Qui tue par l'épée périt par l'épée: les leçons du coup d'état au NigerLundi 12 mars 1999
La surprise fut grande le vendredi 9 avril dernier lorsque le monde apprit avec émoi l'assasinat du président Ibrahim Bare Maïnassara du Niger. Alors qu'il s'apprêtait à quitter l'aéroport de Niamey pour se rendre à l'intérieur du pays, le président Maïnassara fut fauché par un feu nourri de sa propre garde présidentielle qui mit fin à ses trois années de pouvoir.
Selon les dernières nouvelles en provenance du Niger, le nouvel homme fort du pays serait... Daouda Mallam Wanké, le chef même de la garde présidentielle qui avait pour charge de protéger le chef de l'état.
Cependant, tout bien pensé, devrait-on être si surpris que cela de voir Maïnassara renversé par sa propre garde présidentielle? Non, pas vraiment. Pourquoi?
Parce que:
1) En 1996, Maïnassara lui-même était arrivé au pouvoir par un coup d'état militaire.
2) En 1996, Maïnassara avait renversé Mahamane Ousmane, président nigérien démocratiquement élu en 1993 lors des toutes premières élections multipartistes du pays. L'élection de Maïnassara lors de la seconde compétition présidentielle organisée à la va-vite la même année (juillet 1996), avait évidemment été vue comme une vraie fraude de la part d'un homme venu au pouvoir par la force et qui s'y imposait au travers d'une élection tronquée.
3) La gestion socio-économique de Maïnassara depuis 1993 n'a pas été des plus brillantes
On peut donc dire que Maïnassara a péri par l'arme même qu'il avait utilisée pour accéder et se maintenir au pouvoir: le coup d'état despotique et la fraude électorale.
Quelles leçons pouvons-nous donc tirer de la situation au Niger dans le contexte gabonais?
1) Depuis 1990, Bongo s'impose par la fraude électorale.
2) Puisque gagner une élection par la fraude électorale équivaut à un coup d'état militaire, on peut donc dire que la vie politique gabonaise n'a été marquée que par une succession de coups d'état électoraux/militaires qui ont vu Bongo se maintenir au pouvoir par la force à chaque fois.
3) La gestion de l'économie gabonaise par le régime Bongo depuis 1967 est l'une des plus honteuses d'Afrique, non seulement par son incompétence, mais aussi par sa corruption, son ethnicisme exacerbé et ses abus répétés contre des citoyens croulant sous une misère inacceptable pour un pays regorgeant de richesses comme le Gabon.
Parce que le Gabon vit aujourd'hui des crises multisectorielles (politique, éducation, santé, économie, culture, chômage, pauvreté, etc.) pires que celles qui ont mené les Nigériens à la solution du coup d'état, l'on devrait donc s'attendre dans les temps qui viennent à ce que le régime de Bongo soit balayé de la même façon.
S'il y a une chose que ce coup d'état nigérien vient de démontrer, c'est qu'il est parfois possible que des coup d'état se passent sans une effusion exagérée de sang. Le coup d'état du Niger a été un coup d'état propre qui, avec l'aide d'une sorte d'acquiescement populaire qui demandait ce changement, pourrait servir d'inspiration à d'autres libérateurs en Afrique, surtout dans la Gabon d'Omar Bongo.
L'on peut donc désormais deviner un régime omarien totalement aux abois. En fait, Bongo sait qu'un tel scénario est désormais possible au Gabon, d'où le positionnement d'Ali Ben et d'autres hommes de confiance aux postes clés. Seulement, par ce geste enfantin, Bongo se trompe encore une fois de stratégie car ce n'est pas en faisant de la résistance qu'il sauvera sa tête. La mort de Maïnassara vient de le démontrer, la résistance ne servira à rien quand le moment du jugement dernier arrivera. Nous avions à nos début proposé trois solutions à Bongo: la démission ou la présidence symbolique comme solutions de paix, ou les diverses possibilités de violence comme solution de changement. Bongo a, comme à son habitude, fait la sourde oreille, montrant ainsi qu'il était prêt à mourir plutôt que de céder le pouvoir.
Or, le moment arrive toujours lorsqu'un fils du pays se lève pour sauvegarder la dignité d'un peuple à un moment où ce peuple n'a plus que ses yeux pour voir ses enfants se mourir à petit feu sous le regard indifférent, repus et arrogant de son chef. Il arrive toujours un moment où même les régimes les plus enracinés croulent comme des fêtus de paille sous la vindicte féroce d'une peuple qui n'en peut plus. Il arrive toujours un temps où, au moment le plus inattendu, un régime trop entêté tombe. L'URSS a eu son moment, le Zaïre a eu le sien, le Nigeria et aujourd'hui, le Niger. Ce moment, pour le moment contemplé de loin par les Gabonais, arrivera aussi chez nous.
Ce moment, les Gabonais l'attendent déjà depuis fort longtemps. Puisque tout le monde sait aujourd'hui que Bongo n'est pas prêt à partir dans des conditions démocratiques capables de préserver la paix au Gabon, le moment du Gabon ne pourra arriver que sous la forme d'actions tranchantes qui seront inévitablement violentes: vindicte populaire, coup d'état et autres possibilités imprévisibles. Qui sait? Peut-être qu'un membre patriotique de la Garde Présidentielle de Bongo, inspiré par la situation du Niger, se lèvera pour faire à Bongo ce qui a été fait à Maïnassara? Il suffit parfois d'un homme...
Peu importe la manière. Tout ce que l'on sait c'est que dans un contexte où il n'existe aucune possibilité d'alternance démocratique, le changement arrive toujours par la méthode Niger. C'est une équation mathématique sur laquelle ni nous au BDP, ni ceux qui mèneront une telle action n'avons aucune emprise. Elle est la conclusion inévitable dans le contexte d'une régime qui, par sa résistance farouche au changement, appelle de telles méthodes. Ce moment, il arrivera donc aussi chez nous. Ce n'est donc plus qu'une question de temps. Une chose est sûre cependant: quand ce moment arrivera chez nous, le perdant, ce ne sera pas le peuple gabonais, mais le régime entêté d'Omar Bongo.
Eveillons-nous, Gabon!
BDP-Gabon Nouveau