'intérieur ne représentent que 19% des abonnés.

2-Un pays mieux relié avec l'extérieur du continent qu'avec son espace national et régional
Le réseau téléphonique classique, filaires, au Gabon souffre des mêmes maux que les autres réseaux matériels; il est mal réparti, discontinu avec un service de qualité médiocre à des coûts élevés, pourtant selon les statistiques officielles le Gabon semble jouir d'une situation relativement bonne en Afrique.

Une situation relativement bonne selon les statistiques officielles mais très différente sur le terrain:

Si l'on se réfère aux statistiques officielles des télécommunications au Gabon ce pays serait l'un des mieux pourvu d'Afrique avec un nombre de lignes relativement élevé par rapport à sa population, 32 lignes pour 1000 habitants mais avec une forte distorsion entre villes et campagnes puisque toutes les lignes sont en ville et que Libreville à elle seule avec 27% de la population regroupe 72% des lignes soit 85 lignes pour 1000 habitants tandis que le reste du pays n'en compte que 12. La situation apparaît moins favorable si l'on se réfère aux dernières statistiques de l'OPT qui ne comptabilise que 27065 lignes fixes en 1999 mais une forte croissance du nombre de téléphones cellulaires, 26000 contre 9500 selon l'UIT deux ans plus tôt. Le pays compte encore 162 lignes de telex et 260 liaisons spécialisées (X25) qui concernent les grandes entreprises modernes. La qualité du service se mesure en particulier au nombre de demandes satisfaites et de ce point de vue la situation apparaît très mauvaise puisqu'une infime partie des demandes est satisfaite tandis que la plupart sont en instance depuis beaucoup plus de trois mois.

3-Un système cellulaire déjà saturé

Le système GSM de l'OPT a été installé en 1998 sur l'auto commutateur du système AMPS qui existe depuis 1992 et qui couvre 9 localités, Libreville, Port Gentil, Oyem, Lambaréné, Franceville, Moanda, Mouila, Koulamoutou, Lastourville. Comme partout ailleurs en Afrique malgré des prix élevés, 220FCFA la minute d'un téléphone fixe à un mobile et 240 de mobile à mobile, la demande en téléphone mobile a dépassé les prévisions de l'opérateur. Il y a déjà avec 18000 abonnés, saturation du réseau de l'OPT, et un fonctionnement parfois aléatoire. On constate une forte demande de raccordement insatisfaite. Le plan du FMI prévoit la création d'un deuxième opérateur de téléphonie mobile, celui-ci pourra disposer de sa propre passerelle internationale à partir des années 2000 et la concurrence sur le réseau de téléphone fixe est prévue pour 2002.

4-II -2 Un accès à Internet de mauvaise qualité

Le gouvernement a consacré 63 millions de FCA pour Internet ce qui de l'avis du Ministre de la Communication lui même n'est pas suffisant. Le Gabon fait cependant partie de la minorité des pays africains qui ont ouvert des accès ailleurs que dans la capitale et au tarif de la communication locale. Le réseau d'accès Internet de l'OPT fut d'abord constitué de quatre points d'accès, Libreville Delta Postal, Port Gentil, Franceville, Oyem reliés au point nodal Libreville CENACOM par des liaisons<à 64kbits. La connexion internationale Internet au Gabon se fait avec les Etats Unis, elle était de 128kbits avec MCI puis est passé à 512., la liaison actuelle serait de 1mégabit. Une deuxième connexion internationale a été ouverte en février 2000 à plus de 600 km au sud du pays à Masuku à l'Université des sciences et techniques. " La vitesse de liaison est de 64kbs évolutive jusqu'à 512. Le satellite est celui de la PANAMSAT. La parabole ANACOM-5EC de 2,40 m de diamètre. Le routeur un CISCO 2509. Le fournisseur d'accès est READSAT de Houston aux USA. " (Cyriaque Kouma, Network Startup Resource Center)le 14 février 2000). La demande est forte pour Internet mais on butte sur la pénurie de lignes téléphoniques. Il existe deux fournisseurs d'accès, l'OPT et Internet Gabon

Coûts d'accès de l'OPT :
Liaison Spécialisée IP 64kbs avec routeur Cisco 1.248.300 FCFA par mois.
Frais de création d'un compte client 10.000 FCFA
Frais d'abonnement mensuel 4.500 FCFA
Forfait mensuel de trafic:
5 heures: 7.200 FCFA
10h: 13.500 CFA
20h: 26.550,00
30h: 36.450
50h: 54.900.
Heure supplémentaire: 2.250 CFA,
Durée illimitée par mois : 63 000FCFA
Ajouter 18% de taxes.

5-INTERNET GABON est une Société de service et d'Ingénierie informatique, qui a ouvert un service Internet à l'occasion du sommet ACP de novembre 1996. Elle dispose d'une liaison spécialisée (64 Kbs) vers l'OPT et propose du développement, de l'hébergement de pages Web, l'accès Internet par téléphone, un abonnement à Compuserve, l'installation et de la formation. Internet Gabon aurait compté en janvier 2000 un millier d'abonnés contre 500 selon elle pour l'OPT mais elle venait de cesser de vendre des abonnements étant donné la mauvaise qualité de la réception et espérait pouvoir s'équiper avec une petite antenne VSAT prochainement. Internet Gabon est aussi représentant Compuserve pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre et souhaite jouer un rôle moteur dans le développement des NTI dans cette région. Elle a ouvert un site qui se veut une banque de données sur le Gabon et un portail sur l'Afrique qui présente en particulier une rubrique actualité qui reprend certains articles de l'Union.
Coûts de connexion d'Internet Gabon:
COMPTE A: Forfait mensuel: 10.000 FCFA pour 5 heures
COMPTE B: Forfait mensuel: 15.000 FCFA pour 10 heures
COMPTE C: Forfait mensuel: 35.000 FCFA pour 30 heures
COMPTE D: Forfait mensuel: 65.000 FCFA connexion illimitée.
Boite aux lettres supplémentaire: 10 000
Création de dossier, forfait mensuel: 50 000
Plus 18% de taxes
Le coût de la communication locale serait de 90 FCFA les 45 secondes ce qui est un tarif élevé.

6-Un réseau de radiodiffusion télévisuelle et sonore vétuste

La radio demeure de loin le principal média en Afrique, le nombre de postes radio dépassant de beaucoup celui de tout autre appareil électronique. De nombreuses personnes se partagent le même poste radio et il est courant de voir des groupes s'agglutiner autour d'un poste de télévision. Le partage des sources d'information constitue en fait une des caractéristiques du paysage audiovisuel africain: un journal est souvent lu par plus de dix personnes; on estime qu'il y a, en règle générale, trois utilisateurs pour chaque connexion Internet et il n'est pas rare de trouver la plupart des habitants d'un village groupés autour du seul poste de télévision disponible, souvent relié à une batterie automobile ou à un générateur d'électricité. Aussi est-il aisé d'affirmer que toute politique de développement du secteur de l'information et de la communication qui ne tiendrait pas compte de la nécessité d'élargir l'accès aux médias traditionnels serait tout à fait incomplète.
Le réseau de radiodiffusion télévisuelle et sonore au Gabon a été en grande partie mis en service entre 1985-87. De nombreux émetteurs sont en panne ou fonctionnent à puissance réduite. Ce réseau désormais obsolète devrait être remplacé par un réseau moderne afin d'assurer une meilleure couverture du territoire et une meilleure qualité du service des chaînes de télévision et de radio publiques.

7-Des chaînes nationales de télévision en difficulté

Le système de diffusion des télévisions nationales s'apparente à celui de la radio même s'il est encore plus restreint puisqu'il ne dessert, que les grandes villes. RTG 1 avec 22 émetteurs couvre en principe l'ensemble du territoire mais elle aurait des problèmes d'équipement, et couvre en fait les chefs lieux de neuf provinces seulement. Elle dispose d'une trentaine de journalistes, de caméras Betacam, d'un seul véhicule de reportage, d'un matériel extrêmement vétuste de machines à écrire mécaniques, il n'y a pas d'ordinateurs. Il est très compliqué de téléphoner. Dans de telles conditions " le journal est vide ". La chaîne RTG2 avec 6 émetteurs a les mêmes problèmes ; elle ne dispose que d'un seul véhicule, pour une trentaine de journalistes, une même salle pour la radio et la télévision ce qui n'est pas correct pour les conférences de rédaction. La télévision nationale diffuse sept heures par jour. La deuxième chaîne n'est pas reçue au nord à Oyem mais il y existe une station de radio locale et une télévision grâce à des aides de l'Allemagne. Les programmes sont essentiellement constitués de rediffusions de séries B américaines et européennes entrecoupées de documentaires souvent anciens et avec un journal d'informations essentiellement nationales le soir suivi de l'interview d'une personnalité liée à l'actualité. Des ressources supplémentaires devraient être accordées aux télévisions locales pour diminuer la part des programmes étrangers au profit de programmes locaux.

8-Des chaînes étrangères très coûteuses

L'ouverture des règles de diffusion a élargi la disponibilité de programmes de télévision par satellite. La tendance est la même que celle observée pour la couverture radio puisque Canal+ avec sa filiale Canal Horizons domine l'audience dans les pays francophones. Il existe cependant des télévisions privées au niveau de Libreville:
-TV plus née en 1998, est une chaîne de divertissement,
-Tele Africa, une chaîne cryptée (montée par un français)qui propose un journal en images.
A l'heure actuelle, l'audience des programmes de télévision diffusés par satellite n'est pas constituée seulement par les élites urbaines qui peuvent s'acquitter des frais d'abonnement et acquérir les équipements de réception nécessaires, mais aussi par des habitants des quartiers urbains modestes de Libreville. Le système de réception fait en effet l'objet de trafics divers qui permettent une baisse considérable des prix et donc un accès élargi aux catégories sociales moins privilégiées.
Les antennes paraboliques et leur système de décodage sont très coûteux, et ont une faible pénétration. Il existe trois vendeurs de paraboles à Libreville qui assemblent et vendent un matériel en provenance des Etats Unis. L'un d'eux indique qu'une antenne avec démodulateur coûte 1,2 millions de FCFA, le marché est donc très étroit ; son commerce existe depuis cinq ans, il vend deux à trois antennes par mois parfois aucune. Pour la coupe du monde, il avait fait une promotion, 800 000F. Le matériel de communication supporte 43% de frais de douane ce qui est plus élevé que dans les pays voisins. Pour capter les chaînes disponibles numériques et analogiques il existe plusieurs manières de procéder :
- Par l'intermédiaire d'une parabole et avec démodulateurs, l'abonnement à la société SAT Afrique est de 294.000FCFA par an qui sont versés directement à Canal Horizons en France.
- Grâce à une petite antenne qui permet de capter les micro ondes (MMDS qui vient d'Angleterre). C'est le système commercialisé par TVSAT. Dès 1986 au Gabon a été créé une station privée de télévision, TVSAT qui transmet ses propres programmes au moyen d'un codage en micro ondes et offre en plus l'accès au bouquet Canal Plus avec Canal Horizon, TV5, CNN international, la BBC avec un abonnement annuel de 694 000 F et un transcodeur qui permet de recevoir l'image en clair.
- Mais la fraude est très courante car il est facile de décrypter le signal de TVSAT, des antennes et des décodeurs se vendent sur le marché. On peut estimer entre 60% à 70% les foyers qui reçoivent le signal et ne paient pas. Selon un spécialiste, Canal Plus laisse faire alors qu'il suffirait que TVSAT change son système de décodage pour éviter la fraude.
De plus en plus les pays africains sollicitent la collaboration d'autres pays africains, pour le développement des capacités ou le partage des coûts des infrastructures et des programmes. L'Egypte et l'Afrique du Sud se sont déjà orientées vers la distribution internationale mais en langue anglaise. En 1995, une société privée sud-africaine a lancé le premier service numérique de réception de télévision par satellite accessible directement par abonnement, appelé DSTV. Ce service offre aux abonnés 30 chaînes de télévision et 40 programmes audio partout en Afrique. L'année dernière, 1999, la télévision d'Afrique du Sud, SABC, a lancé Channel Africa, une chaîne d'information et de divertissement diffusée par satellite qui vient en complément du service radio en ondes courtes. Des contacts ont été pris au Gabon pour un projet de collaboration avec le Sénégal pour créer une chaîne de télévision d'information. Africa n° 1 serait en partenariat avec Sud Radio.

9-Changer les mentalités

Depuis le milieu des années quatre vingt, depuis la crise pétrolière c'est l'austérité économique et l'immobilisme qui dominent au Gabon. On a beaucoup parlé des reconversions économiques nécessaires pour l'après pétrole mais on en a peu vu les effets. On cite l'exemple d'un projet forestier de protection des forêts et de transformation du bois sur place avec des quotas pour la création d'emplois qui ne s'est pas fait. Le multipartisme existe depuis 1989 mais les espoirs d'ouverture dans l'administration et dans la société civile ont été déçus et s'exprime le sentiment de vivre dans une société bloquée. Ces blocages sont essentiellement en rapport avec les mentalités. Les retards tiennent à des réticences liées à un système de pouvoir autoritaire qui a l'habitude de contrôler la société et qui engendre méfiance et immobilisme; "il y a peu de communication, on s'observe." La communication apparaît encore comme un secteur sensible, qui détient l'information détient un pouvoir, la partager c'est perdre une parcelle de ce pouvoir. Le rapport à l'information est inséré dans " un soubassement psychologique qui fait qu'ici divulguer l'information c'est perdre le pouvoir. "C'est ainsi que le métier de la communication est mal perçu, il n'y a pas de réelle volonté politique pour donner aux professionnels les moyens nécessaires car il subsiste une grande ignorance sur l'utilité de la communication. La politisation extrême de la société pose des problèmes de rétention et donc d'accès à l'information. "On parle mais on ne se donne pas les moyens ".


No.1, Mort lente mais mort certaine...
Posté par: Phil Bounda, le 08-août-00 à 11h44 
En réponse au message 0
Ces données résument à elles seules l´imcompétance et le manque d´imagination d´Omar Bongo et ses amis. Bongo n´a réussi dans aucun domaine et ne réussira jamais même s´il devait demeurer au pouvoir pendant encore une centaine d´année. J´ai entendu dire que le dernier thème de campagne était l´entrée dans le 3e millénaire.

Bongo a-t´il seulement annoncé une seule mesure qui pourrait permettre à tous les jeunes gabonais de découvrir les différentes possibilités qu´offrent les nouvelles technologies?

En matière de santé publique, c´est la catastrophe. Les Gabonais meurent tous les jours faute de soins et de médicaments. Avec un petit peu de clairvoyance, les différents gouvernements auraient pu développer un système social plus sûr et plus équitable. Chacun sait aujoud´hui que la Caisse d´Assurance Sociale est une administration moribonde alors que les fonctionnaires gabonais continuent de payer les cotisations. Une restructuration est plus qu´indispensable. Mais malheureusement, ceci ne pourra se faire sous le régime Bongo. Puisqu´il est impossible s´arrête une seconde pour redresser le tir. Tout se passe comme si personne ne rend compte de l´état de délabrement avancé dans lequel se trouve le pays.

Alors que certains irresponsables continuent de soutenir Bongo, il plus que temps de voir les choses en place et de constater que Bongo en plus de 30 ans de pouvoir a tout raté. Tout ce qu´il a entrepris s´est soldé par un échec. Il se targue souvent d´avoir unifié le pays. Mais est ce vrai? Bongo a au contraire fait naître plus de divisions qu´autre chose. Divisions entre les ethnies, divisions dans les familles et surtout perte de toutes les valeurs morales.

Il est indispensable que l´on change de régime et de méthodes sans quoi la révolte du peuple affamé risque d´être explosive...

Phil Bounda