No.0, Realites du pays
Posté par: news-man, le 18-oct-00 à 22h49
Pendant que les barons du pouvoir s’entre-dechirent, voici un portrait des realites:COCO BEACH (Gabon), 18 oct (AFP) - "Vendeurs d'illusions" pour les uns, "espions" pour les autres, les agents gabonais chargés depuis plusieurs mois de collecter des informations pour l'Enquête démographique et de santé (EDS) doivent souvent faire face à l'incompréhension des populations mais aussi à la misère. "Les gens pensent parfois que nous venons préparer les législatives de 2001 ou nous accusent d'être à la solde du Parti démocratique gabonais (PDG, ex-parti unique)", raconte à un journaliste de l'AFP André-Gustave Menie Mba, chef de l'équipe de Coco Beach (70 km au nord de Libreville). "Ils ont été habitués par les politiciens à recevoir des cadeaux et maintenant on nous réclame des T-shirts ou des casquettes quand ce n'est pas de l'argent", ajoute-t-il. Avec ses cinq enquêteurs, un homme et quatre femmes, André-Gustave devra parcourir dix ou vingt kilomètres pour trouver la quarantaine de ménages tirés au sort dans son "secteur démographique", et remplir avec eux un questionnaire très précis sur leur situation familiale et sanitaire. Grâce à cette EDS, initiée en 1999 par l'Etat gabonais et le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), le Gabon pourra établir d'ici la fin 2000 des indicateurs fiables sur la santé de la mère et de l'enfant, les méthodes de contraception ou la diffusion des messages préventifs sur le SIDA. Une première pour ce petit pays d'environ un million d'habitants qui n'avait jamais réalisé ce type d'enquête. Dans la capitale Libreville, où réside la moitié de la population, le travail des agents de l'EDS n'a pas été trop difficile, mais il n'en est pas de même pour les zones rurales: faute de véhicules mis à la disposition de ces agents, les déplacements se font à pied dans des chemins rendus boueux par la saison des pluies. En prime, il leur faut porter la balance électronique et la toise en bois qui servent à peser et mesurer femmes et enfants, soit une charge de dix kilos, sans compter le poids des différents questionnaires. Largués pour quatre jours, les enquêteurs de Coco Beach doivent également trouver un logement dans cette petite localité située à la frontière avec la Guinée Equatoriale, au bout d'une piste de 85 km défoncée par les grumiers. Ici, les autorités locales n'ont pas été prévenues de leur visite et les frais d'hôtel seront à la charge de ces garçons et filles, originaires pour la plupart de Libreville. Etudiants ou fonctionnaires en voie de titularisation, les agents de Coco Beach reçoivent comme les autres enquêteurs un salaire mensuel de 225.000 francs CFA (2.500 FF) et un complément de 100.000 FCFA (1.000 FF) correspondant aux frais hors capitale. "C'est insuffisant par rapport au coût de la vie au Gabon", reconnaît le responsable financier de l'EDS, Roger-Christian Charbonnier, venu superviser le bon déroulement de l'opération. "Ce soir, faute de pouvoir payer deux chambres, ils dormiront à cinq sur le même matelas", déplore-t-il d'un ton résigné. Endurcis par trois mois et demi de travail sur le terrain, les enquêteurs sont maintenant habitués à la précarité et au scepticisme ambiant. "Les gens sont révoltés, ulcérés de leurs conditions de vie", souligne Médard Asseko Ndong, un chef d'équipe de 29 ans responsable du secteur "Bissango-Rail", quartier périphérique de la capitale. "J'ai vraiment vu la misère de près", raconte Médard qui se souvient de "cette maison où dix personnes vivaient dans une insalubrité indescriptible". "Je leur ai même laissé mon argent de poche tellement j'étais choqué de voir leurs ventres ballonnés par la faim", s'exclame-t-il. Abasourdi devant tant de pauvreté, aussi bien en zone urbaine que rurale, Médard comprend l'hostilité de certains ménages comme un ras-le-bol général contre l'administration. "On nous dit que cela ne sert à rien de répondre puisque de toute façon l'enquête restera dans les tiroirs et que rien de concret ne sera fait", raconte-t-il. Médard, lui, ira pourtant jusqu'au bout avec son équipe, espérant que le pays tire un jour profit de son travail.
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