L'engagement décennal est l'un de ces mythes que l'on entend parfois brandir ceux qui veulent impressionner le Gabonais qui ne s'est jamais interrogé sur la valeur légale de ce document.Sur papier, et de manière quelque peu simpliste, l'engagement décennal que les Gabonais signent stipule effectivement que tout gabonais ayant étudié AUX FRAIS DE L'ETAT (pas de Bongo), doit d'abord travailler pour l'état gabonais pendant dix ans, avant que de rechercher d'autres moyens professionnels de subsistance.
Cependant, cet engagement pris par les Gabonais cache des complexités légales beaucoup plus propfondes que cette apparence.
1) PREMIERE DONNEE SIGNIFICATIVE: L'engagement décennal ne concerne pas tous les Gabonais: il ne concerne que ceux qui ont étudié, ENTIEREMENT, aux FRAIS de l'ETAT. En d'autres termes,
a) tout Gabonais qui a étudié par ses propres moyens n'est pas concerné par cet engagement.
b) tout Gabonais qui s'est vu couper la bourse à un moment ou à un autre n'est plus lié par cet engagement puisque la coupure de la bourse signifie un désengagement de l'état. Ainsi, ne seraient EN REALITE concernés que ceux qui, au moins dans la dernière année de leur formation, ont perçu la bourse gabonaise, obtenant ainsi un diplôme (partiellement) subventionné par l'état. Et là encore, cela peut se débattre car si la formation de quelqu'un a duré 6 ans, mais la personne n'a eu que 2 années de bourse, il y a matière à débat sur le plan légal et il n'est pas sûr que l'état sorte gagnant d'un tel débat juridique.
2) DEUXIEME DONNEE MAJEURE:
L'engagement décennal doit être considéré comme un contrat entre le Gabonais qui suit une formation aux frais de l'état et l'état gabonais. Ceci veut dont dire que,
a) L'étudiant qui signe le contrat a des obligations envers l'état. En travaillant dix ans pour l'état, il rembourse l'état de la dépense faite.
b) Mais l'état aussi, en signant ce contrat, car c'est bien d'un CONTRAT qu'il s'agit, se retrouve dans un contexte obligataire envers l'étudiant. L'état, en effet, s'engage, dès la fin de la formation de l'étudiant, à trouver IMMEDIATEMENT du travail pour cet étudiant à la fin de ses études. Ainsi, si l'état venait à manquer à son engagement de trouver du travail à l'étudiant dès la fin de sa formation ET PENDANT DIX ANS, le contrat devient automatiquement CADUQUE et le Gabonais en question a donc le droit de vendre ses qualifications à qui de droit.
La légalité autour de l'engagement décennal est donc une réalité complexe. Dans un pays comme le Gabon où il n'y a aucune politique d'adéquation entre la formation et l'emploi, des dizaines de Gabonais rentrent au pays ou finissent leurs études au Gabon chaque année pour se retrouver au chômage. La cause? Les postes qu'ils auraient dû occuper sont déjà pris par des gens nommés là grâce à la complaisance clanique du régime.
Dans un tel contexte de manquement de l'état, l'étudiant qui revient au Gabon ou y finit ses études ne saurait point être redevable à l'état quand l'état a failli quant à sa partie du contrat.
Sur le plan légal, l'étudiant Gabonais qui se retrouve au chômage après avoir suivi des études financées par l'état est en fait en droit de poursuivre l'état gabonais en justice pour dommages et intérêts car le non respect d'un contrat est punissable par la loi.
Pour être beaucoup plus clair, prenons un exemple.
Hilarion, 27 ans, vient de rentrer au pays avec son doctorat. Il va à l'état pour demander la fonction prévue pour lui, mais l'état lui dit qu'il n'y a pas de travail pour tout de suite et qu'il faut attendre un peu.
Premier constat: l'état, par cette déclaration, vient de faillir à ses obligations. Le contrat est brisé puisque l'état n'a pas prévu un poste pour le Gabonais revenu au pays ou ayant terminé sa formation au Gabon.
Deuxième constat: l'état, dans le cas ci-dessus, serait considéré comme ayant manqué à ses obligations et ayant brisé le contrat décennal qui le liait à Hilarion même si Hilarion ne passait que deux mois au chômage.
Hilarion doit donc se résoudre à commencer sa vie professionnelle par le chômage. Cependant, le contrat étant déjà brisé, Hilarion, désormais libéré de ses obligations à cause de la faillite de l'état, a acquis le droit de travailler pour n'importe quel autre employeur au Gabon ou à l'étranger. Il peut également, s'il le désire, se mettre à son propre compte.
Mais l'idéal de l'engagement décennal ne s'arrête pas là. Il porte aussi sur une dimension psychologique que l'on perd parfois de l'esprit. Par exemple, si le Gabon n'offre pas le confort psychologique qu'il faut pour ses citoyens, ceux-ci ne sont pas tenus d'y vivre ou d'y travailler. Ainsi, si un Gabonais donné se sent en danger de perdre son travail à chaque fois qu'il ose dire quelque chose à l'encontre de l'état ou du régime, les conditions psychologiques optimales qui doivent accompagneer l'accomplissement du travail ne sont pas réunies. Dans un contexte légal, ceci devrait aussi être considéré comme un manquement de la part de l'état et un tel manquement donne à tout Gabonais le droit de se désengager d'un tel état afin de poursuivre ailleurs son accomplissement professionnel en même temps que son épanouissement psychologique.
Voilà donc résumés, pour ceux qui désirent s'y éduquer, les grands principes de l'engagement décennal. Or, l'on peut tout de suite se rendre compte que l'état gabonais a failli à près de 80% au moins, à tous les engagements décennaux signés avec des Gabonais. La tendance au Gabon a toujours été de rester désoeuvré pendant au moins un an, avant de trouver du travail (pour ceux qui ont de la chance ou des appuis haut placés). Or, les conditions psychologiques d'un tel engagement n'ont jamais existé au Gabon, justifiant ainsi le départ des Gabonais qui s'y sont résolus.
Le régime de Bongo est donc un régime briseur d'engagements. Il brise ses engagements envers le peuple gabonais tout entier, mais aussi envers les étudiants. De par son irresponsabilité, ce régime ne peut qu'être considéré coupable d'abus contre les droits humains les plus élémentaires de son peuple.
Or, dans un contexte comme celui décrit par le BDP dans son article sur la fuite des cerveaux, la plaie béante laissée auprès des Gabonais par le régime de Bongo laisse plus d'un Gabonais dans le dénuement total après des études durement faites.
Le Gabonais qui s'exile dans de telles conditions n'a donc rien à se reprocher. La seule question qui doit se poser à lui est la suivante: ayant constaté les dégâts causés au pays par 32 ans de pouvoir cleptocrate, que fait-il pour essayer de pousser à un changement qui bénéficierait au plus grand nombre?
Cette question reste donc la plus fondamentale pour tout Gabonais exilé volontaire ou involontaire. Doit-il oublier sa nation et la laisser pourrir aux mains de Bongo ou doit-il tout faire pour aider le pays à prendre des directions plus productives? Le Gabonais qui s'exile doit donc se dire que son devoir, c'est au GABON qu'il le doit, pas à un régime quelconque. Il se doit donc d'apporter son soutien à un régime qui travaille au bien-être général du peuple, mais rester dur et intraitable face à un régime qui a fait de la corruption son crédo et du vol son image de marque.
Le Gabonais exilé doit se dire qu'être à l'étranger est une chance inouïe d'enrichissement de l'esprit par l'expérience de la découverte et le partage de l'expérience des autres. Qu'une telle expérience, si bien acquise, doit être mise au service du Gabon. Si engagement il y a, c'est d'un tel engagement qu'il s'agit. Celui de ne jamais oublier son pays et celui d'y retourner un jour pour faire profiter au reste du pays du savoir-faire et de l'expérience positive acquis ailleurs. Cet engagement-là est plus qu'un engagement décennal, c'est un engagement organique qui lie le patriote à son pays à vie. L'exil, dans ce contexte, ne doit être qu'un passage parfois obligé, mais un passage provisoire ramenant inévitablement à la finalité du ré-investissement du savoir acquis dans le pays de ses origines.
Le Gabonais exilé est donc, comme cela s'est fait dans tous les pays du monde, le dernier barrage contre les méfaits internes d'un régime comme celui de Bongo. Les exemples sont multiples.
Dans la France de la deuxième guerre mondiale, c'est un De Gaulle d'abord exilé en Angleterre, puis ensuite en Algérie, qui revint sauver la France du chaos.
Au Gabon même, l'activisme des opposants du MORENA exilé contribua à contenir les escapades diaboliques du régime Bongo et à exercer les pressions qui, à partir de 1988, virent le retour des opposants exilés se faire et aboutir, en 1990, à une modeste libéralisation de la vie politique. Certes, l'activisme interne (étudiants par exemple), y contribua énormément, mais le rôle de guides populaires joué par les opposants contribua à canaliser positivement les diverses énergies et à obtenir, pour les Gabonais, le droit à un activisme politique dans ou en dehors des partis politiques.
Dans un Gabon aujourd'hui presque sans voix à cause de la nouvelle réduction progressive des libertés acquises à laquelle Bongo se livre depuis 10 ans, le Gabonais exilé se doit encore une fois, de jouer les derniers remparts contre les abus du système Bongo.
Mais ceci faisant, le Gabonais en question se doit de ne pas répéter les erreurs commises par ses prédécesseurs. IL se doit de faire montre d'une volonté inébranlable et d'un patriotisme à toute épreuve sur lesquels les dents corruptrices du régime viendraient se casser.
Ultimement, le Gabonais exilé doit travailler de concert avec le Gabonais resté au pays pour amener à la fin immédiate du régime Bongo. Tel est le combat qui anime le BDP aujourd'hui, celui d'AIDER, en collaboration avec tous les partisans du changement, à la libération du Gabon du joug avilissant du régime Bongo, afin que vienne enfin la prospérité à laquelle notre peuple aspire vainement depuis 32 ans.
Voilà le seul engagement sacré auquel doit se sentir lié tout Gabonais bien pensant, celui du bien-être général de chaque gabonais dans un Gabon prospère, travailleur et fier.
Eveillons-nous, Gabon!