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Sujet: "Caractéristiques du gouvernement Bongo: amateurisme et incompétence"     Précédente | Suivante
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Dr. Daniel Mengara
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"Caractéristiques du gouvernement Bongo: amateurisme et incompétence"
 
   Caractéristiques du gouvernement Bongo: amateurisme et incompétence

22 juillet 1999

Dr. Daniel Mengara
Coordinateur
BDP-Gabon Nouveau

L'on ne cessera jamais de s'étonner des actions posées par le gouvernement gabonais de Bongo. C'est à croire que de haut en bas de l'échelle gouvernementale, l'incompétence et l'amateurisme sont tellement devenus légion que Bongo et ses sbires ne savent plus quoi faire non seulement dans le cadre du redressement socio-économique du Gabon, mais aussi dans le cadre de la préservation d'un semblant de tissu socioculturel dont le Gabonais pourrait être fier.

L'insécurité généralisée qui frappe le Gabon aujourd'hui révèle un malaise socio-culturel et économque si profond que la seule manière de vraiment s'en défaire serait de mettre en place les structures du changement que les Gabonais attendent. Evidemment, Bongo et les siens aiment encore à se faire des illusions sur le sentiment des Gabonais à leur endroit. Alors, croyant bien faire et acculés dans leur immobilisme constant, ils se lancent maladroitement dans des prises de positions et d'actions hasardeuses qui, au lieu de traduire la reprise en mains de ses responsabilités par le gouvernement, révèlent plutôt au monde le côté improvisé, intempestif et fébrile des actes posés.

Il en va ainsi de la nouvelle et soudaine décision de déverser dans les rues de la ville des policiers et une garde présidentielle non préparés pour ce type d'opérations. Faut-il être sorcier pour savoir que ce n'est pas en déversant sans but et de manière hasardeuse des militaires dans les rues que l'on arrête l'insécurité? Faut-il également être sorcier pour savoir que les raisons de cette insécurité sont à rechercher dans le passé et le présent sans gloire du régime incompétent de Bongo lui-même? L'insécurité gabonaise actuelle découle de plusieurs causes évidentes. Parmi celles-ci:

1) la pauvreté des Gabonais qui sont de plus en plus obligés de se livrer au grand banditisme pour pouvoir joindre les deux bouts.

2) le désoeuvrement de la jeunesse qui, au chômage et sans perspectives d'avenir, ne peut que se livrer au grand banditisme.

3) sur le plan historique, Bongo a, au lendemain de l'adoption du multipartisme, encouragé la formation de milices de jeunes armés qui, déçus par les promesses du régime, "se vengent" aujourd'hui comme ils le peuvent sur la population civile.

4) pendant plus de dix ans depuis le milieu des années 80, le régime Bongo a totalement ignoré les problèmes de sécurité (et les a même encouragés), dans l'espoir de provoquer un rejet de la démocratie par les Gabonais.

5) Par conséquent, tandis que Bongo engraissait sa garde personnelle, il supprima le système de Sécurité Publique qui avait permis une meilleure sécurisation de Libreville quelques années auparavant. Par ailleurs, il oublia totalement et volontairement de doter le pays d'un véritable service de police qui eût pu assurer la protection des personnes et des biens. Pire encore, Bongo négligea d'armer l'armée gabonaise tellement il a toujours vécu dans la psychose du coup d'état.

Résultat, le pays fut depuis la fin des années 80, laissé à la dérive qui l'a conduit aujourd'hui à vivre selon une loi de la jungle dont seuls les plus forts--la mafia bongoïste et les voyous-pouvaient tirer partie.

Les premiers râtés post-électoraux du régime Bongo furent visibles lorsque le nouveau premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane, alla "voltairement" raconter des histoires à dormir debout aux parlementaires. Il leur conta que les problèmes d'insécurité venaient des étrangers et que l'un de ses objectifs serait de résoudre ce problème. Evidemment, ce qu'il oublia de dire au pays c'est que ce ne sont pas les étrangers qui sont responsables de l'insécurité au Gabon, mais bien le régime Bongo lui-même. En effet, s'il y a des responsabilités à dégager, ces responsabilités sont d'abord le fait du gouvernement qui, pendant près de 15 ans:

1) a laissé le pays aller à la dérive

2) a utilisé et importé des étrangers pour ses besoins électoraux

3) a fait de nos frontières des passoires qui, sans armée pour les défendre, ont été comme une invitaion à l'invasion du pays.

4) s'est allié à Sassou dans le cadre d'une guerre dont les conséquences prévisibles risquent de détruire l'espoir que les Gabonais avaient de reconstruire acceptablement leur pays.

Et le régime ose aujourd'hui accuser ces pauvres étrangers d'être la source de l'insécurité au Gabon. Quel toupet!

La vérité est que les étrangers n'ont rien à voir avec les problèmes du Gabon aujourd'hui. Le seul responsible c'est bien Bongo. Mais comme dans la plupart des dictatures, le régime Bongo veut faire divergence en faisant des étrangers des boucs émissaires. En cela, il rappelle les méthodes dignes de l'hitlérisme. Cet hitlérisme raciste qui s'en prit aux juifs allemands pour provoquer le sentiment nationaliste allemand qui mena à la deuxième guerre mondiale. En cela, Bongo et son équipe se montrent, encore une fois, amateurs et naïfs. Ils ont la mémoire courte et croient bien enfantinement que les Gabonais se laisseront entraîner dans une haine de l'étranger alors qu'ils savent très bien que la cause de leurs malheurs se nomme Bongo.

Et que d'incompétence! La manière dont la fameuse "opération coup de poing" a commencé à Libreville laisse à désirer. Aucune préparation évidente, utilisation de policiers et de militaires non formés pour des tâches de maintien de l'ordre routinières, etc. Résultat, dans sa première journée, déjà un mort. Ce mort, un étranger d'origine nigeriane. Pourquoi un Nigerian? Tout simplement parce que nos policiers improvisés, sur la base de leurs ordres, se sont tout de suite lancés dans une chasse à l'étranger qui n'avait rien à voir avec la simple tâche de sécurisation de la ville qui aurait dû être leur objectif principal.

Faut-il alors que nous, au BDP, faisions une leçon de sécurisation au régime Bongo? Nous y sommes bien obligés si nous voulons éviter des pertes de vie inutiles dans un contexte où le sang de tous est en ébullition permanente à cause de l'insupportable présence continuelle du régime Bongo.

Comment sécurise-t-on une ville en période de "paix"? Que nous sachions, nous ne sommes pas en période de guerre civile? Et qui a dit que la seule manière de sécuriser une ville c'est d'organiser des fouilles systématiques qui n'ont aucune logique visible?

Ce que le gouvernement aurait dû faire, avec un semblant de jugeote, c'était:

1) constituer un corps policier professionnel en mobilisant les effectifs disponibles et en y ajoutant des militaires.

2) faire passer tout ce beau monde par des séminaires de formation qui les auraient informé sur les pratiques professionnelles qui éviteraient qu'ils se comportent en cow-boys terroristes qui, sans raison, tireraient sur tout ce qui bouge.

3) doter ces effectifs policiers de voitures de patrouille. On pourrait facilement constituer un parc automobile policier imposant en retirant aux ministres et autres personnalités haut placées les multiples voitures de fonctions de trop qu'ils ont à leur disposition.

4) constituer des patrouilles policières armées qui non seulement circuleraient dans la ville de jour comme de nuit, mais seraient également placées à tous les endroits stratégiques de la ville (marchés, zones grouillantes, carrefours principaux, etc.), prêts à intervenir à tout moment en cas de problème majeur.

5) construire rapidement des "cabanes téléphoniques d'urgence dans tous les quartiers de la ville. Ainsi, on donnerait à tous les quartiers le moyen d'appeller rapidement la police en cas de turbulence. Ceci sous-entend donc que la police serait prête à intervenir à tout moment et n'importe où en un temps record puisqu'elle serait prête non seulement au niveau de son QG, mais aussi par le biais des patrouilles présentes un peu partout dans la ville.

Une fois ce dispositif mis en place, la police pourrait facilement faire régner la sécurité dans la ville par dissuasion. En d'autres termes, la police n'a pas besoin:

1) d'arrêter qui que ce soit dans la rue en vérifiant pêle-mêle l'identité des uns et des autres. Cela ne servira à rien dans le contexte de jungle actuel. En plus, Bongo n'a pas construit assez de prisons pour tous ceux qui pourraient potentiellement être arrêtés. Par contre, la police peut procéder à des arrestations justifiées si elle est appelée ou assiste à des exactions qui justifient son intervention.

2) d'arrêter des voitures dans les rues. Cela est malsain non seulement parce qu'il n'y a aucune logique dans de tels contrôles, mais aussi parce que de tels contrôles improvisés sont mauvais pour l'économie. Ils ralentissent inutilement l'activité économique et finissent parfois par servir de mine d'argent aux policiers qui aiment bien à soutirer de l'argent aux taximens par ce moyen de corruption lucratif pour eux en ces temps de vaches maigres.

3) de tirer sur les gens sans raison dans la mesure où ils sont là pour protéger et non terroriser la population. Ainsi, arrêter quelqu'un qui n'a été l'auteur d'aucune infraction devient une agression impardonnable. La mort de ce pauvre Nigérian est donc, de ce fait, injustifiée et inacceptable.

En gros donc, le travail à faire actuellement en matière de sécurisation ne pourra se faire que par le biais de la DISSUASION PREVENTIVE ET PERMANENTE plutôt que par une militarisation terroriste des forces de l'ordre. Le maître-mot doit donc être PROTECTION, et non AGRESSION. Et si Bongo veut vraiment faire la guerre, qu'il envoit sa garde présidentielle se battre sur les frontières du Gabon pour protéger le pays des inflitrations des hommes à Sassou et à Lissouba. Mieux, qu'il demande à son beau-père d'arrêter sa chienne de guerre.

Reste à savoir si Bongo et son équipe savent la différence qu'il y a entre PROTEGER la population et TERRORISER la population. Ils sont tellement habitués à travailler dans l'impréparation que nous verrons certainement, dans les jours qui viennent, d'autres dérapages meurtriers du genre de celui qui a coûté la vie à ce pauvre Nigerian se produire. Aujourd'hui, c'est un Nigerian qui a péri de l'incompétence du régime Bongo. Demain ce seront des Gabonais qui périront de la main de leurs propres forces de l'ordre. Tout cela à cause de l'amateurisme du régime Bongo qui, en essayant de se rattraper à tout prix, oublie que la population n'est plus impressionnée par les sautes d'humeur de ce gouvernement fantôme. L'opération coup de poing d'aujourd'hui, commencée en grandes pompes maladroites, sera bientôt un souvenir vite oublié. Comme toutes les autres décisions de ce gouvernement, cette opération ne survivra que le temps de quelques jours, avant de devenir à son tour une opération fantôme. Au passage, quelques gabonais ou étrangers innocents auront été torturés ou assassinés, sans raison. Et la misère suivra son train habituel, jusqu'au prochain soubressaut fantômatique de Bongo et de son régime fantôme.

A moins que Bongo ait décidé, à un moment où des rumeurs de coups d'état commencent à circuler dans le pays, de prendre tout simplement le pays en ôtage sous prétexte de sécuriser Libreville.

L'avenir nous le dira bientôt.

Dr. Daniel Mengara
Coordinateur, BDP-Gabon Nouveau.


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