Le Boeing 737-300 d'Air Gabon gît, incongru, au milieu des hautes herbes d'un terrain boueux, très loin de l'extrémité de la piste qu'il a quittée vendredi soir lors de son atterrissage à l'aéroport international Léon Mba de Libreville.Le nez abîmé regarde à plusieurs centaines de mètres devant lui le mur d'enceinte de l'aéroport qu'il a défoncé avant de terminer sa course dans les herbes, traçant au cours de sa folle glissade une tranchée dans la végétation.
Le fuselage blanc tranche avec le vert du décor. La végétation dense et les gendarmes déployés qui interdisent à la presse de trop s'approcher rendent difficile l'évaluation des dégâts, importants selon la compagnie aérienne.
Selon des témoins qui ont pu accéder aux abords immédiats de l'avion, le train d'atterrissage avant est séparé et couché à quelques dizaines de mètres du reste de l'appareil qui venait de Franceville, le chef-lieu de la province du Haut-Ogoué, à environ 750 km au sud-est de la capitale gabonaise.
Samedi, des techniciens s'affairaient à vider l'avion de ses sièges, emportés à dos d'homme jusqu'aux limites de l'aéroport.
Plus haut, une bretelle d'accès à la voie express menant à l'aéroport surplombe le site de l'accident et sert de point de vue aux badauds. Dès vendredi soir, sitôt connue la nouvelle, ils étaient nombreux à s'y être massés, malgré la nuit tombée et la pluie.
De nombreux Librevillois en week-end, Gabonais et expatriés mêlés, continuaient samedi d'y faire le déplacement, ou de s'y arrêter en passant par hasard. Plusieurs ont sorti leurs caméscopes et filment des minutes durant.
Une file de voitures garées sur le côté de la route bloque une des deux voies de la bretelle en virage, tandis que leurs passagers, perchés en rangs d'oignons sur le parapet, commentent, argumentent, et décrivent souvent force gestes à l'appui, ce qui a pu se passer.
Chacun a son avis et réécrit le scénario de l'accident.
"Une rescapée", comme elle se décrit elle-même, est revenue sur les lieux. "J'étais là-dedans", souffle-t-elle, scrutant l'épave d'un regard incrédule.
Son témoignage pourrait aider ceux qui glosent le long de la route, mais ses souvenirs de l'accident sont brouillés par le choc et l'émotion encore très présents.
Elle se rappelle surtout la pluie battante, "le plafond très bas" et que l'avion a longtemps tourné en l'air avant de se décider à commencer son atterrissage.
Pas moyen de retrouver des détails au fond de sa mémoire bouleversée. Elle se souvient simplement de l'avion qui part sur le côté, de la glissade, d'un choc, de tout l'appareil qui se met à vibrer fortement, des lumières qui s'éteignent, des cris des passagers mêlés aux prières, puis enfin de l'avion qui s'immobilise.
"Nous sommes sortis avec mes deux enfants et nous avons commencé à courir. Quelqu'un a dit que ça allait exploser", raconte-t-elle d'une voix tremblante à son amie qui l'accompagne "ce à quoi elle a échappé".
Une femme non loin, impressionnée en regardant l'avion échoué, ne s'y trompe d'ailleurs pas: "Heureusement qu'il s'y connaissent en sorcellerie dans le Haut-Ogoué, sinon ils seraient tous morts".