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Nom du forum: L'arbre à palabres sociales et culturelles
ID de la discussion: 40
No.0, Bongoïsme et pilotage à vue
Posté par: Dr. Daniel Mengara, le 23-sept-99 à 17h39 
Commençons par la bonne nouvelle. Selon un article de l'AFP datant d'hier (22 septembre), le gouvernement de Bongo aurait <BR>décidé de renoncer à son idée saugrenue de faire payer le transport scolaire aux étudiants afin de renflouer les caisses de la <BR>SOTRAVIL/SOGATRA. C'est une bonne nouvelle parce qu'elle va, comme il se doit dans le contexte gabonais actuel, <BR>épargner à nos familles des soucis supplémentaires.<P>La mauvaise nouvelle c'est qu'encore une fois, Omar Bongo et sa clique continuent à naviguer à vue et ne savent toujours pas <BR>comment s'y prendre pour sortir notre pays du bourbier dans lequel ils l'ont mis. Ce que cette renonciation montre est assez <BR>inquiétant. Elle démontre tout simplement que Bongo et son gouvernement prennent des décisions chaque jour sans les avoir <BR>pensées profondément. C'est comme si, chaque jour, ils se levaient avec des idées soudaines qu'ils décident immédiatement de <BR>mettre en place sans en avoir au préalable établi la faisabilité. Ce fut le cas des fameux fonctionnaires fantômes dont seulement <BR>quelques 200 ont été dénichés sur les 10.000 estimés. Ce fut encore le cas lors de la fameuse opération coup de poing qui, <BR>aujourd'hui, n'a pas produit les résultats escomptés.<P>Cela s'appelle de l'improvisation. Mais ce n'est pas fini.<P>Selon l'AFP, l'instauration de la carte de paiement des bus par les étudiants "a finalement été repoussée à la rentrée 2000-2001, <BR>le président Bongo ayant exprimé sa "préoccupation" devant "les difficultés rencontrées par de nombreux parents pour assurer <BR>une scolarité normale à leurs progénitures", a ajouté le porte parole du gouvernement et ministre de l'Education."<P>Mais où vit donc Omar Bongo?<P>Fallait-il qu'une telle décision soulève le tollé général au Gabon pour que Bongo sache que personne dans son pays n'a pas les <BR>moyens de s'offrir ce type de luxe? Fallait-il que la réaction populaire se fasse vive pour que Bongo sache qu'il a tellement <BR>appauvri les Gabonais que cette décision représentait une véritable insulte à leur endroit? Omar Bongo semble, de toute <BR>évidence, vivre sur Mars, et non dans le Gabon des routes trouées, dans le Gabon où l'on meurt dans les hôpitaux parce qu'il <BR>n'y pas de médicaments, dans le Gabon où l'insécurité règne parce qu'il n'y a pas d'état, dans le Gabon où l'on meurt de <BR>pauvreté parce qu'il n'y a pas de gouvernement.<P>En quoi, peut-on se demander, le paiement de 13000 francs annuels par chaque étudiant aurait-il aidé à sauver SOGATRA? <BR>Les problèmes de SOGATRA, comme ceux du Gabon en général, sont si chroniques qu'aucune infusion d'argent ne saurait les <BR>résoudre sans un total remaniement et épurement du système actuel.<P>Et les questions que l'on peut se poser sont nombreuses:<P>1) Ces 13000 francs auraient-ils garanti que SOGATRA ne tomberait plus jamais en faillite?<P>2) Ces 13000 francs auraient-ils garanti qu'un des bongoïstes habituels ne s'enfuirait plus jamais avec les fonds de la société?<P>3) Ces 13000 francs auraient-ils fait de SOGATRA une société rentable?<P>4) Ces 13000 francs auraient-ils aidé à faire de l'environnement économique gabonais un environnement propice à la rentabilité?<P>5) Ces 13000 francs auraient-ils donné à SOGATRA un parc de bus suffisamment grand pour assurer un transport sécurisé de <BR>chaque élève? (Il est évident qu'en payant 13000 FCA, chaque élève devrait prétendre à une place assise).<P>6) Ces 13000 francs auraient-ils assuré la sécurité des bus et empêché les élèves de s'y pendre (cascades) par manque de <BR>place dans le bus?<P>7) Des structures ont-elles été mises en place pour rendre aux élèves leur argent si SOGATRA plongeait dans une autre faillite?<P>8) Le gouvernement de Bongo aurait-il remboursé ces 13000 francs aux élèves en cas de faillite de SOGATRA?<P>9) Ces 13000 francs auraient-ils aidé à améliorer les routes de la capitale pour une meilleure circulation des bus?<P>On pourrait allonger indéfiniment cette liste de questions. Ce que ces questions démontrent est que l'économie d'un pays est <BR>comme le corps humain. Tout comme le mal de tête, maladie apparemment inoffensive, qui, quand il vous saisit, rend le corps <BR>entier totalement impuissant et faible, aucune entreprise ne peut fonctionner convenablement sans un minimum de structures et <BR>de santé économique globale. Toute entreprise a besoin de reposer sur un support productif reposant sur des structures <BR>propices au développement de tout le tissu économique national. Ces structures sont:<P>1) L'état de droit et les institutions: ces derniers sont ceux qui permettent de punir les détourneurs de fonds publics et de <BR>maintenir l'ordre dans le pays tout en éliminant le fléau de la corruption. Comme aux USA où l'on peut mettre le président en <BR>prison pour le détournement d'UN DOLLAR, l'état de droit pourrait permettre d'éviter la destruction de l'économie par un <BR>régime avide. Or, au Gabon, il n'y a ni état, ni institutions. C'est la loi de la jungle et la seule loi est la loi que décide le despote <BR>monarque du Gabon. En gros, il n'y a que Bongo et la cour qu'il a nommée pour chanter ses louanges. Aucun parlement (il est <BR>fantôme), aucun équilibre des pouvoirs. Ainsi donc, ni SOGATRA, ni aucune autre entreprise gabonaise, ni même le pays, ne <BR>pourra survivre économiquement sans institutions garantissant le progrès économique. Or, tout est lié. L'économie dépend des <BR>institutions et les institutions dépendent, en retour, de l'économie. Mais le passage à une économie forte passe avant tout par <BR>l'établissement d'institutions capables d'assurer la présence réglémentariste et légiférante de l'état à tous les niveaux.<P>2) La démocratie et le respect des libertés: A cause des effets paradoxaux qu'elle apporte dans le payage politique, la <BR>démocratie assure non seulement le respect des libertés des uns et des autres, mais aussi le contre-pouvoir nécessaire à un <BR>gouvernement ou régime. La démocratie rend dynamique le peuple et le peuple avance par auto-critique, assurant ainsi une <BR>alternance au niveau des institutions et leur révision en cas de blocage. Au Gabon, nous sommes encore loin de là. Au contraire, <BR>il y a regression.<P>3) Une bonne redistribution des richesses nationales: sans redistribution des richesses, l'économie d'un pays ne peut avancer. <BR>Dans les pays développés, on notera une répartition de la population en classe riche, classe moyenne et classe pauvre. Mais ne <BR>nous y trompons pas! La classe riche représente souvent dans ces pays à peu près 2-5%, la classe moyenne 70-85% et la <BR>classe pauvre 10-20%. En termes économiques, ces pays se sont assurés une classe moyenne forte qui est la seule portion de la <BR>population véritablement porteuse de l'économie. En d'autres termes, ce n'est pas les 5% de riches qui poussent l'économie, <BR>mais bel et bien les 70-85% de classe moyenne. C'est là que se trouve la vraie économie, celle qui consomme et qui achète, <BR>celle qui aspire à la richesse et qui est donc, par conséquent, très dynamique dans la recherche de la productivité. Les pays <BR>dévéloppés travaillent donc tous au maintien et au renforcement du pouvoir d'achat de cette section de la population afin de <BR>toujours relancer l'économie. Ce que cela veut dire est que sans classe moyenne, il n'y a pas d'économie car c'est dans cette <BR>classe que se retrouve toute la masse monétaire du pays.<P>Comparez ces chiffres à ceux du Gabon où 5% de riches possèdent 80% de la richesse du pays, où la classe moyenne est <BR>presqu'inexistante (10-15%) et où la classe pauvre s'élève à près de 70-80%. Ce que ceci veut dire est que l'économie <BR>gabonaise est tellement faible qu'elle n'a pas de classe moyenne pouvant supporter tout le poids de son économie. Le pays tout <BR>entier ne vit donc alors que de la rente pétrolière puisque la classe moyenne n'est pas assez forte pour soutenir l'économie (elle <BR>ne peut pas créer des entreprises, elle ne peut pas se lancer dans le secteur privé car elle n'a aucun accès au crédit et elle ne <BR>peut rien contrbuer puisqu'elle n'est pas assez nombreuse).<P>Puisque les 70% de pauvres n'ont pas grand chose à contribuer au pays (ils n'ont que 20% de la masse monétaire du pays), <BR>alors il ne reste que les maigres 5% de riches pour créer toutes les entreprises et débouchés économiques dont le pays a besoin. <BR>MAIS, LE GROS MAIS est que ces 5% de riches qui volent 80% de l'argent du pays transfèrent tout cet argent dans les <BR>banques étrangères au lieu de le réinvestir au Gabon!!! Le régime Bongo asphixie donc, sans le savoir, doublement l'économie <BR>gabonaise: par la mauvaise gestion dans un contexte désordonné et par la fuite des capitaux.<P>Car il y a en effet les bons voleurs et les mauvais voleurs. Les bons voleurs sont comme Houphouet et Hassan II: ils volent chez <BR>eux pour réinvestire chez eux. Et ils le font dans un contexte où leurs pays n'ont aucune autre richesse que l'agriculture. Notez <BR>que la même chose s'applique aux pays développés: ce qu'ils volent, ils le réinvestissent chez eux d'une manière ou d'une autre <BR>et contribuent ainsi à rentabiliser leurs économies.<P>Et il y a les mauvais voleurs. Ceux qui comme Omar Bongo volent chez eux pour réinvestir ailleurs dans les pays occidentaux. <BR>Ils tuent ainsi l'économie de leurs pays pour enrichir les pays occidentaux qui reviennent par la suite leur prêter leur propre <BR>argent.<P>Aujourd'hui donc, le énième acte de la pièce que nous joue Bongo est terminé: pour résoudre les problèmes du Gabon, Bongo <BR>a commencé par demander aux pauvres élèves gabonais de payer pour lui sa mauvaise gestion du pays. Le pays a refusé, mais <BR>c'est partie remise puisque le rendez-vous est pris pour 2000-2001.<P>Mais en attendant, quelle autre tour de baquette magique Bongo va-t-il dans les temps qui viennent nous sortir pour "sauver" le <BR>Gabon?<P>Attendons de voir.<P>----------------------------------<BR>Dr. Daniel Mengara &pip;<BR>