Débâcle économique et fuite des cerveaux: Le Gabon est dans la tourmente.19 mai 1999
Jusqu'à assez récemment en Afrique noire, le Gabon était resté l'un des rares pays dont les ressortissants revenaient toujours chez eux après de longues études supérieures à l'étranger. L'émigration gabonaise ne s'est donc souvent limitée qu'à des séjours temporaires correspondant plus ou moins à la durée des études entreprises.
Cette exception gabonaise pouvait s'expliquer de deux manières principales:
1) La famille
Le Gabonais est toujours resté très attaché à sa famille. A cause de l'importance socio-culturelle énorme de la famille dans la société gabonaise, le Gabonais s'est, dans la plupart des cas, toujours interdit une expatriation définitive. Cette raison est donc, jusqu'à présent, souvent restée la plus déterminante dans le retour du Gabonais en terre natale.
2) L'espoir d'intégration socio-économique
L'espoir de pouvoir s'intégrer dans le tissu économique du pays et de contribuer le savoir acquis à l'étranger au développement de sa nation a souvent représenté la deuxième raison du retour du Gabonais en terre natale. Il faut dire que l'illusion de richesse que donnait encore le Gabon jusqu'à la fin des années 80 laissait d'énormes lueurs d'espoirs à tout jeune Gabonais parti conquérir le savoir des Blancs. A cette illusion s'ajoutaient les discours politiques qui, tant bien que mal, surent maintenir l'intelligentsia gabonaise dans l'illusion d'un pays dont l'économie était assez solide pour pouvoir absorber toute la main d'oeuvre qualifiée gabonaise. Ce n'est donc que grâce à la crise économique qui frappa le pays dans le milieu des années 80 que les Gabonais comprirent que ce n'était là qu'un mythe savamment entretenu par le bongoïsme ambiant. Cependant, cette dévouverte fut faite trop tard: l'incompétence du régime Bongo et le manque de diversification en matière économique avaient déjà rongé le tissu économique national après près de 32 ans de gestion irresponsable. Cette crise avait, certes, aidé le pays à se réveiller politiquement, mais ce réveil fut tardif: les dégâts économiques avaient déjà été causés.
Drôle de palmarès en effet pour un pays béni des dieux dont le voyage sur le parcours du développement aurait pu se faire de manière exceptionnelle, un parcours qui avait le potentiel de donner le ton en Afrique centrale pour faire du Gabon un modèle de développement à l'africaine. Le pétrole était effectivement arrivé comme une bénédiction pour ce pays qui fut pauvre à l'origine. Le Gabon, à cause de sa faible population qui dans les années soixante-dix ne s'élevait qu'à près de 600.000 habitants, manquait tellement de main-d'oeuvre que le pays dut faire appel à ses voisins pour pouvoir répondre aux besoins énormes que le boom pétrolier des années 70 avait fait naître. Dans cette atmosphère d'euphorie, la gabonisation battit effectivement son train, donnant ainsi aux Gabonais l'espoir de lendemains toujours meilleurs. Le pétrole était devenu le nouveau dieu des dirigeants. "Après le pétrole... le pétrôle" entendait-on Bongo clamer (Lettre du Continent No. 327, 15 avril 1999), tellement la bénédiction semblait éternelle et les réserves grosses comme la vie. L'après-pétrole? Bongo n'a jamais voulu apprendre ce mot. Dans un tel contexte d'euphorie généralisée, rien ne semblait pouvoir inquiéter le régime: l'économie, dopée par la manne pétrolière, enregistrait des records de croissance. Ainsi, de 1967 à 1977, le budget de l'état passa de 14,5 milliards de CFA à 255,8 milliards. Cette croissance fulgurante continua dans la décennie suivante: le budget passa ainsi de 289,8 milliards de CFA en 1978, à 669,3 milliards en 1986 (Gaulme 1988). Les dirigeants, soudainement riches, envisagèrent de grands chantiers tel le Transgabonais et dilapidèrent grossièrement les revenus du pays. Fort du l'afflux d'immigrants venus occuper les bas emplois du pays, le Gabonais n'aspira plus qu'aux hautes professions de cadre qui foisonnaient. Il s'habitua vite à ne plus travailler que dans un bureau climatisé et à ne rouler qu'en véhicule tout terrain.
Par orgueil, le discours de gabonisation des dirigeants amplifia une folie des grandeurs qui frappa les Gabonais de plein fouet, et à tous les niveaux de l'échelon socio-économique. En même temps, le parti unique créé par Bongo en 1968 devint le maillon central de cette gabonisation. Ainsi, pour occuper une fonction de cadre dans les entreprises para-étatiques ou dans l'administration, l'adhésion au Parti Démocratique Gabonais (PDG) devint le passage obligé pour une ascension socio-économique fulgurante. Peu à peu, le mérite personnel ne compta 0lus. Ce qui devint important était l'appartenance au PDG et l'activisme en faveur du régime d'Omar Bongo.
A cause de cette exigence partisane placée sur le chemin du Gabonais comme condition de son intégration dans le tissu économique, et à cause de la structure hautement régionaliste du parti-état de Bongo, le favoritisme et le clientélisme ethnique et régional s'instaurèrent en véritables institutions. Avec elles vinrent aussi d'autres maux tels la corruption, l'impunité légale et la loi de la jungle qui pardonna toutes les exactions commises par le régime ou par ses représentants. De plus, fermé à toute critique et punissant durement les réclacitrants, il était devenu tout à fait impossible au régime Bongo de voir le mal que ce système de parti-état causait au tissu économique et culturel de la société gabonaise. Le Gabonais devint donc tout simplement paresseux puisque l'effort et le travail n'étaient plus les vertus du développement au Gabon. Il suffisait de faire partie du PDG, ou de connaître quelqu'un de bien placé, et hop! Toutes les portes s'ouvraient. Dans un tel contexte d'exactions partisane et d'euphorie économique, tous les espoirs étaient permis. L'étudiant qui rentrait de France trouvait toujours un emploi de cadre. Ceux qui s'intéressaient à la politique étaient tout de suite "bombardés" à des postes politiques dans le PDG ou dans le gouvernement. La fonction politique devint ainsi synonyme, non pas de service rendu à la nation, mais plutôt d'enrichissement tantôt licite, tantôt illicite (notez que le président américain, pour sa fonction, ne touche même pas l'équivalent de ce que gagne un Ministre gabonais par mois). A cause des salaires faramineux que l'appartenance au gouvernement et aux instances politiques du PDG rapportait, la fonction politique devint la cible primordiale de tout Gabonais puisque c'est dans ce domaine, et non dans le secteur privé, que l'on retrouvait les plus gros salaires. Parfois, ces salaires se payaient en double selon que l'on occupait à la fois des fonctions gouvernementales et des fonctions politiques au sein du PDG. L'état laitier institué par Bongo était ainsi goulument trait comme une vache grasse, sans retenue aucune.
Tandis que le pays, conditionné, s'abbreuvait des discours politiques pleins de grandeur du "Grand Camarade", les effets d'une économie basée sur la rente s'aggravaient. Non seulement parce que les dirigeants oublièrent de profiter de cette manne pour diversifier leur économie afin de la doter d'une solidité interne, mais aussi parce que la tranche la plus importante de la population n'en profita pas. En effet, le paysan gabonais fut omis de cette équation du développement basé sur la rente. Pendant que des pays comme la Côte d'Ivoire et le Cameroun investissaient, faute de mieux, dans l'agriculture, le Gabon quant à lui tabla tous azimuts sur la rente pétrolière et minière. L'agriculture et l'auto-suffisance alimentaire, qui auraient dû devenir la base du développement, ne firent ainsi l'objet d'aucune attention de la part des dirigeants. Sans une production agricole et vivrière adéquate, le Gabon devint rapidement un gros importateur d'aliments de base, aliments qu'il aurait pu produire lui-même avec un minimum de compétence gouvernementale.
Certes, le paysan gabonais a souvent donné l'impression de vivre nettement mieux que celui d'autres pays africains. Mais ce n'est là qu'une apparence dans laquelle le système Bongo n'a aucun mérite. Le Gabon a tout simplement cette incroyable chance d'exister sur une terre généreuse: pas de désert, gibier abondant et terre moyennement fertile. Il suffit donc au paysan gabonais de jeter par terre quelques grains de maïs pour que ce maïs pousse tout seul. Le paysan n'a ainsi pu survivre que grâce à la petite économie de subsistance qu'il a lui-même développée. Il n'a pour ainsi dire pas besoin d'argent pour vivre puisqu'il peut survivre uniquement du fruit de sa terre. Le seul argent nécessaire pour lui dans ce contexte est celui qui sert à acheter du savon et du pétrole pour la lampe. En somme, les paysans gabonais n'ont fait que survivre et végéter, tandis que le régime et ses dignitaires se gavaient du venin d'une fortune gagnée malhonnêtement. Un autre facteur salvateur pour ce paysan a été la faible population du pays, qui a évité au Gabon les graves problèmes fonciers et de distribution de la terre qui peuvent subvenir de la pression démographique. C'est dire que le paysan gabonais est très pauvre et que le régime Bongo n'a rien fait pour lui. En fait, ce régime l'a même acculé à plus de pauvreté en ne construisant pas de routes fiables capables de générer une activité économique agricole dans les campagnes, et en ne facilitant pas l'exploitation du cacao et du café, denrées qui auraient pu permetttre au Gabon d'accumuler des sommes considérables en plus du revenu pétrolier. Faut-il ici rappeler que la Côte d'Ivoire vit principalement de son cacao et le Sénégal de son arachide? Faut-il également noter ici que l'on voit souvent exposée, dans les supermarchés de France, de la banane en provenance de Côte d'Ivoire et du Cameroun, mais jamais rien du Gabon? Et pourtant, le Gabon aurait pu en faire autant, sinon mieux au vu de ses ressources.
Le parti-état de Bongo a donc doublement appauvri le Gabon. Il a appauvri matériellement le paysanat du pays et détruit intellectuellement les capacités de l'intelligentsia nationale qui est devenue une classe politisée dont le but, sous le régime du parti unique, n'était plus la production de la richesse par le travail, mais la construction du système Bongo par la "loi du ventre" et le "bouge-fesse" des femmes.
Le début hautement politisé des années 90 représenta donc chez bon nombre de Gabonais un espoir de renouveau. Le vent de démocratie soufflait en Afrique et tous les espoirs étaient désormais permis, surtout au Gabon où la majorité silencieuse attendait patiemment que soient redistrubuées les richesses du pays de manière plus équitable. La démocratie, avec son système de pouvoir et de contre-pouvoir constituait donc, pour le peuple, le seul espoir d'une productivité qui résulterait dans plus de justice sociale et économique.
Cependant, au Gabon, l'espoir fut de courte durée. Les élections qui se déroulèrent entre 1990 et 1998 n'apportèrent aucun espoir de changement véritable. Le régime Bongo s'octroya la victoire électorale à chaque élection majeure, tandis que l'économie continuait de sombrer dans une morosité fatale. Aujourd'hui, le Gabon est donc un pays hautement endetté et en banqueroute quasi-totale. Depuis 1998, le Gabon n'arrive en effet plus à payer une dette extérieure handicapante qui s'élève à plus de 4 milliards de dollars (environ deux mille trois cent (2 300) milliards de Francs CFA). Le non-paiement de cette dette veut donc dire plus d'intérêts à payer et donc une montée vergitidineuse de la créance due. A titre d'exemple, l'argent que le Gabon devait à l'Agence Française de Développement s'élevait à 166 millions de FF (soit 16 milliards 660 millions de CFA) en octobre 1998. Au 30 avril dernier, cette dette s'était dédoublée, atteignant désormais plus de 330 millions, soit plus de 33 milliards de F CFA) (Jeune Afrique du 11 au 24 mai 1999, No. 2000-2001, p. 81). L'argent dû à la Banque Africaine de Développement (BAD) est lui aussi passé de 55 millions de dollars (environ 30 millards 250 millions de CFA) à 70 millions de dollars (soit 38 millards 500 millions de CFA). Sur le plan interne, le chômage s'élève à près de 20%, le système de santé est en état de délabrement avancé, l'éducation et la formation subissent un rude coup et le moral du pays est au plus bas. Sur la base de l'échec du voyage d'avril et de mai dernier de Bongo dans les capitales occidentales, le Gabon est jusqu'au cou dans un pétrin aux airs de sables mouvants. En effet le FMI a mis comme condition de toute ouverture des négociations le paiement par le Gabon des 700 millions de FF (environ 70 milliards de CFA) qu'il doit à la BAD et à l'AFD (Jeune Afrique, op. cit). C'est que le bout du tunnel n'est certainement pas pour bientôt, surtout dans un contexte où le budget de l'état accuse un rude coup: pour son fonctionnement optimal, l'état gabonais a besoin de dépenser environ 1 492 milliards de FCFA. Or, il ne dispose à présent que de quelques 550 milliards de CFA de recettes budgétaires (Jeune Afrique du 11 au 24 mai 1999, no. 2000-2001, p. 71). A peine de quoi payer le salaire de sa masse pléthorique de fonctionnaires! Les besoins de financement budgétaire du pays s'élèveraient ainsi à près de 925 milliards de F CFA (Jeune Afrique No. 1998 du 27 au 3 mai 1999, pp. 18-19). Une véritable fortune dans les conditions actuelles. La dette gabonaise ne peut donc qu'augmenter puisque, pour se libérer de la dette, le Gabon doit... s'endetter un peu plus.
Confronté à ces dures réalités, le découragement et l'immobilisme se sont, depuis au moins 1989, saisi du pays. A son tour, le Gabonais semble avoir commencé à changer de perspective sur sa relation avec son pays. Jadis fièrement opposés à toute idée d'émigration définitive vers d'autres pays, les Gabonais qui le peuvent songent désormais, coûte que coûte, à partir de leur terre pour s'installer ailleurs. En effet, selon des chiffres officieux obtenus d'un responsable des bourses et stages qui a voulu garder l'anonymat, de 1990 à 1999, sur 100% des étudiants ayant terminé leurs études à l'étranger, l'on estime à environ 30-35% la proportion des Gabonais qui ne sont pas rentrés au pays après leur formation. Ces chiffres, à mesure que le pays plongera dans le déprime économique, sont appelés augmenter. C'est que, au vu des conditions socio-économiques actuelles, et surtout après avoir vu comment, sous d'autres cieux, des leaders responsables ont assuré le développement de leurs nations, les Gabonais qui voulaient le faire ne sont plus prêts à rentrer au pays.
A l'intérieur du Gabon, la tendance est également au départ. Les désillusions pour les Gabonais qui sont rentrés au pays sont grandes. Ainsi, J. B, qui est rentré en été 1998, cherche déjà à en ressortir. Ses commentaires sont, pour ainsi dire, à la hauteur de ses désillusions:
"Ma situation au pays commence à devenir pesante, sur tous les plans. J'ai l'impression que mon premier travail de recherche (je veux parler de mon doctorat) ne me sert plus à rien tel il ne trouve pas ici un lieu d'épanouissement. J'en cherche un".
Le témoignage de F. C., lui aussi rentré récemment au Gabon, est encore plus perturbant:
"Je suis revenu au Gabon depuis <...> après 7 années passées en France <...> où j'ai soutenu ma thèse (NR) en <...>, sur <...>. Le retour au pays est la pire des choses que j'aurais faites dans cette chienne de vie. Bien sûr j'ai été recruté par l'université et j'enseigne au département de <...>, mais c'est cruel: pas de salaire, pas de structures, pas vraiment de perspective. Juste le rêve, celui que nous avons tous entretenu alors que nous étions etudiants. Par patriotisme et par fierté, j'ai choisi de revenir au pays, espérant y apporter quelque chose, modestement. Ce Gabon-là n'est plus celui que nous avons connu, hélas. Du coup, moi aussi je souhaite partir, au bout du monde, là où je pourrai être traité comme quelqu'un et faire ce que je veux pour la réalisation de mes rêves, ne serait-ce que sur le plan universitaire. Je sens que je deviendrai fou si je passe deux ans ici dans les
conditions actuelles. Je vais partir du Gabon, mais je ne sais pas encore où, ni comment m'y prendre. La seule chose que j'ai c'est mon doctorat, je le mettrai sous la main. Je vise le Canada, les USA ou l'Australie. Si je trouve une issue dans une université ou un lycée, je pars, le coeur gros, mais sans regrets. Malheureusement c'est très difficile de sortir de
ce trou à rats <...>".
J. B. et F. C. ne sont qu'un maigre échantillon de ces Gabonais qui ne trouvent plus au Gabon, ni les conditions de leur épanouissement intellectuel, ni celles de leur épanouissement socio-économique. Le régime Bongo s'est donc révélé être celui qui, en Afrique, s'est montré le plus intelligidaire: il tue les intelligences gabonaises (intelligicide), les pousse à l'animalité, détruit leur motivation, leur patriotisme productif et les réduit à un immobilisme mortel. Aujourd'hui, le Gabon souffre, et avec lui son peuple et ses intelligences.
La fuite des cerveaux que l'on constate donc aujourd'hui au Gabon a un double impact négatif. 1) Il détruit la famille gabonaise en causant l'émigration de membres qui auraient dû devenir des pourvoyeurs et des consolidateurs dans le contexte de pauvreté actuel, et 2) il prive le Gabon du potentiel intellectuel dont il a besoin pour son développement. En matière économique, le maintien d'un système famillial stable et l'existence d'opportunités économiques sont les ingrédients de base de la consolidation du tissu économique national. Dans le contexte gabonais actuel, la désintégration de la famille et les conditions psycho-sociales néfastes que cet état des choses entraîne ne peuvent que devenir, à court et à moyen terme, les instruments d'une dégradation avancée de la société gabonaise à tous les niveaux.
En fin de compte donc, le régime Bongo, par sa gestion désastreuse de la chose publique, est la cause non seulement de la débacle socio-économique, culturelle et politique de notre pays, mais aussi de la destruction du potentiel intellectuel et humain du Gabon. Or, sans une jeune éduquée, sans un peuple jouissant pleinement de ses capacités physiques et intellectuelles, le Gabon n'arrivera jamais à faire face aux grands défis du 3e millénnaire de la mondialisation, une mondialisation dont le capitalisme va être impitoyable pour ceux qui n'y seront pas préparés, mais bénéfique pour ceux des Africains qui auront su se reconvertir politiquement et socio-économiquement. Des pays comme la Côte d'Ivoire et le Botswana risque donc demain de devenir les piliers d'une Afrique nouvelle, tandis que des nations jadis riches comme le Gabon seront relégués dans les catacombes de l'histoire à cause de la folie des grandeurs d'un seul homme: Omar Bongo.
Pour le Gabon, l'équation de l'avenir reste assez incertaine et les défis énormes. Dans un contexte qui ne laisse au pays que 7 à 8 ans de réserves pétrolières (AFP, 11 décembre 1998), donc de potentialité économique, le Gabon ne peut se permettre 7 ans de régime Bongo. Sept ans, c'est justement le temps qui reste au Gabon pour redresser la balance dans le cadre d'un nouveau régime débarrassé des lourdeurs de l'ancien. L'urgence de ce redressement est telle qu'aujourd'hui, il s'agit pour les Gabonais de faire un choix lui aussi très urgent: la mort lente sous le régime Bongo ou le progrès, la prospérité et l'entente nationale sous un nouveau régime dont l'action serait de rendre au Gabon et aux Gabonais leur dignité. Les dernières déclarations intempestives et tapageuses de Bongo désavouant publiquement son Ministre de l'économie (AFP, 13 mai 1999) laissent donc perplexe plus d'un observateur. En même temps, elles placent le doute sur la capacité du régime Bongo à se reconvertir aux principes suprêmes de la légalité démocratique et de la bonne gouvernance. Pour le peuple qui vit dans l'attente de lendemains meilleurs, l'espoir d'un renouveau semble s'éloigner à mesure que les semaines, les mois et les années passent.
Une chose est désormais certaine dans la tête de la plupart des Gabonais: la déroute actuelle de leurs gouvernants et leur pilotage à vue ne peuvent plus continuer. Dans un contexte où le Gabon n'en a plus que pour sept à dix ans de richesse pétrolière, un contexte dans lequel, parallèlement, les investissements étrangers se font rares, le pays ne peut s'offrir sept années supplémentaires de système Bongo. Au vu des trente deux années que le régime Bongo a passé à s'engraisser tout en appauvrissant le pays, l'intérêt national voudrait que ce régime soit IMMEDIATEMENT mis hors d'état de nuire, pour que vive enfin la nation gabonaise.
Dr. Daniel Mengara
Coordinateur, BDP-Gabon Nouveau.