Retour
URL du forum: http://www.bdpgabon.org/cgi-bin/dcforum/dcboard.cgi
Nom du forum: L'arbre à palabres politiques
ID de la discussion: 354
No.0, News-news-news-news
Posté par: news-man, le 01-déc-00 à 17h59 
La Lettre du Continent
30 Novembre 2000

L'EVENEMENT; N. 365

France: Un masque "africain" pour Jospin ?

Depuis que le "camarade" Gbagbo a pris le pouvoir a Abidjan en passant par le chas de l'aiguille tendu - a l'insu de son plein gre - par le general Guei, Lionel Jospin s'est affuble d'un masque africain. Ses preferences etaient jusqu'a present plus Dogon du Mali que Bete de l'ouest ivoirien. Bien que, selon nos informations, il ait renonce a se rendre fin janvier en Afrique du Sud (voir page 5), le Premier ministre francais va sans doute etre amene a elargir au cours des prochains mois sa connaissance des masques...

Jeudi dernier, a Matignon, Lionel Jospin a d'ailleurs passe, ravi, une partie de l'apres-midi au milieu des dirigeants des ONG francaises operant dans les pays en developpement. Il s'agissait de remettre les "Prix de la cooperation internationale"aux laureats selectionnes par le Haut Conseil de la cooperation internationale, preside par Jean-Louis Bianco, ancien secretaire general de l'Elysee. Dans la foulee, le HCCI a remis au Premier ministre un rapport moins "convivial" sur la cooperation francaise (voir page 3). Le week-end dernier, a Grenoble, en marge du Congres du Parti socialiste, Lionel Jospin devait s'entretenir avec plusieurs "camarades" africains, notamment Moustapha Niasse, qui aimerait bien enfiler, un de ces jours, les vieux habits du "camarade Diouf". Le Premier ministre senegalais ne sait plus a quel saint se vouer pour "deboulonner" le president Abdoulaye Wade. Niasse a meme ete rendre visite, lui-meme, a Jean-Charles Marchiani, rue de Berri. C'est dire...

Il est vrai que face a Charles Pasqua, Lionel Jospin n'est pas encore bien "branche" sur l'Afrique mais ses equipes s'emploient a recuperer le temps perdu. Pour sensibiliser le Premier ministre aux fetiches, les presidents africains ont toujours un ou une amie dans le premier cercle de "l'austere qui se marre". Omar Bongo compte ainsi toujours sur la ministre de la Culture, Catherine Tasca, presidente sortante de l'Association France-Gabon. Au Quai d'Orsay, les "Messieurs Afrique" qui officient - les "vrais" decideurs - sont George Serre, conseiller Afrique et Bruno Delaye, le nouveau patron de la Direction generale de la cooperation internationale et du developpement (DGCID) la vraie forteresse de l'ex-ministere de la Cooperation. Sous Francois Mitterrand, Delaye et Serre animaient la cellule africaine de l'Elysee dont le secretaire general etait... Hubert Vedrine. Presses de reanimer totalement l'ancien dispositif sur l'Afrique, certains parlementaires socialistes poussent maintenant - en vain - George Serre a prendre en mars prochain la tete de l'Agence francaise de developpement (AFD), le bras financier de la cooperation francaise (voie page 3).

Au PS, le delegue Afrique, Guy Labertit, rayonne depuis que son "ami" - autant que son "camarade"- Laurent Gbagbo est devenu le Grand Chef sur la lagune Ebrie. Le Congolais Etienne Tshisekedi (UDPS) et le Camerounais John Fru Ndi (SDF) se prennent a esperer. Il va falloir qu'ils apprennent la guitare pour aller jouer dans l'appartement de Vitry... Certains patrons francais "approchent" egalement Solferino pour demander au "camarade Guy" de parler en faveur de leur dossier au "camarade Laurent". Pour les autres pays, le "business" en Afrique passe souvent par l'ancien Premier ministre, Michel Rocard. L'alliance entre jospiniens et rocardiens contre les fabiusiens n'est pas sans influence. Par exemple, en Cote d'Ivoire, Les fabiusiens - dont Stephane Pallez, qui chapeaute au Tresor les "Africains" du service, comme Olivier Paquier - ont une oreille attentive pour Alassane Ouattara. De son cote, Michel Rocard, qui a fait des offres de services a Gbagbo, est a la tete d'Afrique initiatives, une societe de capital-risque, d'ingenierie financiere et de consultance. Parfois presentee comme une "association", Afrique initiatives est sponsorisee par Bollore, EDF, Vivendi, CFAO, Renault, TotalFinaElf, Eridiana, Beghin Say et Accor. Proparco, filiale "secteur prive" de l'AFD devrait egalement mettre la main a la poche et prendre une participation dans l' "ONG Rocard".

LES AFRIQUES PAYS PAR PAYS; GABON; N. 365

Jeux politiques inter-regionaux

A un an des elections legislatives et locales, c'est le branle-bas de combat au sein des etat-majors politiques gabonais. Les "subtils" jeux politiques ethno-regionaux ont repris. Jusqu'a present, il est vrai, seul "un elu" pouvait pretendre etre (ou rester) ministre. Selon nos informations, cette regle presidentielle informelle va cependant etre abolie... Tous les barons de la mouvance presidentielle n'en courent pas moins derriere un poste de depute. D'abord, le salaire est celui d'un ministre (2 millions F CFA) sans en avoir les soucis. Ensuite, par ces temps incertains, une baronnie regionale est une assurance tous risques pour l'avenir... Aussi, les principaux bastions regionaux du Parti democratique gabonais (PDG) sont-ils pris d'assaut !

Chez les Nzebi de l'Ogooue-Lolo, par exemple, principaux piliers du regime Bongo, c'est la division. Consideree comme le patron politique de la province, Paulette Missambo, ministre d'Etat, est contestee par l'ancien ministre et maire de Lastourville, Etienne Mouvagha-Tchioba, et Jean-Pierre Banguebe, ex -directeur general de l'OPT, qui comptent se presenter contre elle aux legislatives a Lastourville. A Koulamoutou, le ministre delegue aux Transports, Jean Massima, veut se faire elire depute au detriment de Martin Fidele Magnaga, ancien ministre et cacique du PDG. Idem a Mounana ou Zacharie Myboto, soupconne de ne penser plus qu'a la succession du president Bongo, est fortement conteste par de jeunes cadres nzebi encourages par le chef de l'Etat lui-meme.

Dans le Haut-Ogooue, la bataille pour le leadership a repris de plus belle entre Ali Bongo (ministre de la Defense) et Idriss Ngari (ministre des Transports), notamment apres le deces le 11 novembre dernier de Gaston Felicien Olouna, gouverneur de la province presidentielle. General "securocrate" Teke de Ngouoni, Olouna etait un allie du ministre des Transports. Ngari, qui souhaite installer a ce poste "strategique" le general Hubert Ondias, un "securocrate" originaire lui aussi de Ngouoni, se voit conteste dans ses choix par Ali Bongo, qui milite pour la nomination d'une personnalite plus "neutre". Affaire a suivre...

Dans l'opposition, on s'agite egalement: au PGP (Parti gabonais du progres), Marie-Augustine Houangni-Ambouroue a ete debarquee de son poste de maire de Port-Gentil au profit de son chef Pierre-Louis Agondjo-Okawe, soutenu discretement par le president Omar Bongo. Fort de cette position, Agondjo envisage de jouer les arbitres lors des prochaines echeances electorales dans la capitale economique du Gabon.

GROUPES; FIBA/BGFI; N. 365

Accord secret

Sous l'egide de la nouvelle equipe de TotalFinaElf, les filiales gabonaise et congolaise de la FIBA (Banque francaise intercontinentale) en cours de liquidation ont ete reprises par la BGFI (Banque gabonaise et francaise internationale), qui a pris au printemps dernier le nouveau nom de BGFIBANK... Sans doute pour que la clientele VIP de l'ex-FIBA ne soit pas trop depaysee. Presidee par Patrice Otha, directeur adjoint du cabinet presidentiel, la BGFIBANK a comme autres administrateurs: Pascaline Bongo, Claude Ayo Iguendha, Noel Bazoche, Robert Boutonnet, Christian Kerangall, Narcisse Massala Tsamba, Henri-Claude Oyima et Jean Ping. La BGFIBANK-Congo est aujourd'hui sous la responsabilite de Jean-Dominique Okemba, neveu du president. On ne connait pas encore le montant que BGFI a paye pour reprendre les actifs de la tres riche FIBA...

LES AFRIQUES PAYS PAR PAYS; CONGO-B; N. 365

Le "Front" a l'Elysee et au Quai

Une delegation du nouveau Front patriotique pour le dialogue et la reconciliation nationale (FPDRN ) a ete recue a l'Elysee, au Quai d'Orsay et par les "Messieurs Afrique" des partis politiques francais. Objectif: obliger Sassou II a un "dialogue politique" d'ensemble au lieu d'aller a "la peche a l'opposant fatigue".

Le "Front" regroupe trois tendances des congolais en exil: celui des "sages autoproclames" (Poignet, Poungui, Kaya, Bita, Milongo, Badinga...), celui des "anciens de la presidence" (Munari, Tengo, Nguimbi...) et celui des "originaires du nord" (Bokamba, Okemba, Bongo Nouarra...). Le 17 novembre, c'est une grosse delegation d'une vingtaine de personnalites du FPDRN qui a ete recue au Quai d'Orsay par le sous-directeur Afrique, Gerard Sambrana, et le redacteur pour le Congo: Frederic Mercet.

Ils ont notamment remis aux diplomates francais, une "declaration solennelle" qui appelle a un "dialogue national sans exclusive" et met en garde "contre toute tentative d'imposer aux Congolais une solution unilaterale a la crise actuelle, notamment, par l'organisation non-consensuelle d'elections, tel qu'envisage par le regime de Brazzaville". Le FDRN a par ailleurs recu le soutien du collectif des 16 partis politiques favorables au dialogue nationale.

Le 20 novembre - "faute de place dans le bureau" - Michel Dupuch, le conseiller Afrique du president Jacques Chirac n'a recu que les trois fondateurs du FPDRN: Poignet, Milongo et Bokamba. Il leur a conseille d'ecrire a nouveau au president Bongo et a dit qu'il en remettrait une copie au chef de l'Etat francais. Contrairement au Collectif des exiles et democrates congolais de l'exterieur (CEDCE) de l'ancien ministre des Finances, Nguila Moungounga -Nkombo, qui propose que le dial/gue s'engage a Lome, voire a Paris, le FPDRN, reconnait en effet toujours le president Bongo comme chef de la mediation internationale. Les responsables du Front lui "suggerent" neanmoins de "s'adjoindre les bons offices d'autres chefs d'Etat pour le denouement definitif de la crise politique au Congo-Brazzaville".

Le meme jour, la delegation avait ete recue par Boutros Boutros-Ghali, le secretaire general de l'Organisation internationale de la francophonie. Il a assure aux opposants congolais qu'il parlerait de leur dossier au roi Mohammed VI (Sassou II se rend souvent au Maroc avec son beau-pere Omar Bongo) lors de sa visite officielle dans ce pays du 23 au 26 novembre. "BBG" a egalement affirme qu'il saisirait Chirac...

Bref, il n'y a plus qu'a inviter Sassou II en visite "privee" a Paris. Pour l'instant, il sillonne surtout les capitales regionales - Kampala, Kigali, Harare - comme chef de file des pays francophones dans le dialogue congolais... de Kinshasa.

L'AFRIQUE DANS LE MONDE; BANQUE MONDIALE; N. 365

"On" s'africanise

Contrairement a son faux frere, de Bretton Woods, le FMI, la Banque mondiale cherche a s'enraciner en Afrique. Tres portee sur le "terrain", elle a en effet installe plus de 40% de son staff s'occupant directement de l'Afrique sur le continent. Un exploit ! Et le mouvement de "delocalisation" continue. Pour donner l'exemple, a defaut de s'installer en Afrique, James Wolfensohn, Callisto Modavo (voir who's who) et d'autres "top" responsables de la Banque mondiale se sont retires dans un lodge en Afrique du Sud, la derniere semaine d'octobre, avec le president Thabo Mbeki et la creme de son entourage pour debattre dans cette retraite des "grands defis de l'avenir" (pour l'Afrique du Sud et le continent dont la "renaissance" parait compromise). Petite coquetterie de "James": pour bien notifier qu'il etait venu ecouter la parole des sages Africains, le boss de la Banque n'a pas desserre les dents pendant les deux premiers jours du seminaire de brousse. On l'a donc d'autant mieux ecoute par la suite. C'est astucieux, certes, mais comment fait-il au telephone ?