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Appel aux démocrates 


Section: Politique
Auteur: Martin Edzodzomo-Ela. Tous droits réservés.
Date de publication: 30 Avril 2001.


(Libreville, 30 avril 2001) -

“ Excelllences messieurs les membres et responsables de l’Europe [...] si vous voyez que nous sacrifions et exposons nos vies, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et mettre fin à la guerre en Afrique ” (Fodé Tounkara, 15 ans et Yaguine Koïta, 14 ans : “Martyrs de l’Afrique néocoloniale”)

Madame, Monsieur,

Cher(e) ami(e) du Gabon et autres hommes femmes de bonne volonté de par le monde,

Depuis 1990, le peuple gabonais à engagé sa marche dans l’histoire humaine en entreprenant avec comme les autres peuples du continent africain l’expérience de la liberté retrouvée, et donc de la démocratie.

Nous devons organiser ce processus pour que la démocratie devienne levier de progrès économique et social dans notre pays, mais qu’elle soit aussi porteuse d’une plus grande émancipation de l’homme.

Or, pour Foccart, l’alter ego du Général de Gaulle, le fondateur des Etats post-coloniaux francophones d’Afrique Noire, comme pour ceux qui continuent à maintenir le système qu’il a mis en place, à s'en prévaloir, ou mieux encore s'appliquent à mettre en oeuvre ses idées dans les relations que la France entretient avec le continent noir, l'exercice du pouvoir en Afrique se résume entre autres à un Etat fort et, au besoin, autoritaire ; ce qui permet une stabilité incarnée par un président tout puissant et, surtout, une détermination de ce dernier à veiller au maintien des liens personnels et “ privilégiés ” avec la France.

Ainsi, en Afrique au Sud du Sahara, le pouvoir politique s'exerce directement sur l'individu de façon despotique. C'est un pouvoir tyrannique où l'arbitraire des désirs du tyran se substitue à la loi. Il se manifeste sous la forme de gouvernement où la terreur remplace le droit, et un régime politique où la crainte se substitue à la légitimité.

Dans l'Etat despotique néocolonial, un seul homme, sans loi ni règle, entraîne tout par sa seule volonté et ses caprices. Aux litiges publics, aux débats collectifs, se substituent les intrigues politiciennes, les querelles de famille et les calculs clientélistes. Tout se réduit à concilier le gouvernement politique et civil de la nation avec le paternalisme domestique, les officiers de l'Etat avec ceux du sérail. Les “ amis ” c’est-à-dire les vassaux qui, dans les anciennes colonies africaines de la France, ont été placés à la tête de ces Etats post-coloniaux par l'ancienne métropole, sont des prototypes du dictateur en Afrique.

Mais lorsque ces "régimes forts", de dictature néocoloniale, ont à affronter une crise ou un échec dans le domaine de la politique, le manque de légitimité populaire finit par devenir une source critique de faiblesse malgré leurs appuis extérieurs et la loyauté des élites intérieures. Certes, ces régimes autoritaires ne seront pas pour autant convertis à la démocratie du jour au lendemain pour se maintenir au pouvoir, car ils demeurent victimes de leur incompétence ou de leurs erreurs de calcul. Ils ne s'attendent généralement pas à perdre les élections auxquelles ils se soumettent d'eux-mêmes. Il est cependant un fait que le plus intransigeant des dictateurs croit toujours qu'il doit se donner au moins un verni démocratique en organisant des élections. C'est ainsi qu'à chaque fois, l'abandon du pouvoir par des "hommes forts" se fera au prix de risques personnels considérables, parce que les dictateurs perdent du même coup leur principale protection contre la vengeance de leurs victimes. Ceux-ci tiennent subitement en leurs mains le sort du pouvoir du dictateur. Il n'est donc pas surprenant que le régime autoritaire soit chassé du pouvoir par l'idée même de démocratie.

Pour les maintenir au pouvoir malgré tout, la métropole leur apporta la “ Paristroïka ” mitterrandienne : “ Acceptez le multipartisme, placez-vous au-dessus de la mêlée et on vous garantit l’impunité ”, message lapidaire au syndicat des chefs d’Etat du pré-carré du Président français, François Mitterand, en 1990, alors que le vent de démocratisation venu de l’Est avec la chute du Mur de Berlin déferlait sur les dictatures du Tiers Monde.

En effet, pour Paris, il n’y a pas d’alternance possible au niveau des présidences africaines en dehors de ses féaux serviteurs, anciens commis ou anciens “supplétifs de La Coloniale ”. Rappelons à cet effet que la France, en réalité, n’aime et n’accepte sur les Etats de son pré-carré africain que ses marionnettes et ses valets conformes au système néocolonial mis en place par Foccart. Car pour elle :
“ Il s’agit de prolonger l’état de dépendance de la colonisation sous d’autres formes. {... } Et c’est au Gabon qu’on trouve la forme la plus achevée d’influence. Omar Bongo a été choisi et mis en place à la présidence en 1967 dans des conditions singulières : Jacques Foccart avait organisé à Paris un simulacre de passation avec Léon Mba... soigné alors pour un cancer dans sa phase terminale. Les liens très forts qui en ont résulté ont été confortés et pérennisés par un noyautage intensif de l’entourage du président Bongo et de ses principales administrations... ” . Depuis lors, Bongo a régné en potentat grâce à ses multiples appuis et complicités de l’Hexagone. Résultat : “ La chute de la Maison Gabon ”, ou “ Comment un pays de 1 million d’habitants et qui produit 18 millions de tonnes de pétrole ne peut plus payer ses dettes ” comme l’annonce en couverture l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Pour beaucoup d'observateurs, le rôle sécuritaire musclé que joue la France dans les Etats comme le Gabon a plus à voir avec le souci de préserver l'accès privilégié de Paris à certaines ressources commerciales qu'avec des questions de démocratie.

Or, “ Le remède à la misère africaine aurait dû être et sera politique avant d'être économique et pour pouvoir devenir économique. ”

Malheureusement, avec la mise en place de la "Paristroïka" mitterrandienne, les vertus reconnues du suffrage universel ont fait place à des joutes dont l'issue est toujours prévue d'avance, note avec raison Albert Bourgi dans l'hebdomadaire Jeune Afrique. Et il ajoute : par petites touches et de façon de plus en plus sophistiquée, les "machines à fraude" se sont progressivement mises en place et ont transformé ce qui devait être une libre expression du suffrage universel en véritable "farces électorales". (...). De modes de régulation politique et d'alter.ance qu'elles devraient être dans les Etats prétendument engagés sur la voie de la démocratisation, les compétitions électorales sont devenues, à force de manipulations, de véritables instruments de légitimation des pouvoirs en place. Les fraudes à grande échelle, sur lesquelles la communauté internationale ferme souvent les yeux, comportent un double risque : celui d'exacerber les frustrations et celui de renforcer la tentative de sortir de la légalité pour parvenir aux changements souhaités par les populations.

Ce qui rend illusoire l’idée d'un régime se déclarant démocratique, dans de telles conditions, même quand on peut lui opposer l'alternative d'un autre régime formalisé. Ce qui veut dire qu'il peut exister des mécanismes démocratiques formels sans qu'ils constituent pour autant l'espace effectif de la vie politique. Cette situation existe dans beaucoup de pays africains subsahariens, et dramatiquement au Gabon, avec le multipartisme formel actuel, issu des assises de mars-avril 1990 dites “ conférence nationale ”.

D’où la nécessité des réformes en profondeur qui vont au-delà de la mise en place des mécanismes institutionnels formels. Ces réformes supposent des changements dans d'autres sphères de la société. Elles exigent ll’élimination des pouvoirs de fait et l’arrêt des processus extra-institutionnels enracinés chez les principaux acteurs sociaux et politiques, c'est-à-dire une recomposition radicale du système politique.

Ce sera le cas quand on s'accordera à reconnaître que l'institutionnalité démocratique actuelle est restreinte et que sa légitimité serait remise en cause comme elle l'est déjà par de forts taux d'abstention électorale et par la violence politique qui a déjà causé la mort de nombreuses personnes. Ou encore quand nous prendrons le problème sous la forme d'une extrême fragilité des institutions démocratiques remises en question par la fraude organisée, la corruption et la débauche financière orchestrées par le pouvoir. Nous voyons la nécessité de réformer le système électoral et les institutions qui permettront aux élections d'être l'expression réelle de la volonté populaire. Le problème de base dans notre pays réside dans l'incapacité, ou l'impossibilité dans laquelle se trouvent les institutions démocratiques formelles existantes de servir correctement de canaux d'expression aux offres et aux demandes politiques. Cela est peut-être dû à l'existence de pouvoir de fait : une puissance qui étrangle - la France --, des pouvoirs étatiques qui échappent au contrôle démocratique, certains phénomènes délictueux ou de désagrégation, comme le trafic de fausse monnaie, la captation des ressources de la nation par les dirigeants ou la corruption administrative, de processus de décomposition sociale sans canaux d'expression et de participation.

S’agissant particulièrement de la corruption que le régime de Bongo a instrumentalisé à outrance, il convient de dire comme le remarque le président Soarès qu’ “ il faut faire une distinction entre la corruption dans les régimes démocratiques, libres, où existe une société active, un système judiciaire indépendant, et dans les pays non démocratiques, dictatoriaux ou engagés dans une longue transition vers la démocratie. J’ai moi-même fait successivement l’expérience de la dictature et de la démocratie.
Je pense que ce colloque devrait davantage parler de la corruption en Afrique. Car l’échelle de la corruption en Afrique n’a selon moi pas d’équivalent ailleurs, même en Amérique latine ou en Asie.

Par ailleurs, selon Yves MENY, Directeur de l’Institut Universitaire Européen de Florence, intervenant dans le même colloque sur lla corruption internationale organisé le 22 octobre 1998 à la Sorbonne, “ la corruption est un danger pour l’Etat et la démocratie. ” Si la corruption est très dangereuse pour les systèmes démocratiques, dit-il, “ c’est parce qu’elle affecte deux éléments fondamentaux de nos sociétés. Elle affecte l’Etat.[...]. .Avec la corruption, c’est un retour en arrière qui se produit. La corruption devient le mélange du public et du privé. C’est pourquoi la construction de l’Etat est si difficile dans des pays, en Afrique ou en Asie, où la distinction entre public et privé ne se fait pas spontanément. {...} Mais au Gabon, aujourd’hui, la frontière entre la cassette personnelle du président et le budget de l’Etat n’est pas très claire. ”.
“ La corruption est également un danger pour la démocratie. La démocratie renvoie d’abord au caractère public du débat, à l’égalité des citoyens, au pouvoir du peuple. Autant de valeurs et de principes qui sont fondamentalement violés par la corruption. ”

Par ce multipartisme à la Gabonaise et l’obligation de capter des électeurs qu’il impose à la classe politique, la corruption s’est généralisée dans le pays, jusqu’au niveau des pauvres populations villageoises, à tel point qu’elle est devenue un véritable cancer qui ronge aujourd’hui toutes les couches de la société gabonaise. En matière de démocratie, la corruption s’est transformée dans ses manifestations en une véritable prostitution du principe électoral. D'une façon générale, le népotisme et la vénalité vont de concert. La dilapidation des fonds publics est devenue générale dans la plupart des pays africains subsahariens, mais au Gabon, elle a atteint des proportions inimaginables, et une part importante des revenus de l'exportation et des recettes d'aide est détournée avant de recevoir un usage constructif. On peut dire à juste titre que, dans ce pays, la rapidité et la condition de la prise du pouvoir sont fréquemment proportionnelles à son abus pour des profits personnels et particuliers. Les gouvernants gabonais utilisent ainsi sans vergogne leur position au pouvoir pour organiser un véritable pillage des ressouces du pays, dont les conséquences sont toujours dégradantes malgré tout pour les intéressés. Au Gabon, l'intégrité est devenue un luxe ou plutôt une bêtise frisant l'inconscience ! Elle est soumise à de fortes pressions ou à des tentations presque irrésistibles. La confiance dans les intentions des gouvernants au pouvoir pour la majorité depuis les indépendances, qui peut avoir existé, s'est dissipée en un cynisme général. Et le fossé entre gouvernants et gouvernés s'est partout élargi pour devenir une crise profonde de la société.

Aujourd’hui, le pays est dans une totale impasse politique. Le processus de démocratisation enclenché en 1990 est sérieusement menacé. Après ce que nous avons connu autour, en dessous et au-dedans des élections locales, législatives et sénatoriales depuis 1991, on peut dire qu'un monde politique s'est écroulé : des naufrages après des trahisons des prétendus partis de l'opposition n'en finissent pas de se succéder; les partis dite de la majorité présidentielle au pouvoir n’en finissent pas de s’extirper.

Nous assistons à un effondrement de la confiance du peuple envers les représentants des partis politiques toutes tendances confondues. Heureusement dans le même temps, beaucoup parmi nous ont commencé enfin à se relever de l'état de choc provoqué par les dernières manipulations grossières de la vie politique dans notre pays, lors des consultations électorales qui ont eut lieu jusqu’ici, dans le cadre de la démocratie multipartite définie par la "Paristroîka". Ils se sont délivrés de leurs derniers restes d'illusions sur la capacité du régime néocolonial à se réformer et à se convertir honnêtement à la démocratie. Ils se sont mis à penser librement, et ont commencé à se rendre compte qu'ils ne pouvaient plus se contenter d'attendre indéfiniment que quelqu'un d'autre déclenche (d'en haut ! de l'extérieur !) un réel processus de démocratisation et de changement de méthode de gestion de l'Etat, auquel aspire notre peuple. Ils sont "fatigués de leur fatigue" d’attendre que le salut leur vienne des grands hommes providentiels. Beaucoup d'entre nous, dégoûtés de jouer toujours le rôle d'objets passifs, éprouvent aujourd'hui le besoin de redevenir, dans la mesure du possible, les sujets actifs de l'histoire, de leur propre histoire, celle de leur pays. Etouffant à la longue dans l'atmosphère pourrie de leur "relégation intérieure", ils se sont à nouveaux ouverts à un sentiment de co-responsabilité dans le sort de leur nation gabonaise. Ils refusent et s'élèvent contre l'encanaillement auquel a été conditionné, depuis des décennies, l'ensemble de la population gabonaise. Car, comme nous l'avons exposé plus haut, l'encanaillement n'est rien d'autre que l'acceptation, en tant qu'état habituel et normal, d'une irrégularité, d'une chose qui continue d'apparaître anormale, mais que l'on continue d'accepter. Or, comme il n'est pas possible de convertir en une saine normalité ce qui, dans son essence même, est criminel et anormal, l'individu décide de s'adapter lui-même à la faute essentielle et de devenir ainsi "partie intégrante" du crime et de l'irrégularité qu'il entraîne.

Il faut mobiliser, non les réactions de partis, mais plutôt toutes les capacités à dominer et à transcender les réactions, ainsi que d'autres comportements d'exclusion comme l'ethnicisme, le régionalisme, le tout afin de permettre le désenclavement tribal et le décloisonnement politicien partisan. La nouvelle voie visera en quelque sorte à l'isolement des résistances conservatrices de tout ordre, et les pôles de crispation dogmatique ou clientéliste, par un large débordement de leurs positions.

C'est ce que nous proposons pour engager une action de démocratisation véritable de notre société, une action qui ne peut être dans les circonstances actuelle que révolutionnaire dans le sens pur de ce mot.

C’est l’objectif que se fixe l’ AGEEP et vers lequel elle convie les Gabonais.

Un des problèmes qui se pose à nous dans notre pays, ce n’est pas l’apprentissage de la démocratie. Le peuple gabonais a démontré à plusieurs reprises par son civisme, son sens de la discipline qu’il n’avait rien à envier à l’électeur de toute autre société démocratique. Le vrai problème est davantage comment sortir de tant d’années de totalitarisme et de tyrannie en nous débarrassant des séquelles psychologiques de la peur, des habitudes de la délation et tous les défauts ancrés en chacun de nous sous le règle du monolithisme en pleine déconfiture.

C’est pourquoi, la nouvelle voie, celle de la Renaissance nationale gabonaise, ne passe pas par le clivage classique et formel, partis de la mouvance présidentielle et pseudo-partis de l’opposition formelle. Elle a pour vocation de dépasser, bousculer et déborder cette ancienne donne pour élaborer un projet qui les transcende tous.

Depuis 1990, avec l’avènement de la démocratie de la “ paristroïka mitterrandienne ”, Bongo s’impose par la fraude électorale et par la corruption de toute la classe politique mise en place, dont les pseudo-partis dits de l’opposition servent de faire-valoir. C’est ainsi que Bongo n’a pas eu à craindre le multipartisme qu’il aura initié lui-même à forte dose de corruption. Et en cela, il a eu toutes les raisons de ne pas craindre ce multipartisme qu’il a fini par si bien verrouiller. Au Gabon, si le parti unique qui a prévalu pendant un quart de siècle, de 1967 à 1990, a été une simple dictature, le multipartisme issu des assises de mars-avril 1990 n’est pas la démocratie. Bongo s’impose par la fraude et le détournement du processus électoral : on voit à l'évidence cette vérité que relève Christine Ockrent, quand elle écrit : "Si les champions de la démocratie ne savent pas toujours la défendre, ses ennemis en connaissent le mode d'emploi" . Il s’en est même fait déclarer “ docteur ” par sa connaissance de son mode d'emploi, dont il se sert efficacement pour se maintenir au pouvoir et continuer à ruiner son peuple. Il est d’ailleurs assisté en cela par le système dont il est un fidèle et efficace serviteur. Le fait de bafouer à volonté l’opinion populaire, corrompre et pervertir le vote populaire, équivaut à chaque fois à un casus belli contre le peuple. C’est là qu’il faut découvrir la cause des coups d’Etat militaires (comme récemment au Niger) ou le fondement de l’instabilité chronique qui conduit à la longue aux guerres civiles (l’Afrique centrale connaît un tel processus depuis quelques temps). La vie politique gabonaise a donc été marquée depuis 1990 par une succession de coups d’Etat électoraux qui ont vu Bongo se maintenir au pouvoir contre la volonté du peuple.

Reprogrammé pour un autre mandat de 7 ans en décembre dernier, Bongo fait face aujourd’hui à une situation de crise aiguë multisectorielle, qui n’est que la conséquence logique de sa prédation de l’économie gabonaise depuis son imposition par Foccart à la tête de “ la préfecture gabonaise ” en 1967. On sait que les 32 ans de gestion économique de ce régime est l’exemple le plus déshonorant de toutes les ex-colonies françaises en Afrique, non seulement par son incompétence mais aussi par sa corruption, son ethnicisme exacerbé et ses abus de pouvoir répétés contre des citoyens croulant sous une misère inacceptable pour un pays regorgeant de richesses comme le Gabon.

Ainsi, le Gabon est dans une totale impasse politique. Le processus de démocratisation enclenché en 1990 a été depuis totalement confisqué par le système mis en place par Foccart avec les pseudo-indépendances octroyées en 1960. La preuve en a été donnée par ce que nous avons connu autour, en-dessous et au-dedans de toutes les consultations qui ont eut lieu depuis : élections locales, législatives, sénatoriales et présidentielles. On constate qu’au lieu d’une consolidation du processus de démocratisation de la société gabonaise, c’est à la putréfaction du politique qu’on assiste, les Gabonais parlent de “ pouritique ”. Un certain monde s'est écroulé : des naufrages après des trahisons des prétendus partis de l'opposition n'en finissent pas de se succéder, pendant que le parti au pouvoir depuis 32 ans se désagrège par les luttes souterraines pour la succession.

Il arrive toujours dans l’histoire des peuples un moment où un homme s’élève de la masse longtemps méprisée et ignorée, un humble fils du peuple parmi les humiliés se redresse devant le tout puissant Goliath pour défendre l’honneur des pauvres et sauvegarder la dignité de son peuple au moment où celui-ci n’a plus que ses yeux pour voir ses malades mourir sans aucune assistance médicale, et ses enfants s’éteindre à petit feu dans le mépris et l’indifférence totale des dirigeants repus et arrogants. Il arrive dans l’histoire des sociétés humaines un moment où les régimes dictatoriaux qu’on croyait les plus enracinés croulent comme des fétus de paille sous la vindicte féroce d’un peuple qui n’en peut plus. Il arrive toujours un temps où, au moment le plus inattendu, un régime politique dictatorial qui a longtemps méprisé le peuple finit par tomber. Ce moment, les Gabonais trop longtemps humiliés l’attendent aujourd’hui avec confiance, calme et dignité. Ils l’attendent car, pour eux, le 1er décembre 1998, ils se sont retrouvés avec leurs espoirs de changement dans un des leurs : Martin EDZODZOMO-ELA, qui a parlé en leur nom et revendiqué le pouvoir suprême pour leur compte. En effet, selon la très grande majorité des gens, et comme le relate l’hebdomadaire gabonais Le Réveil, du 4 décembre 1998 :
“ Des cinq novices qui sollicitent les suffrages des Gabonais, Martin Edzodzomo-Ela est la bonne surprise de cette campagne présidentielle. Se présentant comme un candidat hors partis, mais surtout comme le candidat des makayas, il n’a suscité qu’un intérêt de curiosité amusée pour un personnage qui semblait surgir de nulle part.
Son heure de gloire a sonné le mardi 1er décembre lorsqu’il est passé à l’émission LE DEBAT où sa présentation a été unanimement saluée comme la meilleure. Sans verser dans la démagogie, si facile en ces temps de campagne, cet économiste protestant enraciné dans la culture fang a séduit par le sérieux de ses propositions qui placent l’homme au centre de l’entreprise du développement. Il n’était que de voir les mines ébaubies des journalistes sur le plateau pour mesurer la qualité de la prestation du candidat Edzodzomo-Ela. Si nous n’étions dans un domaine aussi sérieux que la politique, on eut pu tirer, au lendemain de cette émission : “ a star is born ”.
Mais cette nouvelle étoile, sans appui militant, a peu de chance d’inquiéter les poids lourds du scrutin.”

Malheureusement, comme cela était programmé d’avance, le poids lourd de la Françafrique, Omar Bongo, s’est maintenu au pouvoir, perpétuant une fois de plus “ l’acceptation, en tant qu'état habituel et normal, d'une irrégularité, d'une chose qui continue d'apparaître anormale, mais que l'on continue d'accepter ”. Or, comme il n'est pas possible de convertir en une saine normalité ce qui, dans son essence même, est criminel et anormal, l'individu décide de s'adapter lui-même à la faute essentielle et de devenir ainsi "partie intégrante" du crime et de l'irrégularité qu'il entraîne ”.

Mais, cette fois-ci, “ cette nouvelle étoile ” dont parle le journaliste, née dans le ciel politique gabonais en ce 1er décembre, n’aura pas été un simple météore pour le peuple des “ Makaya ”. Celui-ci a, depuis ce jour, dans son intime conviction l’espoir et l’assurance enfin que l’après-Bongo est aujourd’hui tout sauf catastrophique. Le changement désiré est aujourd’hui possible. Ce n’est donc plus qu’une question de s’y préparer dans le calme et la sérénité. C’est du moins le message de courage et d’espérance que nous portons et que le peuple a reçu afin d’accompagner enfin celui qu’ils désignent désormais comme le “ Président des Makaya ”, leur président de coeur, comme en témoigne l’intérêt énorme que toutes les couches de la population gabonaise nous apportent depuis que nous leur avons été révélés lors de la campagne présidentielle de décembre 1998.

Cet appui militant, qui se manifeste partout dans le peuple, a cependant besoin d’être conforté, organisé et surtout canalisé pour qu’il débouche sur une vraie perspective de développement de la société gabonaise. Il est impératif qu’un vrai dialogue puisse s’établir entre toutes les couches de la population afin qu’ensemble le peuple puisse assumer dans l’unité le défi de l’édification d’une nation moderne.

Le peuple gabonais sait aujourd’hui que la condition actuelle qu’il subit n’est pas une fatalité. C’est le résultat en quelque sorte naturel de 32 ans de gabegie, de prédation, de détournements, bref l’accaparement des biens publics par une oligarchie familiale. Il sait qu’il peut s’en sortir grâce au projet réaliste, pragmatique, qui leur a été présenté en ce jour du 1er décembre 1998 par celui qui est devenu depuis lors leur “ Président de coeur, le Président des Makaya ”. Pour cela, il est décidé à s’engager avec lui sur la voie difficile et fragile de la démocratie, à lutter avec lui contre le despotisme, la corruption et la prédation des richesses nationales.

Lorsque le citoyen constate que son bulletin sert à quelque chose, que la compétition n’est pas jouée d’avance, autrement dit, que les dés ne sont pas pipés, il s’implique davantage. Voilà le désir le plus impératif du peuple gabonais, c’est ce pourquoi il sollicite l’aide active de tous ceux qui parlent des droits de l’homme, de tous ceux qui parlent de démocratie. Aujourd’hui, le peuple gabonais, avec leur “ Président des Makaya ”, attend des actes et non des discours pour l’aider à sortir de la dictature, du mensonge dans lequel il vit depuis plus de trois décennies.

Le peuple gabonais, qui s’est réveillé et qui se retrouve intimement au côté de “ son Président de coeur ”, M. Martin Edzodzomo, le “ Président des Makaya ”, souhaite que les hommes et les femmes de bonne volonté viennent en actes et gestes l’accompagner dans le processus de démocratisation, de réhabilitation de l’homme gabonais qu’il a engagée.

De plus en plus, des voix s’élèvent pour penser qu’après l’exemple du Congo-Zaïre qui créa le mythe Kabila, le Niger de Maïnassara peut être un exemple que d’aucuns pourraient penser suivre dans le contexte actuel de notre pays. Pour eux, et à juste raison, ils pensent que dès lors qu’il n’existe aucune possibilité d’alternance démocratique, le changement pourrait arriver au Gabon par la “ méthode Niger ”. Ce raisonnement est la conclusion inévitable dans le contexte d’un régime qui, par sa résistance farouche au changement, sécrète de telles issues. Le conflit du Congo-Brazzaville ajoute aujourd’hui une autre menace au régime. Le Gabon, pays sans armée digne de ce nom n’est pas à l’abri d’une destabillisation provenant de Brazzaville : témoin la présence des 600 cocoyes qui ont élu domicile, avec armes et bagages dans une localité du sud du pays sans l’aval des autorités gabonaises.

En outre, avec la fin de Bongo qui s’apparente à celle de Mobutu, nous avons quelques raisons de craindre au Gabon le syndrome des deux Congo pour des raisons évidentes. Il y a dans le cercle du pouvoir actuel des convulsions et des ambitions effrénées pour la succession dans le cadre du système. Comme au Congo-Brazzaville, les gens qui sont supposés être en charge de la défense de nôtre nation s’entourent et organisent des milices parallèles. En effet, de fortes tensions ont émergé dans le gouvernement : Les problèmes suscités par la guerre civile au Congo-Brazzaville, et l’implication personnelle du président de la République dans ce bourbier, ont des répercussions néfastes pour le pays ; le clanisme qui a été longtemps développé par le régime dans le cadre de sa géopolitique clientéliste, et le fractionnisme des membres de la nomenclature qui, aujourd’hui, se regroupent en alliances diverses pour préparer chacune à sa manière, la prise de pouvoir après Bongo ; Ali Ben Bongo, ministre des forces armées gabonaises par la volonté de son père, se comporterait déjà en “ petit président ” de la république, comme si son accession à ce poste à la mort de son “ père ” ne serait qu’une question de formalité.

Prenant le contre-pied de la théorie absolutiste de Thomas Hobbes, John Locke se fait le défenseur du parlementarisme et écrit :
“ L'exercice de la souveraineté revient essentiellement à des représentants du peuple. Elle assure une certaine sélection du personnel politique et fournit des garanties quant à la sérénité des débats. Elle actualise également le contrat initial en lui permettant d'évoluer. Puisque toute souveraineté réside essentiellement dans le peuple, celui-ci en dispose en nommant ses représentants politiques. Les élections régulières viennent confirmer cette délégation de pouvoir et donne un sens à la notion de consentement. Par le biais du processus électoral, le peuple manifeste sa confiance dans le pouvoir politique. En mandatant les magistrats qui le représentent, le peuple les autorise à agir en son nom pour l'intérêt commun. Le fait important devient donc que chaque pouvoir soit mandaté. ”

Nous pensons fermement comme John Locke que seule la démocratie qui implique la participation des citoyens responsables, peut épargner au petit peuple gabonais les drames comme ceux qui ont llieu en ce moment dans quelques Etats frères de la sous-région.

Nous nous refusons à envisager dans le contexte actuel une telle issue, c’est ainsi que, ou justement parce que ce qui se passe à nos frontières nous apporte au contraire des raisons positives d’agir avec sagesse pour le bien de notre petit peuple gabonais. Cependant, nous insistons sur le fait “ que cela n’arrive pas qu’aux autres ”.

Aux hommes et aux femmes de paix, aux démocrates et aux amis du Gabon, nous disons :

Donnez- moi un point d’appui,
Et je soulèverai le monde ...

Mario SOARES, ancien président du Portugal, dans son intervention lors du colloque sur la corruption internationale, organisé le 22 octobre 1998 à la Sorbonne par Le Nouvel Observateur, déclarait avec justesse :
“ ...Nous recommandons de façon étrange à ces pays de faire de la démocratie, sans qu’y existe une société civile. De ce fait, même quand des élections ont lieu, plus ou moins correctes, les partis de l’opposition, qui n’ont pas accès au gouvernement, n’ont pas d’argent. Comment font-ils alors pour faire de la politique sans argent ? Ils peuvent peut-être bénéficier d’aides étrangères. Mais quelles sont exactement ces aides ? ”

Aider les peuples africains en général, et le peuple gabonais en particulier, à se choisir des pouvoir légitimes, qui sauront gérer et déveloper les ressources locales dans l’intérêt collectif.

C’est le sens qu’il faut donner à l’interpellation de l’Afrique à l’Europe et au monde riche de l’Occident. C’est le sens de cet appel que nous lançons aux vrais démocrates. Fodé et Yaguine ont engagé leur vie pour vous le faire comprendre, “ Excellences, messieurs les membres et responsables de l’Europe ”.
La démocratie seule peut mettre fin aux guerres dites “ ethniques ” ; la démocratie seule peut permettre l’éclosion d’une société civilisée en Afrique ; la démocratie seule peut mettre fin à la situation que nous vivons aujourd’hui en Afrique et qui est une véritable tragédie sociale.

Appuyer toute expérience de démocratisation partout où elle est tantée en Afrique c’est répondre à l’appel de ces deux martyrs de la regression du continent africain sous la férule de potentats criminels.

“ Si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons nos vies, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et mettre fin à la guerre en Afrique ”

Le Président: Martin EDZODZOMO-ELA
Association Gabonaise pour les Etudes Economiques et Politiques (A G E E P)

Association, Loi N°35/62 du 10 décembre 1962

“Dans tous les pays démocratiques, la science de l’association est la science mère, le progrès de toutes les autres dépend de celle là. ”

(Alexis de Tocqueville)

B.P. 3238
Tél. /.Fax : (241) 74.74.59.
LIBREVILLE ( République Gabonaise)

Contact pour l’Europe et l’Amérique :
AGEEP
25, rue Bonaparte75006 PARIS
Tel. (33-1) 56 24 91 14
Fax. (33-1) 43 26 12 95



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