Le Gabon ne tourne plus rond. Malgré 1000 milliards F CFA de revenus pétroliers - en fait encore 1 300 milliards en 2003 ! - pour 1 million d'habitants, le pays chéri de la France des années 70 patine grave. Comme l'expliquent si bien les cols blancs du FMI dans leur rapport, tout frais, de février 2004 : "le Gabon bénéficie des recettes d'un pays à revenus intermédiaires (3 900 $ de PNB par habitant) mais enregistre des indicateurs sociaux d'un pays des moins avancés avec 62% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté". Cherchez l'erreur. Au-delà des chiffres estampillés Bretton Woods, quelques nouvelles diverses - tenues secrètes - témoignent encore mieux du climat délétère local. L'architecte Pierre Fakhoury, chargé de ripoliner pour plus de 100 milliards F CFA le Palais du bord de mer, a abandonné son chantier faute de paiement. Dans la plus grande discrétion, le président Omar Bongo vient de s'offrir cash un nouveau Super Puma (hélicoptère) de plus de 15 millions $ pour démarrer sa campagne présidentielle. Egalement signe des temps incertains : l'ambassadeur Jean-Marc Simon s'est fait cambrioler sa résidence. Du jamais vu au c?ur de la France en Afrique. Sans doute pour rassurer la communauté française et inquiéter les opposants radicaux, le 6e BIMA a défilé le 24 janvier avec les troupes gabonaises dans le cadre de la "Journée des forces de défense". Enquête d'ambiance.Agitations sociales à répétition. Malgré la trêve sociale signée en septembre 2003 entre le gouvernement et les syndicats, les conflits et grèves gagnent du terrain... Après les manifestations violentes de la mi-janvier des élèves du Lycée technique national Omar Bongo, ce sont les étudiants de l'Université de Libreville, appuyés par les enseignants du syndicat Frapes, qui "grèvent". Les agents du Conseil gabonais des chargeurs (entreprise publique) ont également cessé leurs activités et exigent le départ du directeur général qui n'est autre que Joseph Ntoutoume Emane, fils aîné du premier ministre. Avant fin février, le personnel médical et de santé envisage un mouvement contre leur ministre, Faustin Boukoubi. Ce climat social inquiétant a pour toile de fond la préparation des élections présidentielles de la fin de l'année. S'il n'y a que Bongo en scène et si Bongo V ne peut craindre que Bongo IV, l'abstention sera le vrai challenger du président sortant et entrant... On ne se bouscule pas pour l'opération d'inscription sur les listes électorales qui se tient du 9 février au 31 mars 2004.
Une cagnotte de Ramadan. En pompant à mort les champs vieillissants, sur instruction de la présidence, les compagnies pétrolières ont réussi à légèrement augmenter la production pétrolière en 2003 : 13,3 millions t contre 12,6 en 2002. Sans nouvelle découverte, la pente n'en sera que plus raide dans les années à venir : pas plus de 8,6 millions t prévues en 2006 avec des revenus de 786 milliards F CFA contre 1 300 en 2004. Si, pour la première fois, le Gabon a mis 70 milliards F CFA dans le Fonds des générations futures (FGF), ses dépenses extra-budgétaires ont dépassé 140 milliards F CFA en 2003. Les arriérés de dettes à rééchelonner atteignent aujourd'hui près de 500 milliards F CFA.
Un environnement régional hostile. Le doyen Bongo a autant de mal à gérer aujourd'hui ses anciens "obligés" et parents régionaux que ses barons. L'ambiance est au parricide. Le plus virulent est Teodoro Obiang, le nouvel émir de Guinée Equatoriale. En conflit frontalier avec le Gabon (pétrole autour de l'île de Mbagné et diamants du Woleu Ntem), Teodoro Obiang a refusé le mois dernier la médiation du président Denis Sassou Nguesso, beau-père du président Bongo. Venu deux jours à Brazzaville dans le cadre d'un sommet sur la Cemac, Obiang Nguema n'est resté qu'une journée évitant tout contact avec Bongo qu'il soupçonne d'avoir soutenu la tentative de putsch contre lui à la mi-décembre 2003. Rancunier, le président équato-guinéen a fait arraisonner en janvier dans les eaux territoriales de son pays des bateaux de pêche appartenant à la première dame gabonaise, Edith Bongo. Péché grave !
La lettre du continent - N°441 du 19/02/2004
Youri Gabao,
Pour un Gabon meilleur...