Trop souvent cité à son goût dans un dossier où il n'est pas prévenu, Omar Bongo s'applique depuis quelques semaines à torpiller la défense de son ancien "ami" André Tarallo, qui tente au procès Elf à Paris, de justifier ses détournements en se protégeant derrière le chef d'Etat gabonais.
"Le parapluie Bongo, à force de servir, a fini par se trouer. Et Tarallo est trempé maintenant", a estimé le président africain dans une interview parue lundi dans l'hebdomadaire Jeune Afrique l'Intelligent, qui suit un entretien avec l'AFP, le 10 avril, au cours duquel il réclamait "des preuves".
Soupçonné de recel d'abus de biens sociaux à hauteur de 300 millions de francs (45,73 million d'euros), l'ancien "M. Afrique" du groupe pétrolier, âgé de 76 ans, avance depuis le début de la procédure cette même explication: il gérait une "caisse noire" pour M. Bongo.
Au crédit de cette thèse, André Tarallo se fonde notamment sur le fait que les relations du chef d'Etat avec Elf sont anciennes, que son amitié passée avec M. Bongo est de notoriété publique et aussi que le dossier pénal montre clairement que les dirigeants africains et leurs familles bénéficiaient directement des largesses du groupe pétrolier.
Il prend soin également d'étayer "historiquement" son argumentaire: Omar Bongo s'est "demandé s'il allait garder le pouvoir" lorsque, au début des années 1990, il a été confronté à une opposition interne très vive et "c'est ainsi que l'idée est venue de créer une sorte de caisse d'épargne en cas de malheur".
Pour André Tarallo, c'est donc au titre de cette "caisse d'épargne" qu'il avait notamment acheté un appartement de 400 m2 quai d'Orsay à Paris, ou qu'il gérait les comptes en Suisse baptisés "Colette" (du nom de sa femme), "Centuri" (le village où il est né) et "Bonifacio" (où il possède une villa).
Avant de contredire cette thèse comme il le fait aujourd'hui, Omar Bongo avait commencé, au début de l'affaire Elf, par venir en aide à son ami.
C'est ainsi qu'il avait notamment signé des documents dans lesquels il reconnaissait sa propriété sur les comptes suisses, ou qu'il s'était, par avocats interposés, prêté à un "arbitrage" entre lui et Tarallo pour répartir leurs fonds respectifs, accréditant ainsi la thèse que le directeur Afrique d'Elf était bien son "mandant".
Mais dans son ouvrage "Blanc comme nègre", paru en 2001, le président gabonais effectuait un virage à 180 degrés, affirmant notamment avoir été manipulé par son ami et martelant que "Bongo n'a pas de compte en Suisse".
Aujourd'hui la charge est plus forte encore et, minutieusement, Omar Bongo s'applique à détruire point par point la thèse de l'ex-responsable d'Elf, en termes virulents, parlant de "bluff" de "magouille" et de "trahison". Il s'affirme aussi "prêt à témoigner" devant un juge.
André Tarallo a-t-il été son "conseiller" comme il l'affirme? "Conseiller, chargé de mission ou autre, c'est le genre de fonction fictive que l'on mentionne sur les passeports diplomatiques, mais qui ne correspond à rien", dit-il. Les comptes en Suisse? "Connais pas". La médiation? "Un arbitrage informel, que je n'ai jamais signé, rendu par un bâtonnier que je n'ai jamais vu".
Interrogé mardi sur les conséquences de ces déclarations pour son client, l'un des avocats d'André Tarallo a indiqué qu'il n'avait "aucun commentaire" à faire, affirmant qu'il "étudiait" la dernière interview de M. Bongo.
Quant à André Tarallo, confronté aux première dénégations du chef d'Etat, il expliquait au début du procès: "Je comprends qu'un président de la République réagisse de cette manière dans de telles circonstances".