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Sujet: "Forte baisse des populations de grands singes dans le massif forestier de Minkebe"     Précédente | Suivante
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ONDO NDONG
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24-oct-01, 01h29  (Heure de: New Jersey)
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"Forte baisse des populations de grands singes dans le massif forestier de Minkebe"
 
   Forte baisse des populations de grands singes dans le massif forestier de Minkebe, au nord-est du Gabon.
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Cet article assez édifiant des forêts gabonaises, montre quelques aspects qui sont en mesure d'attirer l'attention de tout le monde. Il n'y pas que les routes dans les projets du BDP, mais aussi les forêts. Elles permettent à l'homme de maintenir un certain équilibre dans son biotop. Ce qui engendre le concept du développement durable déjà évoqué par certains scientifiques. L'article ci-dessous témoigne, malgré le concept du développement durable, les interactions qui ont provoqués la disparition de certains animaux et des êtres humains dans la zone géographique Minkébé au nord-est du Gabon.
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Les forêts d'Afrique centrale se vident-t'elles ?
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Article paru dans Canope n 18 - Octobre 2000)
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Les forêts s'ouvrent, les progrès technologiques intensifient les échanges. Les maladies émergentes rencontrent de moins en moins d'obstacles. Le virus Ebola pourrait voir
décimé la population de gorilles et chimpanzés du bloc forestier de Minkebe. Hypothèse.

Dans le cadre de la mise en place de la réserve de Minkebe dans le nord-est du Gabon, un important travail de prospection est réalisé depuis mi-1998, afin de connaître les écosystèmes composant la forêt de Minkebe, en comprendre la dynamique, et identifier les actions de gestion nécessaires à sa conservation
Le bloc forestier de Minkebe (32.000 km2) est situé au nord-est du Gabon, bordé par la route Lalara-Makokou au sud, la route Lalara-Minvoul à l'ouest, la rivière Ayina au nord (formant la frontière entre le Gabon et le Cameroun) et la rivière Ivindo à l'est (0°25' et 2°25' nord et 11°50 et 13°30 est). Le coeur de la forêt de Minkebe n'est pas habité de façon permanente et nous estimons qu'environ 14.000 km2 ne subissent aucune influence humaine.
Toutefois, l'exploitation forestière se développe rapidement et couvre actuellement environ 6.000 km2 à la limite sud-ouest du bloc forestier. La forêt de Minkebe fait partie de l'écorégion forêt congolaise du nord-ouest qui figure parmi les 200 écorégions prioritaires du WWF pour la conservation de la richesse biologique sur notre planète.
La diversité des habitats est impressionnante, regroupant la forêt dense humide sempervirente, des galeries forestières, la forêt marécageuse, la forêt à dominante Gilbertiodendron dewevrei, la forêt ouverte à Marantaceae, des prairies saisonnièrement inondées, des marais ouverts à Cyperaceae, et des inselbergs. La forêt de Minkebe présente un haut degré de vigueur et d'intégrité, et fait partie d'un massif forestier relativement intact couvrant le nord-est du Gabon, le sud-est du Cameroun, et le nord du Congo. Il se peut que Minkebe soit la forêt la moins perturbée par les activités humaines en Afrique centrale (Barnes et al., 1991)
Considérant la grande zone à couvrir (environ 20.000 km2) et l'objectif prioritaire de gestion d'aire protégée pour l'inventaire, l'équipe du projet de Minkebe a utilisé les prospections, ou la technique dite de "reconnaissance survey" (ou "recce"), empruntant le "sentier de moindre résistance", le long d'un azimut défini, pour ses collectes de données.Au cours de ces marches, des données sont récoltées sur les grands mammifères, les activités humaines et les types de végétation.
Les reconnaissances pédestres entreprises par le projet depuis mi-1998 représentent une distance linéaire totale de 2.742 km, parcourues au cours de 330 journées de patrouille, ou une moyenne de 8,7 km par jour. A ce jour, c'est une superficie totale de 17.000 km2 qui a été couverte.
Les résultats obtenus par ces prospections sont des indices d'abondance pour les mammifères et les activités humaines, et une information sur la distribution des types de végétation. Bien que ces résultats ne puissent être utilisés pour calculer des densités, des études récentes sur différents sites ont montré que, au moins pour les nids de gorilles et les crottes d'éléphant, il y a une bonne corrélation entre les données collectées au cours de ces prospections, et les résultats obtenus sur des transects classiques dans les mêmes zones. (White & Edwards, 2000).
Le tableau 1 montre le très faible taux de signes ou traces de gorilles et de chimpanzés rencontrés sur 2.742 km de reconnaissance réalisés par le projet Minkebe. A uniquement une occasion, un gorille mâle a été aperçu. Les chimpanzés ont été observés à trois reprises, une fois un mâle solitaire, la seconde fois deux adultes et le troisième un groupe estimé de 4 individus. Considérant que 60% des transects de reconnaissance sont ouverts dans la forêt intacte (aucune activité de chasse), ces chiffres sont particulièrement bas.
En 2000, une équipe de WCS, menée par M. Fay, en collaboration avec National Geographic Society, (Megatransect 2000) a pénétré la forêt de Minkebe depuis le Congo sur sa limite est, et en est sortie au sud, sur la route Ovan-Makokou, au village de Minkouala, soit une distance totale de 200-210 km. Bien que ses données n'aient pas encore été analysées, Fay a trouvé que les gorilles et chimpanzés étaient très rares dans la forêt de Minkebe (M. Fay ­ communication personnelle). Fay n'a pas observé de gorilles, ni de nids, et trouvé une seule crotte. Il n'a entendu les chimpanzés qu'à deux ou trois reprises, et n'en a jamais vu.
Le tableau 2 donne les estimations de densités animales pour différents sites étudiés en Afrique centrale. La comparaison avec d'autres sites montre que le bloc forestier de Minkebe présente de faibles populations de primates. 0,03 nid de gorille par km pour Minkebe contre 1,38 pour les autres sites, et 0,04 nid de chimpanzés par km pour Minkebe comparé à 2,55 pour les autres sites étudiés.
Le tableau 3 fournit des données sur la taille des nids de gorilles et de chimpanzés dans les différents sites étudiés d'Afrique centrale. Le nombre moyen de nids de gorilles par site de nidification est plus faible à Minkebe que sur les autres sites étudiés (3,4 vs 5,5). Minkebe possède le taux le plus important de nids solitaires (60,0% vs 29,7%). Le nombre moyen de nids de chimpanzés par site de nidification à Minkebe est plus ou moins similaire à ce que l'on trouve ailleurs. Toutefois, comme pour les gorilles, le pourcentage de nids solitaires à Minkebe est plus élevé que la moyenne des autres sites (57,0% vs 44,6%).
En 1990, L. White a réalisé un inventaire de faune sur un transect de 20 km au coeur de la forêt de Minkebe. Bien que constituant un échantillon réduit, les résultats contrastent avec les données obtenues par le projet Minkebe (cf tableaux 2 et 3). Ainsi, White obtient une abondance de 1,8 nid de gorille par km, et 6,3 nids de chimpanzé par km. White constate également une moyenne de 7,2 nids par site de nidification pour les gorilles, alors que le projet Minkebe relève 2 nids par site. L'équipe de White a observé 9 gorilles solitaires et 8 groupes de gorilles en marchant au total 195 km le long d'un transect de 50 km.
D'autres chercheurs comme Chris Wilks et Patrice Christy mentionnent également des rencontres régulières avec des chimpanzés et des gorilles lors d'inventaires dans la forêt de Minkebe. Barnes (communication personnelle) constate un nombre élevé de gorilles sur la rivière Oua durant son inventaire d'éléphants au nord-est Gabon, alors que les équipes de Minkebe n'en observèrent aucun au bord de cette même rivière.
Actuellement, les gorilles sont extrêmement rares dans cette zone. Lahm (1995) rapporte des observations directes de gorilles et de chimpanzés le long de 30 km de transect (20 km vers la Nouna et la Sing et 10 km de transect à 3 ou 4 heures de marche de la route Makokou-Ovan) avant 1992. Elle y observe en moyenne 0,36 gorille et 0,35 chimpanzé par km.
Le tableau 4 compare le nombre d'observations de gorilles par 10 km par Lahm durant son inventaire à Minkebe avant 1992, et celles de nos équipes depuis mi-1998 à aujourd'hui.
Sur base de ces divers chiffres datant tous d'avant 1994, on constate une forte baisse des populations de grands singes dans la zone de prospection. Cette baisse est probablement survenue dans un laps de temps de trois années (1994 -1996).
Au cours des inventaires de mammifères dans la réserve d'Ipassa (100 km2), au sud de Makokou, petite zone subissant une forte pression de chasse, Okouyi Okouyi (sous presse) a observé 2 nids de gorilles et un mâle solitaire ainsi que 31 nids de chimpanzés et 13 chimpanzés. Fay (communication personnelle), au cours du Megatransect 2000, rapporte que les gorilles sont communs au sud de l'Ivindo, et relativement rares mais présents entre la route Ovan-Makokou et l'Ivindo. Au nord-est de la rivière Ayina, contituant la frontière entre le Gabon et le Cameroun, une équipe du projet a rencontré plusieurs nids de chimpanzés le long d'un sentier entre le village de Lélé et l'Ayina. Les populations de Lélé indiquent que les grands singes sont nettement plus nombreux du côté Cameroun que du côté Gabon (Minkebe). Il apparait ainsi que la baisse constatée de populations de gorilles et chimpanzés dès 1994 se soit limitée à la forêt de Minkebe.
Ce sont semble-t-il des milliers de primates qui sont morts dans la forêt de Minkebe en l'espace de 3 ou 4 ans. Sur une si grande superficie, dans un espace si peu perturbé et possédant des habitats affectionnés des primates, on peut se demander comment cela a été possible. La chasse ne peut être une explication. La collecte de données a eu lieu en majorité dans des zones éloignées (> 30 km) des villages ou des routes. La chasse, quand elle est présente dans cette zone, se limite au braconnage pour l'ivoire. La chasse commerciale pour la viande de brousse en est absente. Environ 14.000 km2 de forêt ne sont jamais visités par l'homme et pourtant, les densités de primates dans ces zones sont aussi basses, sinon plus, qu'ailleurs. En effet, c'est dans l'extrême nord-est de Minkebe, zone sous l'influence des chasseurs Baka et Fang du Cameroun, que nos équipes ont constaté les plus grandes densités de gorilles et de chimpanzés.
Comment alors expliquer la soudaine diminution des populations de primates à Minkebe ? Nous pensons que le virus Ebola (EBO) pourrait tout à fait en être à l'origine. Depuis 1976, le virus Ebola a provoqué plusieurs épidémies en Afrique centrale, notamment au Soudan (1976), au Congo-Kinshasa (1976, 1995), et au Gabon (1994, 1996) ( Morvan et al, 1999). Depuis 1994, le virus a touché à deux reprises les populations humaines de la région de Minkebe, la première fois en décembre 1994 dans le camp d'orpaillage Minkouka sur la Nouna, et la seconde fois en février 1996, à Mayibout, sur l'Ivindo.Les orpailleurs de Minkouka rapportent trouver des gorilles et chimpanzés morts au cours du dernier trimestre 1994, et les premières victimes de l'épidémie de 1996 ont été en contact avec un chimpanzé mort (Georges-Courbot et al., 1997).
Notre hypothèse est renforcée par les témoignages persistants de chasseurs ou pêcheurs kwele, kota, ou fang, le long de l'Ivindo, ainsi que par des pygmées Baka de Minvoul (nord-ouest). Les populations du sud-Cameroun (Mintom) rapportent également avoir trouvé des gorilles morts vers la rivière Ayina. Wolfe et al. (1998) rapportent que l'épidémie de 1996 "fut liée au transport, à la préparation et à la consommation d'un chimpanzé trouvé mort", et que 27 des 37 personnes contaminées avaient été en contact avec un chimpanzé mort.
Si Ebola est à l'origine de la réduction de population des grands primates à Minkebe, la question reste posée de savoir comment gorilles et chimpanzés ont été infectés et comment une épidémie peut se répandre auprès de plusieurs groupes de primates sur une superficie d'environ 17.000 km2? Le nombre important de nids solitaires à Minkebe entre 1998 et 2000 pourrait suggérer que les animaux solitaires ont été moins touchés par le virus.
L'exemple des gorilles et chimpanzés de Minkebe montre que les épidémies peuvent constituer un facteur de pression sur la faune, émergeant de temps en temps. Pour la planification à long terme de la conservation de la biodiversité dans le bassin du Congo, ce risque rend nécessaire la mise en place de réseaux d'aires protégées et la conservation de suffisamment de populations isolées par des barrières fluviales. Ceci accentue encore l'importance des sites de conservation proposés à Mingouli, Mekambo, Ngoïla-Mintom, etc. et la nécessité de la mise en oeuvre d'actions de conservation sur de grandes étendues forestières (aires protégées mais aussi les concessions forestières se trouvant en périphérie).
Les maladies émergentes ne comportent pas uniquement des risques pour l'homme mais aussi pour les populations animales forestières (ex.: les bongos décimés à Nouabale-Ndoki). Le risque de disparition, pour cause de maladie, d'espèces menacées, pourrait-il être contenu à terme par une meilleure protection de ces espèces contre des maladies ?
Le site de Minkebe, même avec une forte baisse de ses densités de gorilles et de chimpanzés, reste un écosystème à biodiversité très riche et un des sites-clés en Afrique centrale pour la conservation de l'écosystème forestier tropical.


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