Mes frères et soeursPour me permettre d'une information qui n'émane pas de notre mouvement, je vous présente quelques lignes d'une vision aussi analogue de nos critiques concernant Bongo et son système.
OMAR BONGO:
Le cynisme à l'Africaine.
«L'Afrique sans la France, c'est une voiture sans chauffeur. La France sans l'Afrique c'est une voiture sans carburant.» El Adj Omar Bongo.
Échappant à la caricature vulgaire de «pantin de la France», Omar Bongo a réussi à se constituer au Gabon, petit pays d'un million d'habitants, une «oasis de stabilité». Assuré depuis des décénies du soutien sans faille de la France, il a anéanti tous les espoirs de liberté des gabonais par la terreur, la corruption et les intrigues. Depuis 1967, celui qu'on appelle maintenant «le doyen de l'Afrique» a annihilé toutes les velléités de changement dans son pays.Dans ce dossier, Adramelech revient sur l'Histoire de ce pays en détaillant la nature obscure des relations franco-gabonaises.
La France et le Gabon entretiennent une très vieille amitié, nourrie par quarante années de clientélisme et de corruption. Les dirigeants français savent depuis longtemps ne pas avoir à craindre le moindre sursaut d'idéalisme du président 'abonais. Bongo est dénué de toute conscience nationaliste. Le discours panafricaniste de N'krumah n'a trouvé aucun écho chez celui qui commentait comme une chose normale l'expulsion des "sans-papiers" de saint Bernard et recevait volontiers le chef raciste
du Front National. El Adj Omar Bongo détient de tristes records:
1977: Accusé par Cotonou d'être à l'origine du "coup" pitoyable de Bob
Dénard, Bongo fait expulser 10.000 béninois.
1981: 10.000 camerounais expulsés.
1994: 64 clandestins «retrouvés» morts en prison.
1995: 55.000 clandestins expulsés.
Mais les nombreux pogroms à Libreville ne sont pas inspirés par le
Patriotisme.
De tous les chefs d'états africains, Bongo est sans doute celui qui aime le moins son pays. On peut peut-être trouver les origines de cette haine dans son histoire personnelle: Albert-Bernard Bongo, qui a épousé en deuxième noce la fille du président congolais Sassou N'guesso n'est pas né gabonais. En 1935, Lewai (où est né Bongo) est encore partie du Congo. Elle ne sera rattachée au Gabon que bien plus tard. L'ethnoc%ntrisme de celui qui fit son service militaire à Brazzaville ne connait aucune borne. Comme Mobutu et Houphouët-Boigny, Bongo a favorisé son ethnie les batékés. Mais le tribalisme a atteind au Gabon des proportions paroxystiques: Le seul grand projet du règne sans partage de Bongo, le Transgabonais,cristallise cette perversion. Parfaite illustration du système des «usines clé-en main» mis enplace par les français, ce gigantesque chantier
ferroviaire doit désenclaver Franceville (métropole des tékés, à l'Est du Gabon, isolée par la forêt). Bongo caresse le secret espoir de faire de Franceville la capitale du Gabon. Ce rêve guidera la politique aux frontières du Gabon durant des décénies: Pour légitimer sa folle entreprise, Bongo a besoin de gonfler la population de sa province. Or la croissance démographique des batékés reste beaucoup moins dynamique que
celle des fangs (éthnie du nord du Gabon). Pour contrebalancer ce déséquilibre, ordre est donné aux fonctionnaires de favoriser
l'immigration des congolais à l'Est alors que les camerounais et les équato-guinéens ont le plus grand mal à franchir les frontières du Nord. Les ambitions démendes de Bongo ont contribué à faire de la fécondité de la population une question taboue au Gabon. Les recensements sont effectués dans le plus grand désordre, au point qu'il soit impossible de connaitre aujourd'hui le nombre exacte d'habitants au Gabon: Il varie selon les expertises entre 600.000 et 1,5 millions! Un seul chiffre reste fiable: Le nombre de resortissants français au Gabon: 10.000 (soit près d'1% de la population gabonaise). Pour les coopérants, le chantier du transgabonais est une manne.
Au Gabon comme ailleurs en Afrique (on se souvient encore du faste du couronnement de Bokassa), la France a toujours flatté les délires mégalomaniaques des chefs d'états qu'elle avait installés. La construction d'une immense basilique en Côte d'Ivoire et les projets de construction d'autoroutes inutiles dans toute l'Afrique ont fourni aux grandes entreprises de l'hexagone des chantiers très lucratifs. Pour obtenir ou pour susciter ces contrats, les français n'hésitent pas à offrir aux chefs d'états (et à leurs cours) des pots-de-vin extraordinaires. L'illustre journaliste-historien Pierre Péan révèle dans l'Argent Noir que ces commissions s'élèvent généralement au cinquième du coût total du chantier. Cet argent ne sortant pas directement des caisses du pays ne peut être
confisqué par un tribunal national. On en retrouve la trace dans les banques de Suisse ou du Lichtenstein mais le lien entre ces comptes en banque et les corrompus est trop difficile à établir: La France a sous l'égide de Giscard d'Estaing mis au point un formidable arsenal fiscal pour faciliter ces transactions obscures. Le ministère des finances renonce à taxer ces capitaux pourvu qu'il aie l'assurance que l'argent serve bien à corrompre des dirigeants du tiers-monde. L'État français ferme les yeux sur la fraude fiscale parcequ'il sait pouvoir profiter de ses fruits. Seule condition imposée par Bercy: L'argent ne doit revenir dans les caisses de l'entreprise corruptrice. Pourtant toutes les précautions n'empêcheront pas «le retour de la volaille dans le poulailler» dont parlait Malcolm X: En encourageant des moeurs malsaines dans les pays du tiers-monde, la France a introduit elle-même le ver dans le fruit: Bongo a généreusement financé les campagnes de tous partis politiques français (de la gauche à l'extrême-droite) en 1981, 1988 et 1995. Les gabonais se sont habitués à la veille des élections en France, à un curieux ballet: Toutes les grandes figures politiques françaises viennnent en effet quémander à Libreville l'argent de la campagne. Le président gabonais s'est acheté leur amitié. Quelque soit le régime en France, quelque puisse en être le chef de gouvernement, Bongo est assuré qu'on fera tout pour garantir sa sécurité. Personne en France ne voudrait voir mourir la poule aux oeufs d'or. En quittant le pouvoir, Bongo pourrait être tenter de révéler (comme le fit Bokassa) de compromettants
dossiers. Omar Bongo est parvenu à faire de son pays une «oasis de stabilité» en Afrique centrale en confiant sa sécurité à des étrangers. Les français veillent étroitement sur sa vie. Le Gabon a conclu un accord d'assistance militaire qui octroie à la France le droit d'intervenir si le régime était
menacé (déjà en 1965, les parachutistes français ont fait coulé le sang pour rétablir Léon M'Ba au pouvoir. Ce genre d'opérations, très courantes à l'époque, n'a jamais fait l'objet de condamnation de l'ONU). Le camps Degaulle jouxte l'immense propriété du dictateur gabonais et les sous-terrains qui relient les deux domaines ont fait les choux gras de la presse populaire locale.En échange de la bienveillance des français, «le nain de Libreville» soumet le territoire gabonais aux exigeances géostratégiques de l'Occident. Le Gabon sert depuis 1960 de base arrière à toutes les opérations militaires en Afrique. Le mercenaire Bob Dénard, membre de la garde présidentielle, prépare depuis le Gabon ses coups de force au Bénin et aux Comores. Bongo qui a le pouvoir d'infléchir le choix des ambassadeurs français au Gabon, se constitue une cour de fonctionnaires français très dociles. L'Élysée a peu à peu perdu le contrôle de ses serviteurs. Les amis de Bongo («le clan des gabonais») ont plusieurs fois désobei aux ordres parcequ'ils étaient persuadés de défendre les intérêts de la France. Pour
la plupart nostalgiques de l'époque de l'Empire coloniale, les membres du clan des gabonais voient en Bongo un agent loyal de l'hégémonie de la France en Afrique. Le président gabonais sait aussi pouvoir compter sur sa clique de mercenaires sanguinaires. L'état-major de la garde présidentielle rassemble d'anciens Résistants, des collabos et d'anciens militaires français (paras et légionnaires) qui gardent méfiance à l'égard des «bureaucrates de Paris» depuis la débâcle algérienne. Au Gabon comme à l'étranger, Bongo s'appuie sur ses chiens pour faire régner la terreur (la société Horus, propriété de Dénard, veille sur les déplacements du chef d'état gabonais en France). Les opposants les plus dangeureux sont arretés et torturés (maître Agondjo, actuel leader de l'opposition au Gabon) ou
mystèrieusement assassinés (Germain M'Ba en 1971 et Rendjambé en 199*). Le sort des amants de sa femme n'est pas plus enviable (Robert Luong, assassiné en France).Pendant des décénies, Bongo a tenu d'une main de fer le Gabon, en faisant du culte de la personalité un protocole outrancier: jusqu'aux récentes émeutes, une statue de bronze à son éfigie campait le bras levé à quelques kilomètres de son immense palais. Le 12 Mars (jour anniversaire de création du Parti Démocratique Gabonais), les écoliers et les étudiants défilaient en bord de mer et levaient le bras à la manière des fascistes pour saluer Bongo. Mais le soulèvement populaire l'ont contraint à accorder le multipartisme. Mais ces apparentes concessions ont été contrebalancée par des intrigues mesquines (bon nombre des partis qui émergent à cette époque sont financés par Bongo et n'ont d'autre objet que de diviser l'opposition). En coulisse le système perdure: Bongo fait venir de France des magistrats pour valider le résultat des élections truquées. Les gabonais, de plus en plus conscients du rôle joué par la France durant
ces décénies, s'impatientent. Des émeutes anti-français éclatent à Libreville. Les paras %t les légionnaires, une fois encore, débarquent au Gabon pour rétablir l'ordre.
Le régime de Bongo ne semble pas menacé. Des rumeurs de maladie (on a souvent murmuré que le chef d'état, très volage et cité dans le procès de proxènétisme aggravé du couturier Smalto, avait le sida) font parfois espérer la fin du règne du doyen, mais le rôle central du Gabon et son importance géopolitique n'augure rien de bon pour les gabonais.
N.B: Un rapport du Sénat américain a révélé que le président Bongo avait à sa discretion près de 10% du budget gabonais en 1995. Par le jeu des mécanismes étatiques, la présidence du Gabon peut librement corrompre les fonctionnaires et hommes politiques français et gabonais.