LES Librevillois se souviendront de ce que les voiries de la capitale du pays ont commencé a faire l'objet d'un débat politique national lorsqu'il y a eu alternance à la mairie de Libreville. Paul Mba Abessole, à l'époque leader de l'opposition au sein du Rassemblement national des bûcherons (RNB), ayant succédé à Claude-Damas Ozimo du Parti démocratique gabonais (PDG), à la suite des élections locales de 1996. Pendant une bonne partie de son mandat, le premier édile de Libreville, issu de l'opposition, a été confronté au problème de la dégradation très avancée du réseau urbain de la première ville du Gabon.
A l'époque, face aux cris de détresse persistants des populations, l'Hôtel de Ville ne savait plus à quel saint se vouer. L'équipe municipale et le gouvernement ne faisaient que se rejeter les responsabilités. Dans le fond, les choses semblaient être claires du côté du père Mba et les siens: le budget de la mairie (environs 14 milliards F CFA) ne permettait pas de s'occuper des voiries urbaines. C'est pourquoi ils sollicitaient un geste du gouvernement pour réparer les voies de la capitale qui étaient dans un état de dégradation très avancée.
Pour le gouvernement, il n'était pas question de souscrire à l'appel d'une équipe municipale dominée par l'opposition. Surtout que Jean-François Ntoutoume Émane et les siens brandissaient l'argument selon lequel la mairie avait ses ressources propres.
Ce que les uns et les autres n'avaient pas suffisamment expliqué aux Librevillois c'était la raison fondamentale de la dégradation notoire des voiries de la capitale. Finalement on peut dire que c'était à cause du fait que vétuste, le matériel de la mairie de Libreville affecté à l'entretien des voiries n'était plus opérationnel. A quoi on peut également ajouter que la majorité municipale d'alors n'avait pas inscrit au nombre de ses priorités le renouvellement du parc des engins de la municipalité. De même que, soit dit en passant, le gouvernement refusait de voir la responsabilité de l'équipe sortante (issue du PDG), dans la défectuosité du matériel de l'Hôtel de Ville...
Le sujet avait fait couler beaucoup d'encre et de salive au point où même l'arbitrage des plus hautes autorités politiques du pays avaient été sollicité. On se souviendra de la visite des voiries de Libreville, effectuée par le président de la République avec certains membres du gouvernement. Il s agissait pour le chef de l'État, Omar Bongo Ondimba, de réaliser l'état de dégradation du réseau urbain. Étaient à ses côtés, l'ancien Premier ministre, le Dr Paulin Obame Nguéma, et l'ancien ministre des Travaux publics, Zacharie Myboto.
INSTRUCTIONS • Face à la réalité, et à la persistance des sollicitations du maire Paul Mba Abessole, le premier citoyen du Gabon a fini par donner des instructions fermes au gouvernement pour que des fonds soient dégagés pour la réhabilitation du réseau routier de la capitale.
Cependant, cette enveloppe, (d'aucuns parlent d'un peu plus de 7 milliards F CFA) ne devrait être gérée que par le gouvernement à travers le départent des Travaux publics. L'équipe gouvernementale ayant obtenu cette dérogation du président de la République. Tout le monde a compris qu'il n'était pas question de laisser à l'opposant qu'était le maire Mba Abessole, à l'époque, la possibilité de tirer profit de la réhabilitation des voiries de Libreville. Étant donné que nous étions à la veille des élections législatives et locales et que tous les indicateurs montraient que l'édile sortant serait candidat à sa propre succession.
Suite aux études menées par le ministère des Travaux publics et à la suite d'un appel d'offres, les sociétés Dragages et Socoba avaient bénéficié des marchés. Il s'agissait de 64 itinéraires répartis en quatre lots, en fonction de leur localisation dans les arrondissements de Libreville. Le premier, d'une longueur totale de 21,914 km, concerne le 1er arrondissement et compte 19 itinéraires. Le deuxième, d'une longueur de 9,961 km, intègre les 2e (5 itinéraires), 3e (13 itinéraires) et 4e (1 itinéraire) arrondissements. Le troisième, long de 12,182 km, concerne le 5e arrondissement, et comprend 19 itinéraires. Et le quatrième lot qui englobe le 6e arrondissement est long de 9,107km et regroupe 6 itinéraires.
C'est sur cette base que le vendredi 27 juillet 2001, Omar Bongo Ondimba avait lancé le programme de réhabilitation des voiries urbaines de Libreville. Plusieurs personnalités étaient présentes. Notamment le ministre des Travaux publics, Egide Bounddno-Simangoye. Mais le maire de Libreville de l'époque, Paul Mba Abessole n'avait pas été associé à l'évènement. Pour les raisons évoquées plus haut.
ANTAGONISME • A en croire, les autorités des TP, les fonds alloués s'étaient finalement avérés insuffisants. Au point où certains itinéraires n'ont, pas encore été touchés. Au contraire, l'insuffisance de la somme a obligé le ministre de l'Équipement à piocher dans l'enveloppe du Fonds d'entretien routier (FER). Ce qui ne peut que pénaliser ce programme. Et aujourd'hui, le département du ministre Boundono ne peut plus supporter ces charges. C'est l'objet principal de la réunion du lundi 24 novembre 2003 à l'immeuble au "2 Décembre" autour du Premier ministre et en présence du nouveau maire de Libreville issu du PDG, André-Dieudonné Berre. Gouvernement et conseil municipal étant tous de la majorité présidentielle, Il n'y a donc plus d'antagonisme politique.
- Maintenant que faire ? Qui de la mairie ou du ministère de l'Équipement devra gérer les voiries urbaines ? Une cellule de réflexion a été constituée pour identifier toutes les pistes pouvant aboutir à une décision définitive.
Toutefois, soulignons que plusieurs Librevillois s'étonnent de la qualité (mauvaise) des travaux réalisés sur certains itinéraires. Car il y en a qui se dégradent déjà. Dans un récent entretien accordé à notre rédaction, le ministre des Travaux publics rappelait à juste titre que "la durée de vie d'une route est fonction de ce qu'elle a été construite ou pas selon les règles de l'art". Selon toute vraisemblance, la charge incombe à son département de vérifier si ces règles sont bien appliquées.
D'où la nécessité de reposer au niveau du gouvernement et dans l'intérêt de la nation, les problèmes d'attribution des marchés et celui de la rigueur dans le contrôle des travaux par les services compétents des TP. Peut-être que I'un des vrais maux dont souffrent les routes gabonaises en général, et de Libreville en particulier, réside à ce niveau. Au-delà de l'inadéquation entre les moyens et les besoins.