La dotation spéciale de 1,7 milliard de francs CFA allouée à- cette -fin à la Compagnie de navigation intérieure (CNI), sur instructions du chef de l'Etat Bongo Ondimba, ayant été utilisée pour autre chose. Ce qui suscite nombre d'interrogations aujourd'hui.DANS le cadre de sa politique en matière .es transports maritimes, le gouvernement gabonais est confronté. à deux problèmes majeurs : l'absence d'un navire desservant la capitale économique du pays et le chef-lieu de province du Moyen-Ogooué d'une part, et la recherche de financements pour l'acquisition ou la construction d'un bateau à cette fin, d'autre part.
Depuis la mise à quai des anciennes embarcations qui assuraient régulièrement le trafic de passagers et de marchandises entre Port-Gentil et Lambaréné, les populations qui subissent de nombreux désagréments, ont commencé à perdre patience face au retard accusé dans la réalisation de ce projet.
La réaction de ces populations semble avoir été provoquée par les informations faisant état du détournement à d'autres fins des fonds alloués à la Compagnie de navigation intérieure, pour l'acquisition dé ce navire. On se souviendra en effet que sur instructions du chef de l'Etat, Bongo Ondimba, saisi .par Georges Rawiri, relayant une demande pressante des habitants résidant le long du fleuve Ogooué, la Compagnie de navigation intérieure (CNI), placée sous la tutelle du ministère de la Marine marchande, avait reçu une dotation spéciale de 1.750 000.000 francs Cfa.
Cette somme inscrite dans le budget de l'État 2002 avait été accueillie favorablement et avec soulagement par les dirigeants de cette entreprise publique en phase de restructuration, étape avant la privatisation qui s'annonce. Et elle devrait être consacrée à la réalisation de ce projet. En clair, pour les responsables de la cette enveloppe avait été débloquée en vue du renforcement des capacités de la Compagnie de navigation intérieure au bord de l'asphyxie liée aux erreurs de gestion et à la gabegie qui avaient cours à 'époque au sein de cette institution.
La Compagnie de navigation intérieure engagée daris une phase de restructuration doit non seulement faire face à une lourde ardoise estimée à trois milliards accumulés depuis plus d'une décennie (à partir de 1980), et elle doit, pouvoir assurer malgré tout le paiement des salaires et l'entretien des deux navires que sont le "Mahotès " du nom du défunt ministre de la Marine marchande, qui reliait encore jusque-là la sous-région et le Fernan-vaz, qui assure avec difficulté la desserte entre Port-Gentil et Omboué.
Mais, au moment où les plus hautes autorités politiques du pays s'attendaient à une évolution positive du dossier relatif à la construction du navire "Ogooué", auquel le président de la République attache du prix, des informations dignes de foi font état effectivement d'une sorte dé détournement de l'enveloppe en question Ce que personne ne dément à là direction de la CNI, où l'on reconnaît avoir prélevé le gros de cette dotation pour le règlement des arriérés de salaires et assurer le fonctionnement de la société en indiquant que "cette dotation était insuffisante pour la réalisation de ce projet.
Un dirigeant s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, a avoué que les services ont tout juste pu payer une partie, c'est-à-dire, 140 millions de francs Cfa, pour des études de faisabilité liées à la construction du bateau "Ogooué". Ce même haut cadre de l'entreprise confirme que sur le 1,750 milliard de francs, un reliquat de 160 millions existe encore au Trésor au profit de la CNI. Entre-temps, les populations du Moyen-Ogooué et de l'Ogooué-Maritime se montrent de plus en plus impatientes.
Il faut tout de même avouer qu'en dépit des informations données par les responsables de la Compagnie nationale de navigation intérieure, des interrogations subsistent. Surtout lorsqu'on regarde de très près l'évolution de cette société depuis l'année 2000. C'est à cette période que le gouvernement a décidé de "sauver" la CNI menacée de faillite ou de privatisation.
En effet, de sources proches du ministère des Finances et du syndicat des personnels de ladite société, une subvention de 815 millions de francs avaient été octroyée à la CNI en guise de fonds de roulement. Cela en plus de l'achat par l'État du bateau "Mahotès. En 2001, la CNI a encore bénéficié d'une subvention de 176 millions de francs destinée, selon la volonté du gouvernement, à l'investissement. En 2002, en plus de la dotation spéciale de 1,750 milliard pour l'achat de "l'Ogooué", le gouvernement a alloué un montant de 100 millions de francs pour l'entretien des navires.
A cela, il faut ajouter que de 2000 à 2003. (avant l'arrêt de ses activités), le "Mahotès"a certainement aussi occasionné des rentrées financières dans les caisses de la société. La principale question que les uns et les autres se posent est celle de savoir à quoi ont finalement servi tous ces fonds, si la direction générale a dû encore puiser dans la dotation spéciale de 1,750 milliard pour les besoins de restructuration de la CNI ?
Autant de questions qui devraient inspirer le gouvernement. Surtout quand on sait qu'en 2003, la CNI devait bénéficier d'une subvention de 250 millions de francs pour l'entretien des navires, et 300 millions pour son fonctionnement. Tout le monde espère que le gouvernement confronté à l'exigence d'achat d'un bateau au profit des populations du Moyen-Ogooué et de l'Ogooué-Maritime réussira, malgré toutes ces difficultés, à relever le défi.