Les sectes religieuses: autre symbole de la décadence du Gabon sous Bongo.Dans une dépêche de l'AFP datée du 18 mars 1999, il est rapporté une inquiétude naissante du gouvernement gabonais quant à la prolifération des sectes religieuses dans plusieurs villes de notre pays. Comme le dit la dépêche, ces groupes religieux se sont dévéloppés en véritables industries charlatanes dont les visées monétaristes finissent d'enlever leurs derniers sous aux Gabonais déjà pauvres.
Cette "inquiétude" soudaine des autorités gabonaises est tout simplement hypocrite. D'abord parce que le problème des sectes n'est pas nouveau au Gabon-il existe depuis au moins 1988 suite aux crises économiques qui ont frappé le Gabon depuis 1986. Ensuite parce que le gouvernement Bongo, de manière typiquement bongolienne, semble toujours être surpris des choses qui se passent dans le pays, se réveillant uniquement à l'occasion des élections, comme si Bongo avait vécu sur la planète Mars pendant ces trente et une dernières années.
Le plus grave encore c'est que, en se rendant enfin compte des dégats socio-économiques et socio-psychologiques que causent ces sectes aux Gabonais luttant péniblement pour leur survie, le gouvernement fait semblant de ne pas se rendre compte des causes réelles du succès malsain que rencontrent les sectes religieuses au Gabon.
Pour le gouvernement, le phénomène des sectes reste indépendant de l'atmosphère de déroute socio-économique généralisée qui subsiste dans le pays. Evidemment, tout le monde au Gabon et à l'étranger sait que ce sont là les déclarations irresponsables d'un régime qui a plus que jamais démissionné d'une gestion productive du pays et qui, dans ses dernières heures, achève de vider sans retenue les caisses d'un état désormais exangue et asphixié économiquement par trente et une années de corruption, de vol, d'incompétence et d'inhumanité.
Car ce que le système Bongo semble vouloir bannir de la réflexion et de son esprit incapable du remords patriotique, ce sont les effets psychologiques néfastes que peut entraîner l'extrême pauvreté chez l'être humain. De tous temps et de toute époque, lorsque l'horizon économique, social, culturel et politique d'un peuple est fermé, ce peuple se réfugie toujours dans des activités escapistes dont le but est de lui faire oublier les temps durs. Si dans certaines sociétés, ce sont les drogues qui servent de refuge aux pauvres, au Gabon, ce sont les sectes qui sont devenues les intruments d'un espoir illusoire chez nos concitoyens. Tout comme avec les drogues et l'alcool, dans lesquels les pauvres dépensent leurs derniers sous pour oublier, le temps d'une cuite, les malheurs insurmontables de leurs vies, le Gabonais pauvre n'hésitera point à sacrifier son argent dans l'espoir que lui fait miroiter la secte. Evidemment, ce Gabonais est tellement pauvre, tellement animalisé qu'il en perd le réflexe d'auto-défense qui aurait dû lui permettre d'éviter les arnaques de ces pasteurs venus de l'enfer. Malheureusement, le désespoir est trop grand et la pauvreté trop extrême pour que ce pauvre Gabonais puisse se dérober d'une inhumanité qui n'a plus de pitié pour le concitoyen.
Devant un état Bongo qui a démissioné face à ses responsabilités, le Gabonais n'a donc plus que la bière pour compagnon et la secte pour refuge.
Et le système Bongo d'oser rejeter la responsabilité de cette déchéance sur les sectes! Quel toupet! Ces sectes qui finissent d'appauvrir nos démunis sont l'émanation directe de l'échec du système Bongo. Un système qui s'est goulument vautré sur la richesse du Gabon, ne laissant au citoyen affamé que les miettes d'un repas de roi sur lequel Bongo et sa clique ont arrogamment festoyé pendant 31 ans. C'est que le système Bongo a, pendant trois décennie, vécu de l'illusion d'une richesse éternelle que lui faisait miroiter le pétrole. Il ainsi "bouffé" sans penser aux lendemains, et encore moins à un peuple qui a continué à contempler de loin le luxe du palais de marbre, espérant un jour qu'une fois repu, Bongo pensera à leur jeter un os à croquer. Mais même l'os tant attendu n'est pas venu. Bongo a tout croqué jusqu'à l'os.
Cela ne surprendra donc personne que certains aient vu en l'année 1990 le tournant négatif de notre pays vers plus de décadence. C'est que la survie surprise du système Bongo a eu un effet totalement avilissant sur la population gabonaise! 1990 avait représenté pour les Gabonais l'espoir d'un renouveau qui viendrait avec le départ annoncé de Bongo. Malheureusement, la voracité du système Bongo et son envie de se maintenir aux rennes du pays avaient totalement tué cet espoir. Le découragement qui saisit alors les Gabonais s'accentua d'année en année et d'élection déçue en élection déçue. La secte devint donc pour nos pauvres la seule façon d'aller noyer ce désespoir qui non seulement avait enlevé son envie de travailler au Gabonais, mais le rendit aussi totalement amorphe dans sa confrontation avec des réalités qui dépassaient désormais son entendement.
Le développement exponentiel de sectes capitalistes au Gabon depuis 1988-1990 correspond donc de manière presque parfaite à la perte d'espoir exponentielle et continuelle des Gabonais dont l'horizon est resté bouché par la présence indéracinable du système Bongo. En d'autres termes, la présence continuelle de Bongo au pouvoir est devenue, à elle seule, la principale cause, non seulement du manque de motivation pour le travail au Gabon, mais aussi de l'instabilité psychologique qui est en train de frapper notre peuple. Rien d'étonnant donc à ce que ce peuple se jette, comme des brebis, dans les bras avides de faiseurs de miracles et autres prophètes miraculeux.
L'insupportable arrogance du gouvernement Bongo a donc désormais atteint des limites incommensurables. Pour Bongo et ses sbires, les problèmes du Gabon sont toujours dus aux bailleurs de fonds qui, selon eux, étranglent l'économie gabonaise (voir "les chances du Gabon pour l'an 2000", l'infâme livre de Bongo écrit pour lui par des Français); ces problèmes n'ont jamais rien à voir avec la gestion désastreuse de nos ressources par le système Bongo. Ce sont toujours de l'extérieur que viennent les problèmes. Jamais du dedans. De même, tandis que les sectes animalisent un peu plus notre peuple, Bongo se tait car il sait que ces pauvres qui vont dans les sectes iront y déposer leurs rancoeurs, devenant aussitôt des brebis inoffensives pour le pouvoir en place. Le système Bongo voit donc en ces sectes des alliés de taille car un peuple religieusement conditionné est toujours un peuple passif, qui laissera toujours à Dieu le soin de résoudre ses problèmes pour lui. Ainsi, tant que les sectes existeront au Gabon, le pouvoir de Bongo sera sauf car le peuple trouvera toujours en ces sectes le dépotoir de ses rages meurtrières. La religion est l'opium du peuple, n'est-ce pas?
Les aberrations du système Bongo ne s'arrêtent pas à ses complicités avec les sectes au Gabon. Bongo et ses alliés en dedans et en dehors du pays se sont également organisé pour finir le peu d'argent qui restait dans les poches des Gabonais. C'est ainsi qu'au cours de ces huit dernières années ont fleuri dans les villes gabonaises des centres de jeux, des casinos, des centres de loterie et de pari, où les Gabonais pauvres vont déverser leurs derniers sous à parier pour des courses de chevaux se déroulant en France, sans jamais rien gagner. Ainsi, au lieu d'offrir aux Gabonais le développement économique qu'ils attendent, Bongo leur apporte la ruine au travers d'établissements de jeux de hasard où sévit la fraude et où le pauvre citoyen ne gagne jamais rien. Ce que Bongo, comme au cours des dernières élections, sait proposer aux Gabonais se résume donc ainsi en un seul mot: ILLUSIONS. Bongo le jongleur, le prestigiditateur est donc un vendeur d'illusions par excellence. Jamais du concret, rien que du pipot.
L'utilisation des sectes comme boucs émissaires par le pouvoir est donc scandaleuse. Cette utilisation révèle la continuité d'une navigation à vue par le pouvoir Bongo qui, depuis 31 ans, ne sait toujours pas gérer un pays qui fut béni des dieux, mais qui dans les années qui viennent, risque de devenir le berceau d'une anarchie généralisée pour cause d'une pauvreté qui un jour finira bien par devenir tellement insupportable que ces Gabonais seront prês au suicide collectif qui leur fera décider du départ immédiat de Bongo par tous les moyens possibles. Seulement, il sera très difficile à notre pays, une fois engagé sur la pente de la déchéance économique et psychologique extrême, de retrouver la sanité perdue. Il y a des effets et conditionnements qui tardent à disparaître. Le "décuitage" risque donc d'être rude pour notre peuple une fois Bongo parti, si ce départ se fait selon les termes dictés par Bongo.
Bongo devra donc, dans tous les cas, porter un jour la responsabilité écrasante de cette animalisation de notre peuple. Parfois, même le peuple le plus passif, le plus amorphe finit par arriver au bout du rouleau. Parfois, même un tel peuple, tel un lion acculé, finit par se retourner contre son bourreau pour l'égorger d'un coup de griffe mortel. Puisque les appels au patriotisme ne suffisent pas à faire comprendre à Bongo que les temps ont changé et que la survie de notre pays passe forcément par son départ, peut-être sera-t-il trop tard pour lui quand ce peuple se décidera enfin à s'éveiller pour impitoyablement balayer un système qui n'a eu aucune pitié pour lui? Mais peut-être sera-t-il déjà trop tard pour notre pays opprimé?
Seul... Dieu nous le dira...
En attendant, nous au BDP ne pouvons dire que ceci: Eveillons-nous, Gabon!