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Sujet: "un avis sur Senghor ?"     Précédente | Suivante
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souljah
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22-déc-01, 05h26  (Heure de: New Jersey)
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"un avis sur Senghor ?"
 
   Au service de la France coloniale

Par Amady Aly DIENG

Léopold Sédar Senghor est poète et théoricien politique.
Ses poèmes dont certains sont des réussites, sur le plan littéraire, n’ont jamais enthousiasmé les gens de notre génération. Aimé Césaire nous apparaissait comme une dynamite intellectuelle, un volcan en éruption qui nous permettait de faire exploser la montagne coloniale qui obstruait les chemins de l’indépendance.

A côté de la lave salvatrice qui émanait de la plume du Vésuve Martiniquais, la poésie de Senghor était une sorte d’anesthésie intellectuelle qui était destinée à nous faire oublier les souffrances coloniales des peuples africains, Elle se déployait à travers des versets à allure biblique à demander pardon au bon Dieu en faveur de la France.

La poésie de Césaire qui était rebelle, alimentait le feu de rebellions anti-coloniales. Par contre la poésie de Senghor nous appelait à murmurer nos souffrances et à nous cantonner dans la docilité. Le déluge lyrique et purificateur qui était enfoui, dans le " cahier d’un retour au pays natal " et dans " Les armes miraculeuses débouchait sur la dénonciation du système colonial dans le " Discours sur le colonialisme ". Césaire nous armait, là où Senghor nous désarmait.

La France coloniale s’est souvenue que Césaire a été le chef de bataillon des soldats de l’indépendance des colonies tandis que Senghor rassemblait les travailleurs de la colonisation.

Elle a permis à Senghor d’entrer à l’Académie française et de voir son nom inscrit sur les frontons de l’université d’Alexandrie.

Par contre, elle a enterré Césaire le Français.

Senghor n’est pas seulement poète. Il est aussi un homme politique et un homme d’Etat.

A la différence de beaucoup de chefs d’Etat africains, L S. Senghor a du être lecteur assidu de Machiavel. Il a su manier les armes de la ruse et de la force durant son règne au Sénégal. Il a su être lion ou renard selon les circonstances Politiques.

Il a surtout connu l’Afrique grâce à la lecture des travaux des ethnologues, comme il le reconnaît lui-même : " Je ne la (l’Afrique) connais pas bien. J’ai appris à la connaître par l’ethnographie ". (Léopold Sédar Senghor. La poésie de l’action. Conversations avec Mohamed Aziza. Stock 1980).

Grand lecteur des travaux des ethnologues comme Paul Rivet, Maurice Delafosse, Michel Leiris, Léo Frobenius, Marcel Mauss, Marcel Griaule, Jacques Ruffie, Levy Bruhl etc…, Senghor a été sensible à leur théorie diffusionniste.

Sa théorie du métissage biologique et culturel qui s’inspire en partie, de l’ouvrage de Jacques Ruffie : De la biologie à la culture contient des éléments de vérité. Mais elle est unilatérale et parcellaire. Elle reconnaît implicitement la hiérarchie des cultures bien qu’il soit défenseur de la thèse du relativisme culturel qui est en parfaite harmonie avec la négritude.

L. S. Senghor n’a jamais voulu de l’indépendance des colonies africaines de la France comme cela apparaît dans cette déclaration : " Mais aujourd’hui que la dernière peuplade de la forêt s’est dépouillée de son complexe d’infériorité, que dans le même temps, l’impérialisme a pris, je ne dis pas l’aspect, mais la réalité d’un bloc solide irrésistible, au siècle polytechnique de la bombe atomique, le nationalisme apparaît dépassé et l’indépendance n’est qu’illusion " (Déclaration faite en 1950 à Strasbourg et rapportée par le Dr Louis Aujoulat, dans son ouvrage : Aujourd’hui, l’Afrique).

Lors des débats à l’Assemblée nationale française sur les textes de la loi-cadre de 1956, il enfonce le clou en déclarant : " il faut frapper l’imagination des Africains pour les détourner de la revendication pure et simple de l’indépendance ".

Il a toujours soutenu l’idée de l’Eurafrique où l’Afrique est le complément de l’Europe, comme l’avait défendu Antonin Ziska.

La défense de l’intégration de la France et de ses colonies dans la Communauté européenne de défense préconisée par le Mrp Robert Schumann lui a valu les critiques des étudiants africains du Rda dans le journal " La voix de l’Afrique ". (1956).

Ainsi, il partage les mêmes vues que F. Houphouët Boigny qui n’a jamais voulu de l’indépendance et qui déclarait dans une interview accordée à Afrique Nouvelle du 3 avril 1956 : " Il n’y n’y a plus de colonisation en Afrique noire " ou " Nous admettons qu’avec notre entrée dans la communauté (franco-africaine proposée par De gaulle), nous n’avons plus de problème politique ".

Senghor n’a jamais voulu de l’indépendance, il voulait plutôt une large autonomie au sein de la communauté, comme son frère-ennemi Houphouët Boigny ; comme le souligne Comi M. Toulabor, qui écrit : " On le contraignit à prendre la tête du Sénégal indépendant qu’il abandonnera ruiné après vingt ans de pouvoir sans partage que justifie l’avatar idéologique du socialisme et du communautarisme africains. Il pestait contre la balkanisation de l’Afrique, mais s’empressa d’enterrer la fédération du Mali dés les premières difficultés ". (Politique africaine n° 60 – P. 165).

Ajoutons qu’il a soutenu la sécession du Biafra comme l’a fait le gouvernement français ;

La génération actuelle des intellectuels lui reproche d’enfermer la culture africaine (et quelle culture africaine) dans le bunker poussiéreux des arts et littérature surchargés d’" absconneries " et peu ouvert aux sciences et aux techniques. C’est pourquoi Comi M. Toulabor le traite de " tirailleur intellectuel " dans la critique qu’il fait du livre hagiobiographie de Jaqueline Sorel.

Léopold Sédar Senghor : l’émotion et la raison (Ed Sépia 1995).

En conclusion, l’œuvre et l’action de L. S. Senghor, méritent de faire l’objet d’un bilan critique dans la sérénité et en dehors de tout esprit de servilité.

Senghor est un homme complexe. Il a mis son talent au service de la France coloniale et de ses " doungourous " nègres.

Souljah Fille de l'Afrique


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