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Les étudiants gabonais victimes du conflit gouvernement-enseignants 


Section: Divers
Auteur: AFP. Tous droits réservés.
Date de publication: 26 Janvier 2002.


LIBREVILLE, 26 jan (AFP) - 9h57 - Les étudiants gabonais, contraints d'évacuer leurs universités par une décision du Conseil des ministres, s'estiment victimes du conflit qui oppose le gouvernement aux enseignants.

"Le gouvernement a un problème avec les enseignants et c'est nous qui en pâtissons", regrette, sous le couvert de l'anonymat un étudiant de 2ème année d'anglais de l'Université Omar Bongo (UOB) de Libreville, qui, comme nombre de ses camarades, plie bagage.

Le gouvernement gabonais, excédé par une grève "illimitée" des enseignants du supérieur, dont il estime avoir satisfait les revendications, a ordonné jeudi soir, la fermeture "jusqu'à nouvel ordre" et "l'évacuation des campus" des deux pôles universitaires du Gabon.

Les enseignants de l'UOB et de l'Université des Sciences et techniques de Masuku (USTM) de Franceville (sud-est) sont en grève depuis le 10 novembre et réclament de "meilleures conditions de vie et de travail", notamment la régularisation des situations administratives, le paiement des rappels de salaires et l'octroi de postes budgétaires.

Des revendications dont la plupart des étudiants ne se sentent pas solidaires, leurs conditions d'études étant particulièrement précaires.

"On ne sait pas si eux (les professeurs) se battent pour nous. On a plus l'impression qu'ils recherchent l'aisance... La leur", explique Patrick, 25 ans, en 2ème année d'anglais à l'UOB.

Critique envers les profs, il n'épargne pas non plus le gouvernement: "Le gouvernement est dépassé (...) On ne peut pas boucher un trou carré avec un bouchon rond. L'évacuation, que va-t-elle résoudre?", lance-t-il.

Face au blocage de la situation, il considère que les étudiants doivent prendre les choses en main. "L'Université est malade", poursuit-il, "les étudiants veulent rencontrer (le chef de l'Etat, Omar) Bongo, sinon les problèmes ne seront jamais résolus".

Sur le campus, on brocarde couramment le système des "MST" (Moyennes sexuellement transmissibles) et autres "MET" (Moyennes ethniquement transmissibles) attribués sur des critères sexuels ou ethniques par leur professeurs.

Les étudiants avaient manifesté le 22 janvier, avant d'être dispersés par la police à coups de gaz lacrymogènes, contre la grève illimitée de leurs enseignants et les risques d'"année blanche" que ce mouvement leur fait courir.

Une année blanche qui semble, aux yeux de la plupart, dorénavant inéluctable avec l'ordre de fermeture et d'évacuation de leurs universités. Or, pour certains étudiants du second cycle, ce sera la deuxième depuis le début de leurs études.

"On voudrait que les enseignants et le gouvernement négocient. Ils jouent au ping-pong, et c'est nous la balle", estime Guy-Roger Nghogo, étudiant en maîtrise de sociologie et membre du mouvement FORCE (Fraction organisée pour la restauration de la contestation étudiante).

"On va adopter une nouvelle stratégie: plutôt que l'affrontement, nous allons essayer de faire négocier les deux parties qui campent sur leurs positions", indique-t-il.

Même son de cloche du côté du collectif des étudiants des deux universités: "Nous allons chercher à rencontrer les autorités gouvernementales et le bureau du collectif des enseignants", explique son porte-parole, Saint Jean Stephi Oba'a, qui espère convaincre les deux parties de négocier.

Les professeurs se disent conscients que les étudiants subissent les conséquences d'un conflit auquel ils sont étrangers, mais rejettent la faute sur les autorités.

"C'est vrai que ça ne concerne pas les étudiants. Mais la balle est dans le camp du gouvernement", a expliqué à l'AFP le président du collectif des enseignants du supérieur, Jean-Rémy Yama. "La responsabilité de la situation incombe au gouvernement qui n'a pas attendu que les négociations aillent à leur terme".


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